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Quatre morts au Soudan, au premier jour d'un mouvement de désobéissance civile

Des hommes sont assis à l'arrière d'une camionnette sur laquelle est montée une mitrailleuse. Ils tiennent des fusils d'assaut et sont vêtus en habit de camouflage.

Des soldats de l'armée soudanaise patrouillent à bord de camionnettes, notamment pour démonter les barricades installées par les manifestants.

Photo : AFP/Getty Images / -

Agence France-Presse

Quatre personnes ont été tuées dimanche au Soudan, où les protestataires ont entamé un mouvement de désobéissance civile qui a rapidement été pris pour cible, alors qu'ils entendent maintenir la pression pour pousser les généraux à remettre le pouvoir aux civils.

Le bilan de la répression s'élève désormais à 118 morts et plus de 500 blessés depuis la violente dispersion lundi dernier par les forces de sécurité de milliers de manifestants rassemblés devant le siège de l'armée à Khartoum, selon un comité de médecins proche des protestataires.

Deux des quatre personnes qui ont perdu la vie dimanche ont été tuées par balles à Khartoum et dans la ville voisine d'Omdourman, tandis que les deux autres ont été « battues et poignardées » et sont mortes dans un hôpital d'Omdourman, selon des communiqués du comité de médecins.

Ces personnes ont été victimes « du Conseil militaire de transition » et de ses « milices », a accusé le comité. Plus généralement, les manifestants accusent les Forces de soutien rapide (FSR) d'être à l'origine de la dispersion du campement installé depuis le 6 avril devant le QG de l'armée à Khartoum et de la répression qui a suivi.

Chef de ces groupes paramilitaires, le redouté général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemeidti », aussi numéro deux du Conseil militaire de transition, a affirmé qu'il « ne [permettra] pas le chaos », au lendemain de l'évacuation violente du sit-in.

Divergences sur la transition

Le Conseil militaire de transition est au pouvoir depuis la destitution le 11 avril par l'armée du président Omar El-Béchir, que réclamait le mouvement de contestation déclenché le 19 décembre par le triplement du prix du pain dans un climat de crise économique aiguë.

Depuis le départ de Béchir, les protestataires exhortent aux généraux de remettre le pouvoir à un gouvernement civil. Mais les négociations entre les deux camps sont suspendues depuis le 20 mai en raison de divergences sur la transition.

Pris en étau entre la violente répression et l'impasse des négociations, le mouvement de contestation avait appelé à une « vraie désobéissance civile » à compter de dimanche et jusqu'à l'avènement d'un pouvoir civil.

Avec des pneus, des briques ou même des troncs d'arbres, les protestataires se sont mis dès le matin à construire de nouveaux barrages routiers, notamment au nord de la capitale.

Un homme marche dans une rue de sable où des blocs de ciment bloquent le passage aux véhicules.

Les protestataires mettent en place des barricades dans les rues de Khartoum afin d'empêcher les habitants de se rendre au travail et donc la ville de fonctionner.

Photo : AFP/Getty Images / -

À Chambat, en banlieue nord de Khartoum, de jeunes manifestants tentaient de monter à la va-vite des barricades, avant l'arrivée des policiers antiémeutes.

Arrivés en trombe à bord de camionnettes, les hommes en treillis bleus ont tiré en l'air. Mais les jeunes avaient déjà déguerpi.

« Presque toutes les routes de Bahri ont des barrages. Les manifestants empêchent même les habitants d'aller au travail », décrivait plus tôt un témoin.

« Le premier objectif de ces barrières, c'est que personne n'aille au travail », a expliqué un étudiant en ingénierie mécanique de 20 ans, installé devant une barricade.

Des membres des forces de sécurité se sont attachés à démonter les barrages de fortune mis en place par les contestataires. « Ils ont ouvert le passage, on l'a refermé, ils ont rouvert, on l'a refermé. C'est un jeu du chat et de la souris », a-t-il ironisé.

Banques, pharmacies, restaurants, salons de coiffure ou encore magasins de vêtements, la plupart des commerces avaient laissé leur rideau baissé.

Un homme marche seul dans une allée où la devanture de chaque échoppe est recouverte par un rideau ou une toile.

Les échoppes du marché de Khartoum étaient pour la plupart fermées dimanche.

Photo : AFP/Getty Images / -

À Omdourman, des habitants sont allés acheter des produits de première nécessité dans des épiceries, mais la ville est restée éteinte, tout comme à Al-Obeid ou à Madani.

Paralyser le pays pour le faire avancer

Le mouvement de contestation agite la menace de la désobéissance civile depuis plusieurs semaines.

Fin mai, une grève générale de deux jours lancée pour faire plier les généraux était parvenue à paralyser le pays.

Les pourparlers sont suspendus depuis le 20 mai, les deux parties ne parvenant pas à trouver un accord sur la composition d'un Conseil souverain censé gérer la période de transition pendant trois ans.

Après une tentative de médiation du premier ministre éthiopien vendredi à Khartoum, les meneurs de la protestation avaient déclaré envisager de reprendre les discussions avec le Conseil militaire de transition, sous conditions.

Mais, à l'issue de leur rencontre avec le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, plusieurs représentants du mouvement ont été arrêtés.

Mohamed Esmat, de l'Alliance pour la liberté et le changement, à la pointe de la contestation, a été amené vendredi par « des hommes armés » devant l'ambassade éthiopienne à Khartoum.

Le lendemain, Ismaïl Jalab, secrétaire général du Mouvement populaire de libération du Soudan, a été arrêté à son domicile, avec son porte-parole. Plusieurs proches ont déclaré ne pas savoir où ils ont été conduits.

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