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Vente de permis de pêche à un jeune de l'Î.-P.-É. : «  Il y a quelque chose de louche  »

Le jour se lève sur le quai de Petit-Cap, dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick

Des pêcheurs à Petit-Cap, dans le sud-est du N.-B. affirment que le jeune acheteur d'un permis de crabe de la Péninsule acadienne n'est pas véritablement résident de la province.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

René Landry

Des pêcheurs de la région de Cap-Pelé, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, sont en colère à la suite de la vente récente d'un permis de pêche au crabe de la Péninsule acadienne à un homardier de l'Île-du-Prince-Édouard.

Cette histoire a causé toute une commotion dans la Péninsule acadienne en raison des importantes pertes économiques pour la région. Mais elle a aussi fait grand bruit dans le sud-est de la province.

Selon les règles du ministère des Pêches et des Océans, un pêcheur doit résider dans la province pendant au moins six mois s'il veut devenir détenteur d'un permis qui appartient à un Néo-Brunswickois.

Le jeune pêcheur Brody Desroches, avec un enfant juché sur les épaules.

Le jeune pêcheur Brody Desroches, de l'Île-du-Prince-Édouard, affirme qu'il a été un résident de Shemogue, près de Cap-Pelé.

Photo : Facebook

Le jeune pêcheur de l'Île-du-Prince-Édouard Brody Desroches affirme qu'il a résidé à Shemogue, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, pendant quatre ans. Il n'est d'ailleurs pas un parfait inconnu aux yeux des pêcheurs de la région de Cap-Pelé puisqu'il pêche le homard depuis quelques années et a son port d'attache au quai de Petit-Cap.

Des bateaux de pêche au homard, au quai de Petit-Cap

Des bateaux de pêche au homard de Petit-Cap affirment que la vente de permis à des intérêts de l'extérieur de la province fait augmenter leur prix et les rendent inaccessibles pour la relève locale.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Les pêcheurs du Sud-Est en ont long à raconter sur la vente de permis de pêche au homard à des intérêts de l'Île-du-Prince-Édouard. Ils s'inquiètent de l'augmentation en flèche du prix de ces permis et d'un accès plus difficile à la pêche pour la jeune relève locale.

La vente d'un permis de pêche au crabe, dans la Péninsule acadienne, semble être la goutte qui fait déborder le vase.

Le capitaine Serge Lanteigne, ex-pêcheur de crabe, à bord de L'Écumeuse, un homardier

Le capitaine Serge Lanteigne, ex-pêcheur de crabe, qui a vendu son permis à Brody Desroches.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Le capitaine Serge Lanteigne, de Bas-Caraquet, a vendu son permis au jeune pêcheur de homard de l'Île-du-Prince-Édouard, avec la bénédiction de Pêches et Océans Canada. Selon le ministère, les règles ont été respectées.

Dans la région de Cap-Pelé, cette histoire n'a fait qu'accroître la colère des pêcheurs. Depuis quelques années déjà, ils croisent Brody Desroches, de Tignish, à l'Î.-P.-É., durant la saison de la pêche au homard, vers la fin de l'été et au début de l'automne, au quai de Petit-Cap. Cependant, les pêcheurs du coin assurent qu'il n'est pas un vrai résident de la région.

Les pêcheurs Mauril Bourque, Rodney Léger et Jean-Pierre Cormier

Les pêcheurs Mauril Bourque, Rodney Léger et Jean-Pierre Cormier

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Jean-Pierre Cormier est un pêcheur de Cap-Pelé. Il croise les bras, fronce les sourcils, puis demande à son confrère Rodney Léger : Combien de matins tu lui as fait signe de la main en passant à Shemogue? Je ne le vois pas dans notre communauté. Quand ça viendra le temps de pêcher, il sera ici. Donne-moi de l'argent en masse, je vais te montrer comment ça marche. Ça ne prend pas un génie. Il y a plusieurs zones grises dans les règlements. Il y en a même plus que des grises; il y en a des blanches et des noires. C'est mal fait!

Cette maison, à Shemogue, près de Cap-Pelé, servirait de résidence à Brody Desroches, de Tignish

La maison que dit habiter Brody Desroches à Shemogue.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Mauril Bourque écoute ses amis pêcheurs, puis il se lance vigoureusement dans la conversation. Je suis écoeuré de la situation, lance-t-il, avant de poursuivre en haussant le ton. On ne pouvait pas trouver un meilleur cas que celui-ci, dans le crabe des neiges. Ça fait un bon bout de temps que ça se préparait. C'est une farce. Il [Brody Desroches] va peut-être me haïr, mais quand il arrive au Petit-Cap, ce n'est même pas lui qui conduit son bateau. Moi, ça me met la rage au corps. Nous autres, on sait ce qui se passe, ce n'est pas une cachette.

Malgré tout, ils n'en veulent pas personnellement au jeune pêcheur de l'Île-du-Prince-Édouard.

Jean-Pierre Cormier se demande s'il n'y a pas quelqu'un de fortuné derrière la démarche d'acquisition d'un permis de pêche au crabe de Brody Desroches.

Brody n'est pas le gars à blâmer, dit-il. Ce sont quelques individus qui achètent des permis et qui se développent un empire. C'est comme une franchise. Achète-toi un restaurant McDonald's et t'en voudras 10 ensuite. Je trouve qu'ils sont agressifs. Si moi j'essayais d'acheter un permis à l'Île-du-Prince-Édouard, je peux te dire que je ne serais pas accepté là-bas.

Rodney Léger, pêcheur de Cap-Pelé, N.-B.

« Il y a quelque chose de louche », affirme Rodney Léger, pêcheur de Cap-Pelé, au N.-B., au sujet de la cession de permis à des intérêts extérieurs.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Rodney Léger est persuadé que le ministère des Pêches et Océans s'est fait berner dans cette histoire. Les papiers doivent laisser des traces, insiste-t-il. C'est au gouvernement, à Pêches et Océans, de régler ça. Ils devraient faire une enquête.

Le gouvernement devrait faire des vérifications six mois après avoir accepté la vente du permis, ajoute Jean-Pierre Cormier. Il doit y en avoir plusieurs, des monsieurs mystères, dans cette histoire. Il y a quelque chose de louche.

Des répercussions un peu partout

Le transfert d'un permis de pêche au crabe de la Péninsule acadienne à un jeune homme de l'Île-du-Prince-Édouard a donc causé des répercussions dans cette industrie un peu partout dans les Maritimes.

Ça a fait un gros boum parce que c'est un permis de pêche au crabe qui a été touché, croit Rodney Léger. On n'entendait jamais parler de la vente des permis de pêche au homard avant.

Si ça n'avait pas été de l'histoire des crabiers, personne ne s'intéresserait à nous, ajoute Mauril Bourque. Il faudrait que ce soit réglé maintenant. Il n'y a pas un besoin de faire des études.

Serge Doucet en entrevue

Serge Doucet, directeur général de la Région du Golfe au ministère des Pêches et Océans du Canada.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Au ministère des Pêches et Océans, on ne veut pas commenter cette histoire, puisqu'il s'agit d'un cas particulier.

Là-dessus, plusieurs pêcheurs, tant dans le sud-est que dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, s'entendent pour dire qu'il s'agit d'un cas très particulier.

Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches