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L'industrie québécoise du véhicule innovant freinée faute d'installations

La voiture autonome est le véhicule du futur, mais ce n'est pas demain la veille qu'on la verra massivement dans les rues.

Photo : iStock

Hugo Lavallée

Des entreprises québécoises qui cherchent à faire leur place dans le secteur du véhicule électrique et autonome doivent parfois s'exiler à l'étranger.

La course est déjà bien engagée et la compétition vient des quatre coins du monde. Des milliards de dollars sont présentement investis pour développer la nouvelle génération d'automobiles - des voitures qui seront électriques, autonomes et connectées. Si les grandes multinationales trônent en tête de palmarès au chapitre des investissements, de plus petits joueurs rêvent aussi de faire leur place dans ce marché en plein essor.

Le gouvernement du Québec a d'ailleurs flairé la bonne affaire en caractérisant le secteur des équipements de transport terrestre de « puissant levier de croissance et de développement » dans son dernier plan d'action intitulé Transporter le Québec vers la modernité.

Faute d'installations adéquates pour effectuer les tests nécessaires à leur développement, des entreprises pourraient toutefois se développer ailleurs.

Forcé d'aller en Espagne

Établie à Mirabel depuis une trentaine d'années, Orange Traffic est surtout connue pour ses équipements de circulation - panneaux de signalisation, feux, enseignes lumineuses. Il y a cinq ans, l'entreprise a toutefois choisi d'investir dans un nouveau créneau en développant une plateforme de communication entre véhicules et infrastructures appelée « Intersect ».

« Intersect, c'est un équipement qui permet de rendre les feux de circulation connectés. [...] Ça vient chercher l'information du feu et dire aux véhicules quand est-ce que le feu va changer, dans 5 secondes, 4 secondes… Ça permet d'anticiper des mouvements », explique le vice-président technologie et développement, Patrick Lauzière.

Dans un premier temps, cette nouvelle technologie permettra par exemple aux conducteurs de véhicules connectés de recevoir un avertissement sur leur tableau de bord les prévenant du changement imminent d'un feu. À plus long terme, les voitures autonomes utiliseront aussi cette information pour ajuster leur comportement.

« La mobilité de demain, c'est une mobilité qui est plus intégrée. Il y a plusieurs technologies qui vont permettre de se rendre là, dont l'autonomie des véhicules. Un véhicule autonome, ça se déplace tout seul. Par contre, ça a besoin d'appuis sur d'autres technologies. Il y a les véhicules connectés, c'est les véhicules qui communiquent entre eux et avec l'infrastructure. [...] Nous, on pense que c'est essentiel d'avoir la connectivité pour permettre de sécuriser et de rendre vraiment fiables les véhicules autonomes », fait valoir M. Lauzière.

Un nombre grandissant de villes, partout à travers le monde, s'intéressent à ces dispositifs qui permettent aussi de colliger des données sur la circulation. Denver, au Colorado, a choisi d'équiper ses feux de circulation de cette nouvelle technologie. Montréal, pour sa part, a commandé une cinquantaine d'unités. Orange Traffic est aussi en négociation avec des villes de Virginie et du Michigan.

Afin d'obtenir sa certification, l'entreprise québécoise a toutefois dû se rendre en Espagne pour effectuer l'ensemble des tests requis. Ce déplacement a entraîné des coûts et des retards additionnels, mais il inquiète surtout Patrick Lauzière pour d'autres raisons.

C'est toute la cohérence et la cohésion du milieu qu'on n'a pas. Quand on va travailler en Espagne, on amène notre connaissance et notre savoir et on va le partager avec les gens des laboratoires là-bas qui, eux, vont le partager avec leur écosystème. On aimerait beaucoup mieux partager notre connaissance avec l'écosystème local et permettre de développer des entreprises ici.

Patrick Lauzière, vice-président technologie et développement d’Orange Traffic
Une représentation visuelle de la technologie de Leddartech.

