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G7 : des deuils et des ponts à rétablir pour le maire de La Malbaie

Michel Couturier, une homme avec des lunettes, une chemise et une cravate, ainsi que Justin Trudeau à sa gauche, aussi avec une chemise et une cravate.

Le maire Michel Couturier et le premier ministre Justin Trudeau s'étaient rendus sur le quai de La Malbaie la veille du début officiel du sommet.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La municipalité de La Malbaie s'est retrouvée « en pause » durant l'année qui a précédé le Sommet du G7 des 8 et 9 juin 2018. Le maire Michel Couturier compare ces douze mois à une « parenthèse » dans l'histoire de la ville. Un flottement qui a forcé son équipe à reconnecter avec les citoyens et les organisations locales, mises en plan, à l'instar de nombreux dossiers.

Le stationnement de l’hôtel de ville de La Malbaie était vide, mercredi, au passage de Radio-Canada. Tout un contraste avec l'an dernier, alors que le bâtiment municipal s'était transformé en salle de presse.

En face, la boulangerie Pains d'exclamation, devenue le refuge des policiers et des journalistes en juin 2018, accueillait une clientèle plus standard, à savoir une poignée de touristes et des habitués.

L'auteur de ces lignes et son collègue étaient devant l'hôtel de ville pour prendre quelques images, quand une voiture de la Sûreté du Québec (SQ) s'est approchée.

Un sentiment de déjà-vu si on y était l'an dernier. Être intercepté par un patrouilleur était la norme sur le chemin entre Québec et La Malbaie.

Mais mercredi, le policier venait vérifier ce que deux journalistes pouvaient bien avoir à faire à La Malbaie au beau milieu de l’après-midi. Pas de conférence de presse annoncée, pas d’événement d’importance non plus... et surtout pas de G7.

« Vous vous sentez seul? », lui demande-t-on candidement. « C’est sûr que j’ai moins d’amis », a-t-il répondu, avec le sourire d’un homme qui voyait défiler dans sa tête les images des centaines de camarades de partout au Québec, venus en renfort l’année d’avant.

« Un deuil »

Ils sont nombreux à La Malbaie à avoir connu cette période d'effervescence provoquée par la visite des sept leaders des pays les plus industrialisés de la planète.

Les hélicoptères dans le ciel, les bateaux à l'horizon, les grillages et les policiers partout dans les rues; le décor suffisait à frapper l'imaginaire.

Que ce soit l'employé de l'entretien ménager, le serveur ou l'électricien, plusieurs gardent un vif souvenir de leur expérience.

À commencer par le maire Michel Couturier, qui était au coeur de cette aventure dès l'annonce, en mai 2017, de la tenue du sommet dans sa ville.

Il est le maire d’une communauté de 8500 âmes. Ils étaient autant sinon plus de représentants des forces de l’ordre à occuper La Malbaie durant le Sommet du G7.  Il a reçu le premier ministre Justin Trudeau plus d'une fois et a collaboré avec les hauts fonctionnaires fédéraux en préparation de cette grand-messe géopolitique à de nombreuses reprises.

Durant cette période, toute l'attention de la mairie s'est tournée vers la logistique de l'événement, dont le gros morceau était l'élaboration des mesures de sécurité publique, en partenariat avec la Gendarmerie royale du Canada.

Avant-après montrant la clôture du périmètre de sécurité le long de la route 362 à La Malbaie, ainsi que la route maintenant que les barrières ont été retiré.

La préparation sécuritaire a accaparé l'essentiel des ressources de la municipalité de La Malbaie. Aujourd'hui, c'est le retour au calme.

Photo : Radio-Canada

Les villes comme La Malbaie n'ont pas les structures pour planifier des événements extraordinaires comme ça. [...] On a mis entre parenthèses beaucoup de nos dossiers

Michel Couturier, maire de La Malbaie

Le sommet a été prenant, et même « un fardeau » à certains moments. M. Couturier admet qu'il a donc passé la dernière année à reconnecter avec sa population, à reprendre le travail municipal là où il l'avait laissé.

