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« La danse, c’est un peu comme ma liberté »

Un adolescent danse sous le regard attentif du public rassemblé autour de la piste.

Sam en pleine action lors de l’événement de danse Survival of da Illest le 4 mai au Centre communautaire de loisir de la Côte-des-Neiges à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Danielle Beaudoin

Danielle Beaudoin

Pour Sam, la danse est la meilleure façon de s’exprimer. Il fait du hip-hop depuis qu’il est tout petit, et il compte bien danser jusqu’à la fin de ses jours. Il partage cette passion avec toute une communauté de danseurs urbains à Montréal. Incursion dans un milieu encore qualifié d'« underground ».

Un samedi soir de mai au Centre communautaire de loisir de la Côte-des-Neiges (Celo) à Montréal. Il fait chaud dans le grand local transformé pour la soirée en arène de danse urbaine. Sur la petite estrade, DJ Ridley fait tourner sa musique, et il y a déjà une vingtaine de personnes dans la salle à bouger sur le rythme.

À la porte, les gens continuent d’arriver. Le droit d’entrée est de 15 $. Ceux qui participent aux compétitions déboursent 10 $, et c’est gratuit pour les jeunes enfants. Au programme de Survival of da Illest (SODI) 2019 : des « All Style Battles », des combats de danse, pas seulement de hip-hop, mais d’une variété de styles, autant pour les enfants que les adolescents.

Le jeune homme travaille à l'ordinateur, tout près de la table de mixage.

En début de soirée, DJ Ridley prépare sa musique.

Photo : Radio-Canada / Danielle Beaudoin

En attendant que ça commence, Sam, 17 ans, pratique ses mouvements dans un coin. Un corps sec et musclé, des cheveux clairs et assez longs, ramassés sous une casquette. Je fais du hip-hop, et ça fait 12 ans que je danse. Douze ans? Oui, 12 ans, répète-t-il. Ce jeune du quartier d’Hochelaga raconte que c’est en regardant son cousin danser qu’il a eu la piqûre.

Gros plan du visage de Sam.

Sam, danseur de hip-hop, juste avant son « battle », lors de SODI 2019

Photo : Radio-Canada

La danse, c’est un peu comme ma liberté. C’est la manière que je m’exprime [...]. La danse, c’est plus une question de vibe et de feeling.

Sam, danseur de hip-hop

Sam a eu plusieurs mentors dans sa carrière. Deux d’entre eux sont présents ce soir. Il y a la juge qui est là, Jaleesa. Elle a été mon mentor pendant longtemps. Il y a aussi DarQk, l’animateur.

Jean-Édouard Pierre Toussaint, alias « DarQk », alias « Sangwn », se rappelle que Sam est un des premiers enfants avec qui il a travaillé en danse. Sam, c'était le premier qui est venu me voir après un cours et qui m'a dit qu'il avait compris ce que j'expliquais. Et qu'il fallait danser du cœur. Alors moi, quand je le vois maintenant en train de faire des beautés comme ça et puis qu'il s'exprime vraiment [...] pour moi, ça veut dire beaucoup.

L'animateur parle au public rassemblé autour de la piste de danse.

L’animateur, Jean-Édouard Pierre Toussaint, parle d’amour et de hip-hop, juste avant la présentation des juges.

Photo : Radio-Canada / Danielle Beaudoin

Ça y est, la salle est pleine. Peut-être une centaine de personnes. De jeunes danseurs, leurs parents, des amis. L’animateur avise le public qu’il va passer de l’anglais au français tout au long de la soirée.

Et il enchaîne en parlant d’amour. J’aimerais ça que tout le monde ensemble à trois, on dise tous love. Parce que c’est l’énergie qui va fuel aux jeunes le plus dans leur vie. Et pis je pense qu’en tant qu’adultes, on devrait vraiment le promote le plus possible.

Jean-Édouard parle au micro.

Avec sa fille Ayla dans les bras, Jean-Édouard Pierre Toussaint

Photo : Radio-Canada

Jean-Édouard, qui est aussi travailleur de rue, croit que l’amour est la valeur la plus importante que véhicule la danse urbaine. Viennent ensuite l’expression de soi et la prise de position.

Il ne faut pas oublier que le hip-hop a été créé pour pouvoir donner une voix aux personnes qui n'en avaient pas. Alors, des fois, on oublie ça [...] on oublie la partie activiste, qui nous demande de nous mobiliser et de faire un changement.

Jean-Édouard, animateur, SODI 2019

Jean-Édouard est un des organisateurs de la soirée. Il y a aussi Alexandra « Spicey » Landé, chorégraphe, danseuse et enseignante de hip-hop. Elle organise des compétitions à Montréal depuis de nombreuses années.

