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Ottawa tiendra les entreprises responsables de leurs déchets de plastique

Justin Trudeau s'engage à tenir les entreprises responsables de leurs déchets de plastique dès 2021. Photo: Getty Images / Jack Taylor
Radio-Canada

Le Canada interdira les plastiques à usage unique dès 2021, a annoncé le premier ministre Justin Trudeau lundi matin. Les entreprises seront aussi tenues responsables de la gestion de leurs déchets de plastique, mais le gouvernement demeure pour l'instant discret sur les contraintes qui leur seront imposées d'ici les deux prochaines années.

L'information circulait depuis dimanche, mais le premier ministre l'a confirmée lundi matin.

Non seulement les plastiques à usage unique seront interdits dès 2021, mais le gouvernement fédéral s'engage formellement à « travailler avec les provinces et territoires afin d'établir des normes et des cibles pour les entreprises qui fabriquent des produits en plastique ou utilisent des emballages en plastique ».

« En vertu de ces mesures, ces entreprises seront tenues responsables de la gestion de leurs déchets », peut-on lire dans le communiqué de presse distribué sur les lieux de l'annonce, dans une réserve naturelle de Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie.

Justin Trudeau, qui a profité de son passage au Québec pour faire le bilan de son mandat à Gravel le matin, n'a pas souhaité donner plus de détails sur les mesures qui seront mises en place pour aider ou punir les fabricants qui produisent des déchets de plastique et qui devront s'adapter à la future réglementation.

L'objectif, s'est-il contenté de rappeler, « c'est de créer un système où ils vont eux-mêmes réfléchir à quel matériel ils sont en train d'utiliser et quelles seront les conséquences des plastiques qu'ils utilisent ».

M. Trudeau a pris pour exemple la Colombie-Britannique, qui a récemment adopté une approche « producteurs payeurs ».

Cette approche, qui a ses mérites, est toutefois limitée à une seule compétence provinciale, a-t-il rappelé, soulignant qu'une approche nationale créera aussi « des avantages, des opportunités et de la croissance économique ».

Justin Trudeau en point de presse.Une eau cristalline et des berges impeccables : l'annonce de lundi a eu lieu dans la réserve naturelle Gault de l'Université McGill, à Mont-Saint-Hilaire. Photo : Radio-Canada / Paul Chiasson

Interrogé sur les répercussions d'une réglementation plus restrictive auprès des PME, le premier ministre Trudeau a reconnu que la mesure promise pourrait avoir des conséquences fortuites « qu'il faudra atténuer » et que le gouvernement devra s'assurer de pouvoir proposer des solutions de remplacement aux plus petits fabricants, d'où l'idée de « prendre le temps de bien faire les choses d'ici 2021 ».

Il a toutefois rappelé que ce sont les grandes sociétés comme Coca-Cola, Unilever et les embouteilleurs qui « sont et resteront toujours ceux qui produisent le plus de déchets plastiques », et que celles-ci devront dorénavant prendre la responsabilité du cycle de vie des produits qu'elles vendent aux consommateurs.

L'annonce de lundi prévoit d'« interdire les plastiques à usage unique qui nuisent à l'environnement dès 2021 (sacs de plastique, pailles, ustensiles, assiettes et bâtonnets à mélanger) lorsque les données scientifiques et les circonstances le justifient » – une mesure similaire à celle adoptée par l'Union européenne en mars dernier.

Les détails sur la manière dont une telle interdiction sera mise en œuvre restent inconnus, mais le gouvernement mènera des recherches pour déterminer le meilleur plan d'action.

En entrevue à 24/60, la ministre fédérale de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, a souligné qu'elle voyait des solutions toutes canadiennes aux problèmes qui pourraient être créés par l'interdiction de certains produits.

Nous avons des alternatives [au plastique] qui sont abordables.

Catherine McKenna, ministre fédérale de l'Environnement et du Changement climatique
Catherine McKenna, ministre fédérale de l'Environnement et du Changement climatique.Catherine McKenna en entrevue à « 24/60 » Photo : Radio-Canada

« L’environnement et l’économie vont de pair, a-t-elle ajouté. Nous avons des alternatives, et ce sont des solutions canadiennes », a poursuivi la ministre, citant l’exemple de pailles en papier ou d'ustensiles en bambou, comme ceux qu’elle utilise elle-même.

Ces solutions de rechange « doivent être abordables ». Il ne s'agit pas seulement d’éliminer la pollution, mais d’éviter le gaspillage, qui coûte 120 milliards de dollars chaque année, a précisé Mme McKenna.

Une manœuvre électorale, dit l'opposition

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, se réjouit de l’annonce du premier ministre.

Pour moi, c’est une excellente nouvelle. C’est dans cette direction-là qu’il faut aller.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Mme Plante estime toutefois que le défi sera « d’arrimer les consultations qui commencent en automne avec celles du fédéral », mais elle se dit « très satisfaite » et y voit « une belle nouvelle ».

