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Ottawa vit une vague de surdoses liées au carfentanil

Une seringue usagée et des médicaments d'ordonnance sont éparpillés de façon désordonnée.
Ottawa vit une vague de surdoses liées aux opioïdes. Photo: iStock / Darwin Brandis
Pascal Gervais

La crise des surdoses d'opioïdes s'accentue depuis la mi-avril à Ottawa, ce qui coïncide avec la découverte de carfentanil dans les analyses effectuées au centre d'injection supervisée du Centre de santé communautaire Côte-de-Sable.

L'infirmier coordonnateur au Centre communautaire de Côte-de-Sable, Luc Cormier, soutient que le nombre surdose d'opioïdes a grimpé de façon inquiétante depuis le 24 avril à Ottawa.

Les intervenants du centre d'injection supervisée ont eu recours à de l'oxygène pour aider les usagers en détresse entre 15 et 18 fois par semaine alors qu’en temps normal elle est utilisée en moyenne 5 fois.

Selon M. Cormier, cette augmentation de cas de surdoses est directement liée à l'apparition de carfentanil dans la région.

Luc Cormier répond aux questions de la journaliste.Luc Cormier, infirmier coordonnateur du centre d'injection supervisée au Centre de santé communautaire Côte-de-Sable. Photo : Radio-Canada

Il n’y a jamais eu de surdose mortelle dans la centaine de centres d'injection supervisée à travers le monde parce qu’il y a du personnel formé en plus de la naloxone, nous avons donc la capacité d’intervenir rapidement, a fait valoir M. Cormier.

C’est fort probable que les tendances vont se maintenir et que la présence de carfentanil va continuer de se retrouver dans les drogues de la rue.

Luc Cormier, infirmier coordonnateur du centre d'injection supervisée au Centre de santé communautaire Côte-de-Sable.© Radio-Canada

Le carfentanil est un opioïde que les vétérinaires utilisent pour les animaux de très grande taille, comme les éléphants. Il n'est pas destiné à la consommation humaine. Il est environ 100 fois plus toxique que le fentanyl et 10 000 fois plus toxique que la morphine, ce qui signifie que le carfentanil peut être mortel à des doses extrêmement faibles.

Depuis quelques semaines, le Service de police d'Ottawa avertit le public sur son site internet que du carfentanil circule à Ottawa.

En avril dernier, l'Agence de la santé du Canada dévoilait que 3200 Canadiens étaient morts d'une surdose d'opioïdes entre janvier et septembre 2018.

Les surdoses apparemment liées aux opioïdes ont coûté la vie à 11 577 Canadiens de janvier 2016 à décembre 2018, selon l'Agence de la santé publique du Canada.

Du côté de Gatineau

Yves Séguin, le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), affirme que le problème de carfentanil n’a pas traversé la rivière pour l’instant, mais assure que son organisme est aux aguets.

M. Séguin ajoute, en entrevue à Radio-Canada, qu’il y a eu quatre décès au cours des derniers mois, mais il attend les rapports toxicologiques afin de confirmer que les victimes sont mortes d'une surdose d'opioïdes.

Monsieur Séguin répond aux questions du journaliste.Yves Séguin, directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO). Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Le directeur général du CIPTO est d’avis que tout a été fait en Colombie-Britannique pour réduire le nombre de surdoses d'opioïdes, sans obtenir de résultats concluants.

Nous commençons à voir à Vancouver, que même s’ils ont tous les services : la consommation supervisée, la naloxone, de nombreux intervenants dans les rues, ça ne fonctionne pas, il y a encore de nombreux décès, a-t-il dit.

La solution privilégiée par le CIPTO est une consommation sécuritaire.

M. Séguin cite l'exemple portugais qui a prouvé que les sanctions criminelles sont contre-productives et contribuent à stigmatiser les toxicomanes.

Dans les années 1990, plus de 100 000 personnes étaient dépendantes de l'héroïne, soit 1 % de la population portugaise. Devant cette situation alarmante, le gouvernement portugais a décidé de prendre les grands moyens et de décriminaliser les drogues en 2001.

L'usage et la possession de toutes les drogues sont devenus des infractions administratives, et non plus des crimes. Les trafiquants sont toujours considérés comme des criminels, mais pas les consommateurs.

Avec cette approche de décriminalisation, il y a plus de chance d’avoir un produit un peu plus sécuritaire. Il n’y a pas de risque zéro, le risque zéro est de ne pas consommer, mais quand nous sommes rendus à trouver du carfentanil dans les produits, nous devons faire autrement, a mentionné Yves Séguin.

La crise des opioïdes touche particulièrement les provinces de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de l'Ontario.

Ottawa-Gatineau

Drogues et stupéfiants