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Un papa moderne avant son temps

Marcel Letarte sourit et se remémore d'heureux souvenirs.

Marcel Letarte a passé cinq années à la maison avec son fils dans les années 80.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Angers

Alexandra Angers

En janvier 1983, Marcel Letarte a 38 ans et travaille dans la fonction publique depuis 10 ans. Un lundi matin comme les autres, dans l'ascenseur, il regarde les gens autour de lui avec leurs mallettes, et la réalité lui saute en pleine face : « Il y a quelque chose qui marche pas. Ça me tente pas de faire ça. » De retour à son poste de travail, il donne un coup de téléphone qui changera le cours de sa vie… et celui de sa famille.

Ce matin-là, il appelle sa femme, Suzanne, et lui demande ce qu’elle dirait s’il laissait son emploi pour s’occuper de leur fils, Julien, âgé à peine d’un an et demi. Cette dernière lui répond qu’il n’y a pas de problème.

Marcel ne perd pas de temps, il donne sur-le-champ sa lettre de démission. Quelques semaines plus tard, Julien n’est plus à la garderie et passe ses journées avec son papa. Une situation assez inusitée dans les années 80.

Un nouveau départ

Marcel, qui a toujours regretté de ne pas avoir suivi son cours de droit, profite de cette nouvelle vie pour retourner aux études. Il s’inscrit à l’université en septembre. Une voisine garde Julien pendant que le papa est en classe. Le reste du temps, Marcel en profite pour faire le ménage, l’épicerie, la cuisine. Lorsque Suzanne rentre du travail, le soir, cette dernière prend le relais avec fiston.

Une situation gagnante pour tous

Pour Suzanne, cette situation est idéale. Elle peut emmener son fils au musée ou à la bibliothèque d’Ottawa tous les samedis matins. Là, je n’avais même plus de ménage à faire, je n'avais plus rien à faire. Marcel avait tout fait pendant la semaine, mais lui, il étudiait pendant ce temps-là, explique sa conjointe.

La femme se concentre sur les activités qu’elle aime, et s’offre du temps de qualité avec son garçon.

Souvent on entend : “On ne les a pas vu grandir”, mais pas nous autres. Nous autres, on l’a vu. On ne regrettera jamais ça.

Suzanne Demers
Marcel Letarte et Suzanne Demers dans leur salon.

Marcel Letarte raconte une anecdote sous le regard attendri de Suzanne Demers, son épouse.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Angers

Le couple ne mène pas un train de vie d’enfer et s’adapte facilement à la réalité d’avoir un salaire en moins. Il compense en réalisant des économies sur le plan de la nourriture, du transport et des vêtements.

Aucun des deux conjoints ne ressent de frustration durant cette période. Marcel admet être l’homme parfait pour ce genre de vie et ajoute ne s’être jamais senti diminué.

Papa à la maison, une denrée rare dans les années 80

Dans les années 80, peu d’hommes font le choix de rester à la maison, comme Marcel. Par ailleurs, la situation est bien perçue dans l’entourage du couple, des gens très ouverts qui ont vécu l’époque hippie et l’émancipation de la femme. Certains amis vont même jusqu’à confier au père de famille qu’ils le trouvent chanceux.

La situation est différente au dire de Marcel dans le visage des personnes plus âgées qui ne comprenaient pas que la femme soit le gagne-pain.

Cela suscite également des réactions négatives chez certaines personnes plus vieux jeu. Marcel raconte avec amusement qu’un ami lui demande souvent s'il aime ça être un homme rose, sans doute surpris qu'il ne soit pas encore tanné de la situation.

Quant à Suzanne, elle suscite l’envie de ses amies et collègues. Ses copines s’exclament quand elle mentionne que c’est son chum qui a concocté son lunch et que le repas est prêt lorsqu’elle rentre du travail. Elle ajoute, non sans fierté, que son contexte familial faisait des jalouses.

Le bonheur

Trente ans plus tard, Marcel a le regard pétillant quand il repense à cette période de sa vie. C’était mon fils, puis on était ensemble. On a fait des choses ensemble qu’on n’aurait jamais faites autrement, s’il avait été toute la journée en garderie, se rappelle-t-il avec émotion.

Sur mon lit de mort, je vais dire : "C’était probablement la plus belle période de ma vie." Ça va être la partie que je ne regretterai jamais et que je recommencerais n’importe quand.

Marcel Letarte
Marcel Letarte tient son jeune fils dans ses bras.

Marcel Letarte en compagnie de son fils Julien.

Photo : Gracieuseté de Marcel Letarte

Un exemple à suivre

Marcel Letarte n’a pas eu peur de quitter son emploi pour s’occuper de son fils à la maison, 30 ans plus tard, le père de famille est convaincu que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une majorité d’hommes suivent ces traces. Je le conseille, on apprend et c’est le fun.

Le petit Julien est devenu grand. Il aura 38 ans le mois prochain. Il est aujourd’hui marié et père de deux enfants.

En ce jour de la fête des Pères, Marcel Letarte est heureux d’avoir pris le pari d’être un papa à la maison et d’avoir été, en quelque sorte, un pionnier.

Ottawa-Gatineau

Éducation