« Le G7, s'il y a eu un dommage collatéral, c'est qu'on a été très absorbé là-dedans. Quand il est parti, on a eu comme un petit deuil. Il faut revenir à nos moutons, rétablir nos connexions avec nos citoyens », affirme-t-il.

Et maintenant?

Du jour au lendemain, Michel Couturier est retombé dans la routine d'un maire d'une petite municipalité. Il y voit un rappel de l'importance d'être humble, « la qualité première », à son avis, que devrait avoir tout politicien.

Après tout, il était du comité d'accueil des leaders internationaux. Il a serré la pince d'Emmanuel Macron, d'Angela Merkel, de Shinzo Abe, de Giuseppe Conte, de Theresa May, de Justin Trudeau, de Donald Tusk et de Jean-Claude Juncker. Mais pas celle de Donald Trump, arrivé avec une heure de retard.

Tu peux vivre un événement international et le lendemain avoir un projet local qui ne passe pas du tout.

Michel Couturier, maire de La Malbaie

Le projet Le Havre est un bon exemple de ce retour à la réalité. Évalué à 6,3 millions de dollars, ce projet de site touristique avec un bâtiment d'accueil près du Musée de Charlevoix a divisé la population cet hiver jusqu'à son rejet en mars.

Le maire y voit un outil de développement économique, lui qui aimerait que des croisières de petite et moyenne envergure s'arrêtent à La Malbaie. Devant la dévitalisation des régions, à laquelle Charlevoix n'échappe pas, il estime que mieux vaut se rabattre sur le territoire et le tourisme.

Une esquisse du projet Le Havre de la Ville de La Malbaie

Une esquisse du projet Le Havre de la Ville de La Malbaie

Photo : Radio-Canada / fournie par la Ville de La Malbaie

Le projet « n'est pas mort », insiste M. Couturier, mais il a fallu retourner à la table à dessin. La municipalité en a fait l'annonce en avril. « Ça a été un bel exercice démocratique », précise-t-il, soulignant au passage que le gouvernement fédéral est prêt à financer une partie du projet. Le G7 ayant aidé à avoir « des entrées » à Ottawa, croit-il.

Des airs de 400e?

Au lendemain du G7, le 10 juin 2018, le maire y allait de cette déclaration : « Je pense que ce G7-là va nous servir de tremplin, un peu comme le 400e l'a été pour Québec. »

Un an plus tard, les propos sont plus mesurés. « Est-ce que ça a été comme le 400e pour Québec? Est-ce que ça nous a propulsés dans des hauteurs si grandes? Je ne sais pas. »

Chose certaine, poursuit-il, sa ville et la population ont « sorti avec classe ». Les citoyens n'ont pas sombré « dans le mélodrame ». « Cette année-là, on s'est tous mobilisés, les élus et la population. La population a été accueillante et les gens sont capables de recevoir des événements de grande envergure. »

M. Couturier croit que les retombées pour sa région sont une « somme de petites choses ». Les tours cellulaires dans Charlevoix et au Saguenay, un investissement de 15 millions de dollars du fédéral, est probablement le plus important.

Pour la suite, les retombées ne sont pas garanties. « On travaille à se démarquer dans toute cette offre, ce marché du tourisme, du visiteur, de l'entrepreneuriat. Ce n'est pas plus simple parce que le G7 est venu. » Il conclut en affirmant que la partie n'est pas gagnée d'avance.

Avec la collaboration de Marc-Antoine Lavoie

Quelques legs du G7

  • Amélioration du réseau cellulaire
  • Déploiement de la fibre optique à La Malbaie
  • Réfection et surplus budgétaire à l'aéroport de Charlevoix
  • Locations de terrains
  • Visibilité médiatique
  • Plantation d'arbres dans la Réserve de la biosphère de Charlevoix

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