La technologie de LeddarTech permet de repérer des voitures et d'autres obstacles à bonne distance du véhicule autonome.

Photo : Radio-Canada

Expansion... en Ontario

Autre ville, même scénario. L'entreprise LeddarTech, de Québec, développe des capteurs pour la technologie lidar, ou télédétection par laser, aussi utilisée dans le développement du véhicule autonome. Après avoir effectué ses premiers essais au Québec, l'entreprise a dû se tourner vers l'Ontario pour mener des tests plus poussés.

« C'est un non-sens parce que nous, on est fournisseur, on livre notre techno, mais pour pouvoir tester - est-ce que les technos vont répondre aux besoins du client? - on doit aller dans l'environnement du client », déplore le président et chef des opérations de l'entreprise, Frantz Saintellemy.

Selon lui, cette impossibilité pour les entreprises de réaliser des tests de manière autonome enlève de la crédibilité aux entreprises québécoises.

Si on avait un endroit qui est équipé, ça pourrait non seulement nous aider, mais aussi aider nos partenaires.

Frantz Saintellemy, président de LeddarTech

En pleine expansion, LeddarTech a notamment ouvert un nouveau bureau à Toronto pour se rapprocher des infrastructures de test.

À l'heure actuelle, bien des entreprises effectuent leurs premiers essais dans les installations de Transports Canada, situées à Blainville. Des laboratoires et des pistes en circuit fermé y sont aménagés, mais Orange Traffic, tout comme LeddarTech, aurait besoin de davantage.

« Dans le secteur de l'automobile, il faut être en mesure de pouvoir tester dans des conditions qui répliquent des conditions réelles de la conduite », explique Frantz Saintellemy.

« Ça prend des intersections, il faut avoir un feu de circulation sur une piste si on veut tester des cas d’usage avec un vélo, avec un obstacle, avec des changements de feux de circulation. [...] Il faut équiper les installations avec tout ce qu’on va retrouver [dans la rue] », ajoute Patrick Lauzière.

Attirer des investissements

« Les meilleurs centres dans le monde offrent des environnements urbains simulés avec des rues étroites et des édifices en hauteur », donne en exemple la PDG de Propulsion Québec, Sarah Houde. L'organisme, créé il y a deux ans, a pour mission de faire du Québec « un leader mondial dans des segments d’activités liés aux transports électriques et intelligents ».

Son organisation souhaite créer une véritable « cité de la mobilité » au nord de Montréal, qui inclurait notamment un site d'essais à la fine pointe de la technologie.

« Avoir une offre clés en main pour les manufacturiers au même endroit, au Québec, ça positionne le Québec comme un leader. Ça attire des manufacturiers de partout dans le monde à venir ici, souvent à continuer la recherche et le développement ici, si on peut les mettre en lien avec les bons chercheurs, avec d'autres partenaires industriels. [...] Ça leur permet de rester ici finalement, de s'installer ici possiblement, de créer des emplois, d'ouvrir une usine », expose Mme Houde.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, responsable des infrastructures de Blainville, se montre ouvert, mais demeure prudent.

« Blainville est un endroit où Transports Canada peut faire de l’expérimentation. C’est quelque chose qui nous intéresse et quelque chose qu’on veut faire. Il n'y a pas d’échéancier en ce moment. [...] Il y a une capacité d'expérimentation là où le gouvernement du Canada aimerait exploiter », a-t-il déclaré en entrevue à Radio-Canada.

Le temps presse pourtant, disent en chœur Patrick Lauzière et Frantz Saintellemy. La course est déjà bien engagée et ceux qui prennent du retard ne traverseront peut-être jamais le fil d'arrivée.

Nos clients n’attendront pas, ils ont [un plan] pour entrer sur le marché. Donc, nous, si on n’est pas prêts, ils vont aller voir quelqu’un d’autre.

Frantz Saintellemy, président de LeddarTech

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