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« Paternaliste », « condescendante » et « sexiste » : une vidéo recommande au personnel la façon de s’habiller à l'UQO

L'Université du Québec en Outaouais.

Une vidéo sème la controverse au sein du personnel de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

Radio-Canada

Le personnel enseignant de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) devrait éviter de s'habiller « en mode week-end » ou en « mode séduction : les décolletés plongeants, les bretelles spaghettis », selon une vidéo mise en ligne sur le compte YouTube de l'établissement et retirée vendredi matin.

Des membres du personnel enseignant de l’UQO ont été surpris de recevoir dans leur boîte courriel une vidéo leur expliquant comment s’habiller, vendredi dernier. Une situation dénoncée par des syndicats du personnel de l'établissement.

L’idée de contrôler la tenue vestimentaire d’adultes me semble très condescendante et très paternaliste , a affirmé Stéphanie Demers, présidente du Syndicat des professeures et des professeurs de l’Université du Québec en Outaouais.

C’est comme si les gens ne savaient pas déjà comment se préparer pour le travail, comment s’y présenter. Je ne suis pas du tout d’accord avec les propos de cette styliste-là, qui semble croire que des adultes ne sont pas en mesure de déterminer eux-mêmes quel est l’habillement approprié pour leur travail , a soutenu Mme Demers.

La vidéo a été conçue dans le cadre du programme Expérience étudiante exceptionnelle (E3), qui vise à améliorer l’image de l’Université et à aider l’établissement à recruter du personnel, a pour sa part expliqué la présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQO, Marie-Josée Bourget.

La capsule vidéo, maintenant retirée, mise en ligne par l'UQO

On a été choqués. On n’a pas l’habitude, nous, d’avoir des codes vestimentaires , a dit d’emblée Mme Bourget en entrevue à Radio-Canada, en ajoutant que la vidéo ne s’adresse pas seulement aux personnes qui enseignent, mais à tout le personnel de l’UQO.

Deux choses dérangent particulièrement Mme Bourget. Toute l’approche clientéliste et là, en plus, cette idée qu’on doit être vêtu d’une certaine façon lorsqu’on enseigne ou lorsqu’on est membre du personnel de l’UQO.

Selon elle, en 25 années d’expérience à l’Université, il n’y a jamais eu de code vestimentaire particulier pour le personnel.

Le Syndicat a manifesté son opposition à cette vidéo sur ses comptes de réseaux sociaux, a-t-elle dit. C’est la première démarche. On va voir ce que l’UQO va faire à la suite de ça .

Ne pas être en « mode séduction »

Par ailleurs, le Syndicat des chargées et chargés de cours dénonce le sexisme de ces recommandations vestimentaires.

Dans la vidéo, la personne utilise l’expression "il ne faut pas être en mode séduction", avec les petites bretelles. Donc, toujours, on met la faute sur la femme, son apparence, qui peut envoyer des messages sexuels. Ça, c’est quelque chose qui nous dérange beaucoup , a soutenu Mme Bourget.

C'est le même son de cloche chez les professeurs. Un découragement certain qu’on soit encore, en 2019, à considérer qu’il y a des parties du corps des femmes qui sont à objectifier , a été la première réaction de Stéphanie Demers lorsqu'elle a visionné la vidéo.

Les membres de la communauté universitaire s’habillent très bien. Ils s’habillent de façon professionnelle, ils s’habillent tout à fait correctement. Je n’ai jamais vu de problème de nature vestimentaire à l’UQO , a soutenu Stéphanie Demers.

Selon Mme Demers, il va falloir vérifier avec l’UQO quelles étaient les intentions et d’où tout cela venait , bien qu’elle croit que l’établissement n’avait pas l’intention de diffuser une vidéo qui pouvait heurter ou contenant des propos qui pourraient être considérés comme sexistes ou réducteurs .

L'UQO réagit

Vendredi matin, l'établissement a réagi en affirmant qu'il y avait un intérêt manifesté par des employés pour la question vestimentaire, dans le cadre du programme interne E3.

Selon les intérêts manifestés par des employés pendant l’élaboration de ce programme, nous avons donné la parole à des experts de divers domaines, dont des professeurs et des personnes chargées de cours, dans le cadre de chroniques d’opinion présentées sous forme de capsules vidéo dans une infolettre interne , a expliqué l'Université dans un communiqué.

La vidéo se voulait informative pour les personnes intéressées par cette question. Bien entendu, les gens sont libres de porter ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de code vestimentaire à l’UQO.

Communiqué de l'Université du Québec en Outaouais

L’objectif du programme et des outils n’étant pas de semer la controverse mais plutôt d’offrir des sources d’inspiration pour les employés dans leur travail, l’UQO a choisi de retirer la vidéo , peut-on lire dans le communiqué.

La styliste ne regrette « pas du tout » d'avoir fait la vidéo

C'est mon métier, c'est mon propos. C'est important , a souligné la styliste Marie-Claude Pichette, en ajoutant cependant qu'elle aurait pu choisir plus judicieusement ses mots.

Selon elle, les propos qu'elle tenait dans la vidéo étaient destinés à une clientèle interne comme les enseignants et les gens qui s’adressent aux étudiants.

Ça n’a rien à voir avec démoniser des parties du corps des femmes. C’est seulement être respectueux envers un contexte donné. On parle quand même d’une institution du savoir , a-t-elle souligné.

Je suis féministe depuis toujours, et si je vais enseigner, c’est sûr que je ne mets pas de "gougounes" et de bretelles spaghetti.

Marie-Claude Pichette, styliste

Elle a également indiqué que les hommes ont eux aussi la responsabilité de se vêtir correctement dans un contexte professionnel, mais que les femmes font face à des questions supplémentaires parce qu'elles ont plusieurs types de matières, plusieurs types de coupes .

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