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Une clinique qui offre de l'héroïne pour gérer la dépendance croit à son traitement

Kieran Collins s'injecte de l'héroïne dans l'épaule.

Kieran Collins recoit deux doses d’héroïne sur ordonnance de médecin par jour.

Photo : Radio-Canada / Nick Purdon

Radio-Canada

Un homme de Vancouver gère sa dépendance à l’héroïne grâce à un traitement controversé. La clinique Crosstown à Vancouver lui offre deux doses d’héroïne sur ordonnance par jour.

En 2016, Kieran Collins avait une dépendance à l’héroïne de rue qui lui coûtait environ 100 $ par jour.

Il décrivait sa dépendance aux opioïdes comme un monstre et craignait le pire s’il ne changeait pas ses habitudes de vie.

Je serai mort dans pas long , avait-il déclaré. J’ai fait une surdose plusieurs douzaines de fois. Un de ces jours, je ne m’en sortirai pas.

Je ne veux pas quitter le monde de cette manière.

Kieran Collins

La crise des opioïdes a depuis coûté la vie de plus de 10 000 personnes au Canada. L’espérance de vie en Colombie-Britannique en a même souffert.

L’espérance de vie des hommes de la Colombie-Britannique a diminué de 0,28 année et celle des femmes a diminué de 0,05 année, selon un rapport de Statistique Canada publié en mai 2019. Le ministère associe cette diminution à la crise des opioïdes.

Consultez le rapport de Statistique Canada (Nouvelle fenêtre).

Mais plusieurs choses ont changé dans la vie de Kieran Collins depuis 2016.

De l’héroïne gratuite

L’homme de Vancouver attribue sa survie au traitement controversé de la clinique Crosstown de Vancouver. Kieran Collins s’y rend deux fois par jour pour obtenir deux doses d’héroïne sur ordonnance de médecin. Elles lui sont administrées par une infirmière.

Des hommes sont assis autour d'une table.

Après avoir reçu leur dose d'héroïne, les patients s'assoient dans une salle d'attente. Une précaution au cas où il y aurait des complications.

Photo : Radio-Canada / Nick Purdon

Ce traitement ne fait pas disparaître tous mes problèmes , explique-t-il, mais il lui permet de mieux fonctionner dans sa vie quotidienne.

Les infirmières de la clinique offrent aux patients des doses d’héroïnes qui sont juste assez fortes pour leur éviter un sevrage. Ce traitement est administré à 140 patients, dont Kieran Collins, pour lesquels des traitements alternatifs tels que la méthadone n’ont pas fonctionné.

Le programme est financé par la province. L'espoir est que si les usagers tels que Kieran Collins ont accès à de l’héroïne jugée propre , ils ne se tourneront pas vers des drogues de rues telles que le fentanyl qui a été responsable d’environ 87 % des surdoses par drogues illicites en Colombie-Britannique l’an dernier.

Après son injection, Collins s’assoit dans une salle d'attente avec d’autres utilisateurs, une précaution au cas où il y aurait des complications.

Kevin McGarragan, en gros plan.

Kevin McGarragan dit que la clinique Crosstown lui a sauvé la vie en lui permettant d'éviter les drogues illicites.

Photo : Radio-Canada / Nick Purdon

Tout près de lui, Kevin McGarragan, un homme de 58 ans, dit que le programme lui a sauvé la vie.

Si [le programme] n’existait pas, je serais probablement dans une urne ou dans une tombe.

Kevin McGarragan

La dépendance : pas un acte criminel

Selon le Dr. Scott MacDonald, médecin en chef de la clinique Crosstown, il faut arrêter de voir la dépendance aux opioïdes comme un problème criminel si l’on veut contrer la crise.

Nous leur offrons un traitement pour une maladie chronique récurrente, tout comme le diabète et l'hypertension artérielle , dit-il.

Nous devons cesser de penser qu'il s'agit d'un problème criminel. Il s'agit d'un problème médical et d'une maladie chronique gérable.

Dr. Scott MacDonald

Scott MacDonald est le seul médecin au Canada qui prescrit la diacétylmorphine, terme médical pour l'héroïne.

Kurt Lock, coordonnateur de recherche de la clinique, croit qu’il faudrait ouvrir cinq cliniques similaires pour subvenir aux besoins du Downtown Eastside de Vancouver.

Kurt Lock debout devant une clôture.

Kurt Lock est le coordonnateur de recherche de Crosstown Clinic.

Photo : Radio-Canada / Nick Purdon

La drogue elle-même n’est pas nocive pour vous si vous avez un approvisionnement propre et réglementé , explique Lock.

Je ne dirai pas qu’elle est bonne pour vous, mais quelqu'un pourrait vivre jusqu'à 100 ans et consommer de l'héroïne tous les jours s'il n'est pas contaminé.

Nous fournissons de l'héroïne aux patients et nous ne nous attendons pas à ce qu'ils cessent de consommer parce que cela ne fonctionne tout simplement pas , a déclaré Lock.

Nous essayons cela depuis plusieurs décennies. Pourquoi ne pas mettre les gens en traitement? Eh bien, on l'a fait. Pourquoi ne pas les mettre en prison? Eh bien, on l'a fait aussi. Mais le problème existe toujours.

Kurt Lock dit que la clinique se concentre plutôt sur la qualité de vie des utilisateurs.

Elle tente d'attirer des utilisateurs à la clinique en leur fournissant la drogue, puis, une fois qu'ils y sont, essaye d'aborder les problèmes qui les ont conduits à leur dépendance.

Le taux de rétention des programmes de remplacement des opioïdes par la méthadone est d’environ 30 %. Le taux de rétention de la clinique Crosstown est supérieur à 80 %.

Une seconde chance à la vie

Kieran Collins et son père, Wayne.

Kieran Collins et son père, Wayne

Photo : Radio-Canada / Nick Purdon

Kieran Collins estime que sa vie a beaucoup changé depuis le début de son traitement.

Sa relation avec sa famille s’est beaucoup améliorée, se réjouit-il, notamment avec son père et son neveu.

Je suis un oncle maintenant, ma petite sœur a un enfant , dit-il fièrement. Je le vois tout le temps.

Les changements dans sa vie lui permettent également de rêver plus grand.

J'aimerais savoir ce que c'est que de vivre sans une dépendance qui me pousse à mettre des drogues dans mon corps tous les jours , dit-il. J'aimerais être sain d'esprit au moment de quitter ce monde.

Il est aussi heureux de pouvoir apprécier le moment présent.

Avant, je me sentais comme si je ne faisais qu’exister , continue-t-il. Mais maintenant, des fois je me réveille et, wow, que je suis chanceux d’être en vie.

D'après les informations de Nick Purdon et Leonardo Palleja.

Colombie-Britannique et Yukon

Crise des opioïdes