Alexandra « Spicey » Landé sourit à l'objectif.

Alexandra « Spicey » Landé, coorganisatrice de SODI 2019, arrive parmi les premiers pour préparer la salle.

Photo : Radio-Canada / Danielle Beaudoin

On veut donner la plateforme aux jeunes. On veut qu’ils puissent s’exprimer. Ils ont beaucoup de talent, ils ont beaucoup à dire. Ça leur donne quelque chose sur quoi focusser.

Alexandra « Spicey » Landé, coorganisatrice, SODI 2019

Elle fait valoir qu’il s’agit là d’une bonne distraction pour les adolescents, qui leur évitera peut-être de faire des bêtises.

C’est quoi un battle ?

Deux danseurs ou deux équipes s’affrontent. Ils ne connaissent pas d’avance quelle sera la musique proposée par le DJ , et ils improvisent sur la piste. Bien sûr, derrière ces improvisations, il y a souvent des heures et des heures de pratique. Un ou des juges choisissent le gagnant en pointant la main vers le danseur ou l’équipe qui passe au prochain tour. La soirée est animée par un MC (Master of Ceremony).

Avant de commencer les compétitions, l’animateur présente les trois juges : Jaleesa « Tea Leaf » Coligny, Jonathan « J. Style » Mukoma et Victor « Vicious » Sono.

Les juges sont debout et regardent le photographe.

En début de soirée, les trois juges, « J. Style », « Tea Leaf » et « Vicious », posent pour le photographe de SODI 2019.

Photo : Radio-Canada / Danielle Beaudoin

Tous les trois sont des danseurs respectés dans la communauté. Jaleesa fait surtout du hip-hop, et elle enseigne la danse aux jeunes depuis huit ou neuf ans. Je pense que ça m’apporte plus que de danser pour moi-même. De partager, de voir mes élèves évoluer, de faire ces affaires-là, dit-elle en montrant la salle.

Les rounds s’enchaînent, d’abord entre la dizaine d’enfants qui se sont inscrits. Le public encourage et applaudit copieusement les danseurs sur la piste. Une jeune fille tourne une vidéo avec son téléphone. Trois autres se sont levées et elles bougent au rythme de la musique de DJ Ridley.

En venant aux battles, ces jeunes danseurs en apprennent un peu plus sur la culture hip-hop que ce qu’ils voient à la télévision, remarque Jaleesa. C’est toute une culture, c’est toute une famille, c’est toute une histoire. Surtout à Montréal. On a beaucoup de pionniers en danse urbaine, on a beaucoup de bons profs, de compagnies de danse émergentes. C’est important qu’ils voient ces gens-là.

Gros plan sur le visage de la jeune femme.

Jaleesa « Tea Leaf » Coligny, danseuse urbaine enseignante et juge à SODI 2019.

Photo : Radio-Canada

Un milieu encore marginal

Alexandra « Spicey » Landé croit que même si certains aspects de la danse urbaine sont commercialisés et présents à la télévision, il s’agit toujours d’un phénomène marginal.

La différence, je pense, c’est au niveau de la connaissance. C’est ça qui fait que c’est underground, note-t-elle. Elle explique que les spectateurs voient le danseur de rue bouger, mais ils ne comprennent pas toujours toute la culture qui entoure chaque style de danse, la musique, les fondations. La danse urbaine est souvent désincarnée à la télévision, car elle est dépouillée de son essence, constate Alexandra.

On voit la danse de rue [à la télé], mais des fois, les gens ne peuvent même pas faire la différence entre du popping et du locking, ou du hip-hop et du popping.

Alexandra « Spicey » Landé, coorganisatrice, SODI 2019

C’est quand même underground, parce que ce n’est pas facile de savoir où ça se passe, comment, avec qui. Surtout pour les battles [...]. Tu vois le nombre, on n’est pas plus de 100 ici, note-t-elle en se tournant vers la piste de danse.

Le test du battle

Les battles, ça apporte aux jeunes un sens de la communauté », lance J. Style, danseur urbain et juge à l’événement de ce soir. « Ça leur donne aussi la chance de se mesurer à d’autres personnes. Ensuite de savoir sur quoi travailler et de retourner travailler là-dessus, observe « J. Style ».

Gros plan sur le visage de Jonathan.

Jonathan « J. Style » Mukoma, danseur urbain et juge à SODI 2019

Photo : Radio-Canada

« J. Style » vient du quartier de la Petite-Bourgogne, à Montréal, et il danse depuis l’âge de 7 ans. La façon dont je m’exprime le mieux, c’est avec la danse [...]. Le mouvement fait toujours partie de mon langage, de ma communication. Ça lui a aussi donné accès à une communauté, à une « famille », à un gagne-pain et à des occasions de voyager, ajoute-t-il.  