Le chef de l'opposition officielle à Ottawa n'est pas du même avis. À quelques mois des élections, Andrew Scheer n'a pas manqué de soulever le manque de précisions de l'annonce de lundi, évoquant « un geste symbolique » qui aura selon lui un impact négatif sur les consommateurs, les emplois et l'économie.

Sans dire s'il poursuivrait ou non dans cette voie advenant que son parti prenne le pouvoir l'automne prochain, le chef conservateur a déclaré qu'il aurait préféré « des incitatifs » pour encourager les consommateurs à se détourner du plastique plutôt qu'une interdiction pure et simple des plastiques à usage unique.

« On va avoir notre propre plan pour l'environnement », a-t-il assuré, ajoutant qu'il n'accordait plus aucune crédibilité à ces annonces, à quelques mois de la fin du mandat accordé aux libéraux en 2015.

Selon lui, Justin Trudeau dirige un gouvernement « désespéré », qui « a perdu beaucoup d'appui sur les questions environnementales » – au profit du Parti vert, notamment – « parce que tout le monde sait qu'il n'a pas de plan pour l'environnement; il a seulement un plan pour les taxes ».

Andrew Scheer en point de presse aux Communes.Andrew Scheer ne partage pas la vision de Justin Trudeau en ce qui concerne la lutte contre le plastique. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le Parti vert, justement, a réagi par l'entremise de sa chef, Elizabeth May, selon qui la bonne volonté des individus n'est pas suffisante pour réduire l'utilisation du plastique.

« Moi-même, depuis quelques années, je refuse tous les produits de plastique pour utilisation unique, mais c'est difficile », a-t-elle admis. « Les ustensiles, les sacs... nous sommes dans une vraie soupe de plastique. »

Enfin, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois sont d'accord pour bannir les plastiques à usage unique, mais ils doutent sérieusement de la volonté de Justin Trudeau de régler la question en moins de deux ans.

« Le gouvernement a eu la chance de le faire depuis les trois ans qu'ils étaient [au pouvoir]. S'ils voulaient vraiment faire ça, ils ont eu la chance de le faire », a souligné le leader du NPD, Jagmeet Singh.

Les écologistes dubitatifs

Les environnementalistes interrogés sur le sujet lundi jugeaient pour leur part que les mesures présentées par le premier ministre manquaient d'ambition.

« Deux ans pour faire une liste, c'est à la limite un peu long », estime Lyne Morissette, chercheuse en écologie marine. « Je comprends qu'on est en élection et qu'on veut bien faire les choses, mais dans le quotidien, ça fait déjà quelques années qu'il y a plusieurs personnes qui agissent pour ce changement-là. »

Le plastique à usage unique banni en 2021: entrevue avec Lyne Morissette, océanographe

L'interdiction des plastiques à usage unique n'apparaît pas non plus comme une mesure suffisante pour le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard. Selon lui, il faut carrément revoir tout le paradigme de production.

« Si on consommait davantage de produits locaux, on aurait moins d'emballages et d'emballages en plastique », a-t-il illustré, lundi, à Midi info. « Tout est interrelié. Donc, il ne faut pas bannir le plastique pour bannir le plastique; il faut peut-être aussi revoir notre façon de consommer. [...] On ne cuisine plus! Si on cuisinait davantage, on réduirait par le fait même notre production de plastique. »

Contrairement à ses collègues, l'environnementaliste Steven Guilbeault a applaudi au bannissement prochain des plastiques à usage unique, évoquant « une très bonne annonce ». Présent au point de presse, il a affirmé que le Canada faisait preuve de « leadership » en imitant les mesures prises il y a trois mois par l'Union européenne.

M. Guilbeault est toutefois resté discret sur son intention de se présenter dans la circonscription montréalaise de Laurier–Sainte-Marie pour le Parti libéral du Canada aux prochaines élections, réaffirmant que sa réflexion se poursuivait et qu'il prévoyait rendre publique sa décision à la fin du mois de juin ou en juillet.

Des efforts internationaux

Au Canada, moins de 10 % du plastique utilisé est recyclé, a rappelé le cabinet du premier ministre, lundi, estimant que, sans changement dans leurs habitudes, les Canadiens jetteront pour 11 milliards de dollars de produits en plastique d'ici 2030.

Lors du dernier Sommet du G7, le Canada et quatre autres grandes économies ont signé une charte selon laquelle, d'ici 2040, tout le plastique produit dans leur pays sera réutilisé, recyclé ou brûlé pour produire de l'énergie. Les États-Unis et le Japon se sont abstenus de la signer.

Le Canada a aussi banni les produits de toilette comprenant des microbilles en 2016. Cette interdiction entrera en vigueur le 1er juillet prochain, a rappelé M. Trudeau lundi.

Avec La Presse canadienne et Olivier Bachand

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