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analyse

Le Québec, nouvelle puissance économique?

Des conteneurs sont déchargés d'un bateau au port de Montréal.

Des conteneurs sont déchargés d'un bateau au port de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Gérald Fillion

C’est la question que pose la Banque Royale (RBC) dans son dernier bulletin de projections économiques concernant les différentes provinces canadiennes, publié vendredi. Peut-on considérer que le Québec est devenu une puissance économique au regard de sa croissance économique récente, de son bilan budgétaire et des propos optimistes des agences de crédit?

« À court terme, écrivent les économistes Ramya Muthukumaran et Robert Hogue, peu de facteurs nous semblent susceptibles d’interrompre l’accélération économique au Québec. À ce stade-ci, l’essor reste impressionnant : d’après les estimations mensuelles de l’Institut de la statistique du Québec, le PIB est supérieur de près de 3 % au niveau d’il y a un an. »

La RBC écrit qu’il « n’y a pas si longtemps, l’économie du Québec était confinée dans la voie lente. La diminution de la population en âge de travailler, la faiblesse des investissements des entreprises et le retard en matière de productivité de la main-d’œuvre limitaient considérablement la croissance ».

Mais, depuis 2017, la meilleure année économique au Québec en 15 ans, la croissance est alimentée par « des taux d’intérêt exceptionnellement bas, des excédents budgétaires successifs, une vague d’immigration et un marché du logement prospère ». La RBC évoque une « frénésie d’embauches et de dépenses en immobilisations ».

Statistique Canada confirme d’ailleurs cette tendance : le taux de chômage est tombé à 4,9 % en avril, le plus bas niveau en plusieurs décennies. En mai, toutefois, il est remonté à 5 %, ce qui demeure historiquement très faible. Il s’est créé 50 000 emplois au Québec en 2019.

Les données sont impressionnantes en certains endroits du Québec : dans la région administrative de la « Capitale-Nationale », le taux de chômage est de 3,7 %. Et dans la seule région métropolitaine de recensement de Québec, le taux est à 2,8 %. L’Estrie, Chaudière-Appalaches et les Laurentides sont également sous la barre des 4 %.

Le rôle de l’immigration

Ce qui est important dans ce constat, c’est le fait que la population active a recommencé à croître légèrement au Québec, en raison notamment, mais pas seulement, de l’immigration. Le graphique ci-dessous, préparé par RBC, montre bien que le taux de croissance annuel de la population en âge de travailler, de 15 à 64 ans, a baissé de 2010 à 2016 pour même atteindre un taux de régression durant quelques années.

En 2018 et en 2019, la croissance est redevenue positive, même si elle est demeurée faible avec le départ à la retraite massif qui s’amorce.

Évolution de la population en âge de travailler au Québec.

Évolution de la population en âge de travailler au Québec

Photo : Statistique Canada

Il est intéressant, au regard de ces données, de constater que le premier ministre François Legault et son gouvernement décident de revoir à la hausse les niveaux d’accueil des immigrants pour les prochaines années. Comme l’explique mon collègue Romain Schué, dans un texte publié vendredi, Québec réintroduit un scénario d’accueil pouvant atteindre 52 000 immigrants admis en 2022, après avoir décidé de réduire les seuils de 20 à 25 %. Le gouvernement mise sur une augmentation du nombre d’immigrants économiques.

Plusieurs organismes économiques, notamment la Fédération des chambres de commerce du Québec et le Conseil du patronat, sont d’avis que ces hausses du seuil d’immigration sont essentielles. Et ils demandent au gouvernement d’accélérer l’adoption du projet de loi 9 sur la sélection des immigrants, leur arrimage avec le marché du travail et la situation des travailleurs qualifiés étrangers qui sont en attente d’une demande de résidence permanente.

Ils demandent que le projet de loi soit adopté avant la fin de la session parlementaire, qu’on évite surtout de reporter le tout à l’automne. « Déjà, disent-ils, en février dernier lors des consultations particulières sur le projet de loi no 9, les organisations économiques demandaient aux parlementaires d'agir avec diligence en raison du besoin urgent de main-d'œuvre. »

« Un employeur, affirment les groupes économiques, devrait pouvoir sélectionner et offrir un poste à un candidat qui est encore dans son pays d'origine, en fonction des compétences recherchées. En assurant son arrivée dans un milieu où le candidat est attendu, ce dernier pourrait s'intégrer plus facilement, partout au Québec, pour travailler et apprendre le français. »

Les employeurs demandent de la prévisibilité. L’immigration fait partie de la solution pour soutenir le bassin d’emplois au Québec et le financement des services publics. Les statistiques économiques des dernières années le démontrent bien. Les organisations économiques sont d’avis qu’il faut mettre en place un « cadre légal bien défini » pour assurer une planification de l’immigration sur plusieurs années.

Les groupes demandent également « de toute urgence au gouvernement de trouver les mécanismes permettant de traiter immédiatement les dossiers des travailleurs étrangers inscrits au Programme régulier des travailleurs qualifiés en emploi au Québec et dont le dossier était déjà en traitement ».

Des perspectives économiques troubles

Le Québec, nouvelle puissance économique? Il faudra voir si ce grand titre peut tenir la route. Le Québec fait face à des défis de taille et n’est pas imperméable au ralentissement économique mondial. Les derniers chiffres sur l’emploi aux États-Unis, 75 000 postes ajoutés en mai, semblent confirmer le ralentissement de l’économie chez nos voisins du Sud. Rarement a-t-on vu au sud de la frontière une aussi faible création d’emplois depuis la dernière récession.

Alors qu’on évoquait à la fin de 2018 la possibilité de voir la Réserve fédérale augmenter ses taux à quatre reprises en 2019, il est question maintenant de baisses de taux. Les marchés envoient des signaux de baisse de taux en juillet, dans quelques semaines. Les tensions commerciales, qu’entretient l’administration Trump, contribuent à l’incertitude, et le Québec n’est pas à l’abri des effets économiques négatifs à prévoir.

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