L’autre juge, Victor Sono alias « Vicious », danse depuis 20 ans. Il fait du breaking , un des multiples styles de danse urbaine.

Ça représente beaucoup de choses dans ma vie. Ce n’est pas juste un hobby, mais c’est mon mode de vie. Moi, je vis de ça. Je voyage à travers le monde, on fait des compétitions, je représente Montréal.

Victor « Vicious » Sono, danseur urbain
Gros plan sur le visage de Victor.

Victor « Vicious » Sono, danseur urbain et juge à SODI 2019

Photo : Radio-Canada

« Vicious » explique que lorsque les danseurs participent à un battle , c’est comme un test, l’examen après les pratiques. Qu’ils perdent ou qu’ils gagnent, ils prennent chaque fois de l’expérience. Cette expérience-là, tu la ramènes en pratique. Ça te fait évoluer. Ton style, il se développe malgré tout.

« On est tous des gagnants »

So, on va faire notre finale des kids. Les deux personnes concernées savent qui elles sont. Je vous demande de bien vous présenter sur le dance floor. Let’s go for our finals!

Maria et Émilie se placent sur la piste de danse. Et l’animateur chauffe la salle. Do not get on your zombie mode! [...] J’aimerais ça avoir plus de participation du public, parce que nos danseurs, eux, ils se donnent à fond. So, s’il vous plaît, on fait un maximum de bruit!

Gros plan du visage de Maria.

Maria, finaliste de la compétition des enfants à SODI 2019

Photo : Radio-Canada

Maria et Émilie improvisent à tour de rôle sur la musique. Autour de la piste, les gens dansent et crient des encouragements.

Les finalistes sont maintenant à égalité. Le DJ met une pièce que tout le monde semble connaître dans la salle. Le public s’anime et bouge sur le rythme. Maria et Émilie dansent à tour de rôle. La décision des juges : deux votes pour Émilie contre un vote pour Maria.


Regardez la finale entre Maria et Émilie :

Maria et Émilie sur la piste de danse


Maria et Émilie se serrent la main, tandis que l’animateur invite encore une fois le public à applaudir les enfants.

Les juges se lèvent et vont féliciter les deux jeunes filles. Ils remettent un diplôme à chacune d'entre elles et une carte-cadeau à la gagnante. L’un des juges, Jaleesa, prend le temps de serrer Maria dans ses bras et de la réconforter.

Quant à la gagnante, Émilie, elle a bien compris le message de respect et d’unité qu’a transmis l’animateur toute la soirée.

Je souhaite à l’autre fille de réussir et de continuer, parce que personne ne sort d’ici comme perdant, tout le monde sort d’ici comme gagnant. Alors, moi je pense que c’est une très belle expérience de venir ici et de partager notre passion, la danse.

Émilie, 12 ans
Le visage d'Émilie.

Émilie, gagnante de la compétition des enfants à SODI 2019

Photo : Radio-Canada

« On fait du bruit! »

Cette soirée comprend aussi la compétition Seven to Smoke. Le premier danseur à accumuler sept victoires gagne.

Thomas, 15 ans, y participe. Le danseur de hip-hop en est à son troisième battle. J’ai vraiment aimé ça. J’aurais aimé faire mieux, mais j’ai plus à apprendre.

Thomas est en train de parler.

Thomas danse depuis qu’il est tout petit.

Photo : Radio-Canada

Pour moi, la vérité, j’aime vraiment pas les battles, parce que je suis un gars vraiment timide; ça paraît peut-être pas. Ce que j’aime, c’est vraiment les spectacles. Mais les battles, ça m’amène à explorer ce que je peux faire et ça m’amène à beaucoup de choses, confie Thomas.

Les jeunes, des filles et des garçons, se donnent à fond sur la piste.

Après chaque round, les deux concurrents en lice se serrent la main ou se font l’accolade, et l’animateur, Jean-Édouard, invite le public à applaudir tant le perdant que le gagnant. S’il vous plaît, on fait encore un maximum de bruit pour tous nos participants!

Les trois juges pointent la main du même côté.

Les juges donnent le point à Sam.

Photo : Radio-Canada

Au bout du compte, c’est Sam qui ressort vainqueur. Ça s’est très bien passé. J’ai varié entre le hip-hop et le popping. Le résultat, eh bien j’ai pris la victoire, nous lance-t-il en souriant.


Regardez les rounds de Sam et Thomas :

Sam et Thomas sur la piste de danse


Que retire-t-il de sa soirée? J’ai appris que s’écouter et écouter son cœur, c’est la meilleure manière de danser », répond le jeune homme. Vas-tu danser longtemps? « Jusqu’à la fin de ma vie. Toute ma vie! s’exclame Sam, les yeux brillants.

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