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Le projet de loi sur l’éducation accusé « d’américaniser » le système scolaire albertain

Des pupitres dans une classe de maternelle.

Le projet de loi 8 propose de nombreuses modifications à la loi sur l'éducation, entre autres concernant les écoles à charte.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Radio-Canada

Des Albertains s'inquiètent que le projet de loi 8 crée un système d'éducation à deux vitesses en permettant aux écoles à charte de se multiplier, alors que les écoles publiques manquent cruellement de fonds. Un conseiller scolaire d'Edmonton appelle à un débat, en urgence, sur l'ensemble du projet de loi lors de la prochaine assemblée des conseils scolaires d'Edmonton.

Le projet de loi, déposé mercredi, propose d’autoriser un plus grand nombre d'écoles à charte en supprimant le plafond actuel de 15 établissements.

Ces écoles sont financées par le gouvernement et elles ne demandent pas de frais de scolarité aux parents. Elles peuvent cependant admettre ou refuser des élèves selon leurs propres critères, contrairement aux écoles publiques, et elles ne sont pas soumises au système d’élection scolaire.

« Les écoles à charte sont une autre forme d’écoles privées financées par l’État [....] qui ne sont pas sous le contrôle de conseils scolaires démocratiquement élus », croit Michael Janz, conseiller scolaire public d'Edmonton.

Il estime que le gouvernement ferait mieux d'investir dans les écoles qui sont ouvertes à tous et redevables au public.

Le directeur du groupe Intérêt public Alberta, Joel French, pense lui aussi que l'élimination du plafond pour les écoles à charte ne présage rien de bon.

Je pense qu’il s’agit d’une décision idéologique que les conservateurs avancent dans le but de privatiser notre système scolaire public

Joel French, directeur d'Intérêt public Alberta

Il craint que ce ne soit précurseur d'une tendance à s'inspirer du modèle éducatif américain, qui favorise les écoles privées et à charte au détriment des écoles publiques. Selon lui, il ne serait pas surprenant que le premier ministre permette bientôt aux écoles religieuses de se classer comme des écoles à charte, ce qu'elles ne peuvent pas faire actuellement.

Les écoles à charte sont populaires depuis plusieurs décennies aux États-Unis. Ce modèle a été importé en Alberta par le premier ministre Ralph Klein à l'aube des années 2000. Il y en a présentement 13 en Alberta, mais certaines ont plusieurs campus. C'est un droit qu'elles ont acquis en 2002.

Les partisans de ces écoles croient qu'elles sont utiles pour offrir un plus grand éventail de choix aux parents, particulièrement pour tester des méthodes d'enseignement alternatives.

Les catholiques maintenant éligibles comme conseillers publics

Le projet de loi propose aussi d'assouplir les critères de religion dans les élections scolaires. Plus précisément, il permettrait aux catholiques de voter pour un conseiller public et même d’en devenir un. Les personnes non catholiques, toutefois, ne pourraient toujours pas participer aux élections des conseillers catholiques, en raison des protections constitutionnelles accordées à l’éducation catholique.

« Ça paraît injuste : pourquoi un seul groupe religieux en Alberta aurait-il droit à ce traitement spécial ? », questionne Michael Janz.

Il s’attend à ce que cette iniquité soit chaudement débattue à la prochaine réunion des Conseils scolaires d’Edmonton, le 11 juin.

Elle risque aussi de causer la polémique dans le milieu francophone. Les parents y inscrivent souvent leur enfant à l’école francophone la plus près, peu importe si elle est catholique ou laïque, explique le directeur de la Fédération des écoles francophones de l’Alberta, Kevin Bell. Il se réjouit donc de savoir que les parents catholiques pourront participer à la vie scolaire de leur enfant, même s’il est inscrit au public.

« Pourquoi le contraire n’est pas vrai, dans un endroit où il n’y a qu’une école catholique et que tous les enfants fréquentent l’école catholique? Ça, inévitablement, ça va causer des discussions », prévient-il.

Le gouvernement aimerait que le projet de loi 8 soit adopté rapidement, afin que les changements puissent être appliqués avant la rentrée en septembre.

Alberta

Politique provinciale