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La crise du logement menace la réputation de Montréal

Un gros bâtiment qui abrite de nombreux logements est photographié en contre-plongée.

Une pénurie de logements sévit à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Conrad Fournier

La Presse canadienne
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il n'est pas facile de trouver un logement à Montréal, où le taux d'inoccupation a atteint son seuil le plus bas depuis plusieurs années. La situation a transformé la recherche d'un appartement en course folle. Elle menace même, selon des défenseurs des droits des locataires, la réputation de la ville sur le plan des loyers abordables.

Un économiste à la Société canadienne d'hypothèques et de logement, Francis Cortellino, a précisé que le taux d'inoccupation était tombé à 1,9 % en 2018.

Selon lui, cette situation est attribuable à l'arrivée en masse de résidents non permanents comme des travailleurs temporaires, des étudiants étrangers ou des réfugiés. Ce taux a diminué même si le nombre de chantiers de logements locatifs s'est élevé à 10 000 l'an dernier, un sommet.

Autres facteurs : beaucoup de membres de la génération Y retardent leur arrivée sur le marché immobilier, et les retraités vendent leur maison pour retourner vivre en appartement.

Une organisatrice communautaire du Projet d'organisation populaire, d'information et de regroupement (POPIR), Patricia Viannay, mentionne d'autres facteurs. Son organisation a constaté une augmentation du nombre d'évictions pour de prétendues rénovations importantes, un moyen utilisé par des propriétaires pour contourner les règles provinciales en matière d'expulsion et d'augmentation de loyer. Un néologisme a même été inventé en anglais : « renoviction ».

« Ils créent la pénurie de logements en ne louant pas leurs appartements », dénonce-t-elle. Mme Viannay ajoute que ces propriétaires préfèrent laisser un logement vide ou le louer sur Airbnb pour pouvoir plus tard augmenter considérablement le loyer.

Montréal ne deviendra pas Toronto ou Vancouver, dit la Ville

Le POPIR connaît bien les effets de l'embourgeoisement d'un quartier. Le groupe communautaire a dû déménager ses pénates après que le nouveau propriétaire de l'immeuble où était situé son local depuis 50 ans eut augmenté le loyer au-delà de ses moyens.

Le responsable du développement économique et commercial, de l'habitation ainsi que du design au comité exécutif de la Ville de Montréal, Robert Beaudry, a souligné que la Ville était consciente de la pression exercée sur les locataires. Les autorités municipales n'ont aucune intention de laisser Montréal ressembler à Toronto ou à Vancouver, où le loyer moyen dépasse les 1300 $, comparativement à 796 $ dans la métropole québécoise.

Au cours des derniers mois, la Ville a décidé de limiter les locations à court terme comme celles proposées sur le site Airbnb. Elle a aussi mis en place un plan de rénovation des immeubles vieillissants et a promis la création de 12 000 logements sociaux et abordables d'ici 2021.

Elle prévoit également déposer en juin un projet de règlement qui obligera les promoteurs à inclure davantage de logements sociaux, abordables et familiaux dans leurs immeubles.

« Montréal est une ville mixte, à taille humaine, où toutes sortes de gens peuvent vivre », a affirmé M. Beaudry.

Si Mme Viannay ne conteste pas que l'administration de la mairesse Valérie Plante soit plus disposée à s'attaquer au problème, elle se demande si celle-ci y parviendra.

Mme Viannay rappelle que les besoins en logements sociaux sont criants à Montréal. Il ne sera jamais trop tôt pour rétablir la situation au moment où près de 100 000 personnes paient trop cher pour se loger, selon les estimations.

Le problème ne fera qu'empirer en raison de la pénurie actuelle de logements. De plus en plus de familles se retrouvent entassées dans des logements trop petits ou doivent s'établir loin de leurs racines.

« En forçant les gens à quitter leurs quartiers, on fait disparaître tout un tissu social », déplore Mme Viannay.

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