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Les congés des guetteurs d’incendie augmentent les risques de feu, dit un syndicat

Le site d'une station de surveillance des feux. Les drapeaux canadien et albertain flottent au premier plan, tandis qu'on aperçoit la tour dépasser des arbres qui se trouvent à l'arrière-plan.

Cette tour d'observation des feux de forêt située dans le nord de l'Alberta est laissée sans surveillance, ce qui augmente le risque de laisser des incendies naissants prendre de l'ampleur, selon l'AUPE.

Photo : Parcs et Environnement Alberta

Nafi Alibert

Qui surveille les feux de forêt quand les guetteurs d’incendie partent en congé? Personne, déplore le Syndicat des employés provinciaux de l'Alberta (AUPE). Il ajoute que, chaque jour, une dizaine de tours d'observation des feux de forêt restent sans surveillance depuis que l'ancien gouvernement néo-démocrate a permis aux guetteurs d'incendie d'avoir d'un jour de congé par semaine.

Les guetteurs d’incendie sont des employés saisonniers qui, perchés sur leur tour, scrutent l’horizon pour détecter des signaux de fumée.

Mike Dempsey, le vice-président de l’AUPE, est l’un d’entre eux.

« Il est primordial de détecter les incendies dès qu’ils débutent, surtout quand le risque de feu est très élevé, Les guetteurs ont donc un rôle important et crucial pour signaler immédiatement l’apparition de la fumée », dit celui qui a plus de 35 ans d’expérience.

À travailleurs mieux protégés, forêts plus en danger?

Dès le début de la saison des feux de forêt, ces guetteurs d’incendie prennent leurs quartiers dans une des 127 tours d’observation dispersées dans la province. Chaque tour est dotée d’un seul et unique guetteur, capable de surveiller un rayon de 5000 km2.

Une cabane en bois rond et une tour.

La tour d'observation William Switzer, située à proximité de Hinton, en Alberta.

Photo :  CBC / Therese Kehler

Jusqu’à cette année, ils occupaient ce poste temporaire sept jours sur sept, parfois dans des régions particulièrement isolées.

Depuis les changements apportés aux normes du travail par le Nouveau Parti démocratique de l’Alberta (NPD) en novembre 2018, ces travailleurs doivent prendre une journée de congé par semaine.

C’est une aberration pour le syndicat. Il estime que cette nouvelle règle ne fait qu’augmenter le risque de ne pas détecter certains feux avant qu’ils ne prennent de l'ampleur.

Selon l'AUPE, en moyenne, il n’y a aucun observateur dans une dizaine de tours par jour cette année. Au moins trois feux, dont un à proximité de High Level, ont ainsi brûlé jusqu'à une journéé entière avant d’être signalés.

Il n’y avait par exemple, pas de paire d’yeux dans la tour de Carrot Creek pour détecter un feu qui s’est récemment déclenché à 15 km au sud-est d’Edson.

« C’est un particulier qui l’a repéré », explique John Clough, un guetteur qui aurait pu se trouver dans cette tour d’observation. « Au moment de son signalement, le feu faisait 2 hectares et le lendemain, il s’étalait sur 200 hectares. » Quand il a cette taille, il est déjà trop tard pour espérer lutter contre le feu avec les moyens du bord, précise-t-il.

« Ça n'a aucun sens », renchérit Fred McDougall, un ancien sous-ministre des Forêts en Alberta qui dit qu'il n’aurait jamais mis en place une telle mesure en pleine saison des feux de forêt.

Des avantages sociaux contestés

En plus de travailler tous les jours de la semaine, les guetteurs d’incendie étaient aussi autorisés à rester en poste jusqu’à 16 heures par jour. Ils étaient rémunérés pour toutes ces heures et recevaient, en prime, l’équivalent d’une huitième journée de travail par semaine.

Aujourd’hui, leur paye est calculée en fonction de la gravité de la menace d’incendie. Si le risque est jugé faible, ils ne sont plus rémunérés que trois heures par jour. Un niveau de risque extrême est désormais associé à une journée de 11 heures de travail. Quoi qu’il arrive, ils ne peuvent être en poste plus de 12 heures par jour.

Pour les guetteurs, cela représente 30 à 60 % de salaire en moins à présent, selon les calculs du syndicat.

« C’est comme trahir ces gens que de leur dire qu’ils seront moins bien payés pour le travail si précieux qu’ils effectuent », déplore M. Dempsey.

Ce sentiment de trahison est d’autant plus grand que plusieurs guetteurs n’ont pris connaissance des ces changements que le premier jour de leur prise de poste cette année, affirme le vice-président du syndicat.

Plus de 60 plaintes ont été déposées à la suite de ces changements.

John Clough.

John Clough a été guetteur d'incendie pendant 29 ans.

Photo : John Clough

Après 29 ans de carrière, John Clough a décidé de démissionner, comme d’autres guetteurs expérimentés qui ne voient plus d’intérêt financier et sécuritaire de travailler de la sorte.

« C’est une perte d’expertise inestimable », se désole M. Dempsey.

La province a fait appel à des hélicoptères pour sillonner certains secteurs où les tours sont laissées sans personnel. Or, pour Fred McDougall, qui a consacré une partie de sa carrière à lutter contre les feux de forêt, le réseau de tours d’observation constitue une solution bien plus économique et plus efficace que les hélicoptères.

Interrogé sur cette question, Devin Dreeshen, le ministre albertain de l’Agriculture et des Forêts, a indiqué dans un bref courriel que son gouvernement allait entrer en contact avec le syndicat pour trouver une meilleure solution. Il n’a toutefois pas précisé pourquoi aucune mesure n’avait été prise avant le début de la saison des feux de forêt.

« Il faut que ça change, et vite », affirme M. Dempsey, dont le syndicat doit rencontrer prochainement le commissaire de la fonction publique de l’Alberta.

Avec les informations de Jennie Russell et Charles Rusnell

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