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Trump suspend les tarifs douaniers sur les produits mexicains

Après avoir estimé samedi que les États-Unis étaient une «tirelire» dans laquelle se servent les pays étrangers depuis des années, le président américain a repris dimanche son offensive de plus belle contre le voisin du sud.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Radio-Canada

Donald Trump ne mettra finalement pas à exécution sa menace d'imposer des tarifs douaniers au Mexique, puisque le pays a « accepté de prendre des mesures fermes » pour endiguer le flot de migrants.

Le président des États-Unis a annoncé vendredi soir sur Twitter être parvenu à un accord avec les autorités mexicaines.

Il a précisé que le Mexique a accepté de prendre des mesures qui « réduiront considérablement, voire élimineront l'immigration clandestine en provenance du Mexique et vers les États-Unis ».

Les tarifs qui devaient être imposés à compter de lundi sont donc « indéfiniment » suspendus, a-t-il indiqué.

Selon une déclaration commune publiée par le département d'État américain, les États-Unis élargiront un programme qui prévoit que les demandeurs d'asile seront renvoyés de l'autre côté de la frontière pendant l'évaluation de leur dossier.

Le Mexique adoptera pour sa part des « mesures sans précédent » afin de « freiner l'immigration irrégulière », comme le déploiement de sa garde nationale à sa frontière sud, plus particulièrement le long de sa frontière avec le Guatemala.

Le gouvernement mexicain devra également travailler au démantèlement des organisations de traite de personnes et de passage de clandestins, a-t-on ajouté, de même que « leurs réseaux de financement et de transport illicites ».

Cette annonce a marqué un changement de ton par rapport à quelques heures plus tôt, vendredi, lorsque la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, avait déclaré aux journalistes en Irlande que la position de l'administration n'avait pas changé et que les tarifs entreraient en vigueur comme prévu lundi.

« Nous ne pourrions être plus satisfaits de l'accord que nous avons trouvé », a réagi le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, samedi, en marge du G20 au Japon.

« Nous apprécions beaucoup les engagements qu'a pris le Mexique pour nous aider sur ces importantes questions d'immigration », a-t-il ajouté.

Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, a pour sa part salué l'entente conclue avec les États-Unis sur Twitter.

« Grâce à l'appui de tous les Mexicains, il a été possible d'éviter l'imposition de tarifs sur les produits mexicains exportés aux États-Unis », a-t-il écrit, en ajoutant que des célébrations auraient lieu samedi à Tijuana.

Trois jours de négociations

Les tarifs douaniers de 5 % prévus sur les produits mexicains – qui devaient grimper tous les mois pour s'établir à 25 % – auraient eu des conséquences économiques énormes pour les deux pays.

Les Américains ont acheté pour 378 milliards $ US d'importations mexicaines l'an dernier, principalement des voitures et des pièces détachées. De nombreux membres du Parti républicain et des partenaires commerciaux de M. Trump l'ont exhorté à reconsidérer, ou du moins à différer, la mise en oeuvre effective des droits de douane, évoquant les dommages potentiels pour les consommateurs et les fabricants américains.

Des représentants des deux pays ont négocié pendant plus de dix heures, vendredi, à l'occasion de leur troisième journée de pourparlers au département d'État américain afin de tenter de satisfaire la demande de M. Trump.

Une longue colonne de migrants marchent le long d'une autoroute.

Des migrants d'Amérique centrale marchent le long d'une autoroute près de la frontière entre le Guatemala et le Mexique dans le but d'atteindre les États-Unis.

Photo : Reuters / Ueslei Marcelino

Les pourparlers avaient notamment pour objectif de s'entendre sur des mesures qui rendraient les demandes d'asile plus difficiles pour les migrants transitant par le Mexique. Le Mexique s'est opposé à un tel changement, mais a semblé disposé à envisager un compromis pouvant inclure des exceptions ou des dérogations pour différents types de cas.

La déclaration commune de vendredi ne fait toutefois pas mention de cet enjeu.

Jeudi, le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard avait laissé entendre que le Mexique allait déployer 6000 gardes nationaux à sa frontière sud pour aider à contrôler l'afflux de migrants, qui viennent essentiellement du Guatemala, du Salvador et du Honduras. Le chiffre de 6000 hommes ne figure pas non plus dans la déclaration commune.

Quant aux migrants qui seront expulsés des États-Unis vers le Mexique pendant le traitement de leur demande d'asile, Mexico s'est engagé à tout mettre en oeuvre pour leur permettre de voler de leurs propres ailes.

Le Mexique « offrira des possibilités [en termes] d'emploi, d'éducation et de santé aux personnes qui attendent sur le territoire mexicain une réponse à leur demande d'asile aux États-Unis », a indiqué l’ambassadrice du Mexique à Washington, Martha Barcena, sur Twitter vendredi soir, ce que la déclaration commune confirme.

Cette entente pourrait par ailleurs n'être qu'un premier pas. « Les deux parties conviennent également que, si les mesures adoptées ne donnent pas les résultats escomptés, elles prendront d'autres mesures », peut-on lire dans la déclaration commune.

Une tactique de Trump peu appréciée aux États-Unis

Au cours des derniers mois, Donald Trump a instrumentalisé les droits de douane à plusieurs reprises pour contraindre des pays à se conformer à ses exigences – en l'occurrence, sur la question de l'immigration.

Mais hormis le président lui-même ainsi que certains de ses conseillers, peu de membres de son administration croyaient que l'imposition de ces tarifs était une bonne idée, selon des sources au fait des débats internes.

Des élus républicains au Congrès s'étaient même dits prêts à tenir tête au président, craignant que ces tarifs augmentent les coûts pour les consommateurs américains, nuisent à l'économie et compromettent le nouveau traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique.

L'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), conclu en septembre puis signé par les leaders des trois pays en novembre, doit encore être ratifié par les trois législatures avant de pouvoir entrer en vigueur, et un litige tarifaire aurait pu y faire obstacle.

Avec les informations de Associated Press, et Washington Post

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