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Une mère dénonce le système d'alertes de naissance en place au Manitoba

Une jeune mère et son bébé.

Shaylese Monkman et son fils Anton.

Photo : Shaylese Monkman

Une mère ayant fait l'objet d'une alerte de naissance demande au gouvernement du Manitoba de cesser de soustraire des nouveau-nés à la garde de leur mère. L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) fait également cette recommandation dans son rapport, dévoilé lundi.

Je ne pense pas que ce soit juste , affirme Shaylese Monkman, 20 ans, au sujet des alertes de naissance.

Ces alertes consistent à informer l'hôpital des antécédents d'une personne, ce qui peut amener les services sociaux à retirer l'enfant à sa mère dans les minutes qui suivent l'accouchement.

En janvier dernier, une vidéo publiée dans les réseaux sociaux est devenue virale. La vidéo montrait une mère serrant son enfant contre elle. On y voyait des policiers quitter la chambre de l’Hôpital Saint-Boniface avec le nouveau-né.

Une femme regarde la caméra et sourit.

Gisèle Saurette-Roch, ancienne travailleuse sociale.

Photo : La Liberté

Dans le cas de Shaylese Monkman, c'est l'assistante sociale qui a alerté l'hôpital, à la suite d'un incident avec son ex-conjoint. Selon la jeune mère, l'idée que les Services à l'enfant et la famille vont se présenter à l'hôpital après une naissance est effrayante.

Elle demande que la province mette un terme à cette pratique. Le Manitoba a le taux d'enfants pris en charge par la province le plus élevé au Canada. Chaque jour, un nouveau-né est placé sous la garde des services sociaux.

Gisèle Saurette-Roch, travailleuse sociale à la retraite, souhaite qu'on ne retire un enfant à ses parents qu'en cas de sérieux problèmes. Elle reconnaît, toutefois, que c'est un gros défi.

Selon elle, il faudrait trouver des façons novatrices de faire face à cette situation. Cela nécessite de travailler sur plusieurs plans. Il faut réduire la pauvreté, les occasions de dépendance aux drogues, aider les gens à s'en sortir et surtout leur donner des possibilités d'apprentissage à l'adolescence , dit-elle.

Gisèle Saurette-Roch suggère, par exemple, des programmes sportifs et musicaux et d'autres activités constructives qui permettent de développer une estime de soi et de croire en l'avenir, tout en protégeant les plus vulnérables.

Elle estime que des garderies réservées aux enfants qui ne sont pas sous la garde de leurs parents pourraient offrir des pistes de solution.

Des garderies supervisées où les parents pourront interagir le jour avec leurs enfants. Et où on offre des cours aux parents sur les besoins des enfants et la façon de gérer les comportements. Le soir, si nécessaire, on peut placer les enfants dans un foyer nourricier , suggère-t-elle.

Elle dit que cela permettrait d'encourager le lien parents-enfants.

Une situation préoccupante

Lors des audiences de l'ENFFADA, l'Assemblée des chefs du Manitoba avait évoqué les effets traumatisants du système d'alertes à la naissance pour les mères.

Selon la police de Winnipeg, la plupart des personnes portées disparues au Manitoba ont été sous la responsabilité des Services à l'enfant et à la famille.

Une femme en gros plan, qui ne sourit pas.

La protectrice des enfants autochtones du Manitoba, Cora Morgan.

Photo : Radio-Canada

La protectrice des enfants autochtones du Manitoba, Cora Morgan, dénonce aussi ce système qui, selon elle, accroît les risques pour les mères et leurs enfants. Elle estime que c'est une violation des droits de la personne, car, souvent, les parents n'ont pas la possibilité de démontrer qu'ils peuvent assumer leurs responsabilités.

Mme Morgan ajoute que, la plupart du temps, les mères ne savent même pas qu'elles perdront la garde de leur enfant à la naissance.

La chercheuse Elizabeth Wall-Wieler, auteure d'une thèse de doctorat à l'Université du Manitoba sur les effets de cette pratique sur la santé des mères, en appelle également à la fin de ce système.

Ses recherches, dit-elle, ont révélé que les mères ayant perdu la garde de leur enfant ont plus de problèmes de santé mentale que celles dont les enfants sont morts. Selon la chercheuse, ce système a beaucoup plus d'inconvénients que d’avantages.

Dans une déclaration écrite, un porte-parole de la ministre de la Famille a souligné les efforts déployés par la province pour travailler de façon collective, afin d'apporter des changements majeurs qui profiteraient à tous les Manitobains et en particulier aux femmes et aux filles autochtones .

Shaylese Monkman attend son deuxième enfant pour le mois de juillet. Quand elle a su qu'elle était de nouveau enceinte, elle n'a pas voulu en parler à son assistante sociale de peur qu'on lui retire son enfant à la naissance.

Le nom de Shaylese Monkman a été retiré du système d'alertes de naissance de la province grâce à l'aide de la protectrice des enfants autochtones du Manitoba.

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