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Un an après son élection, Doug Ford atteint des sommets d’impopularité

Le premier ministre répond aux questions des journalistes et devant des membres de son cabinet.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford

Photo : Radio-Canada

Christian Noël

La lune de miel de Doug Ford aura été de courte durée. Alors qu'il soufflera vendredi sa première bougie comme premier ministre de l'Ontario, son gouvernement atteint des records d'impopularité. Mais dans la Ford Nation – c'est ainsi qu'on surnomme les partisans du premier ministre –, il reste encore des irréductibles qui lui sont encore (et toujours) fidèles.

Ron Black s’affiche littéralement comme un partisan de Doug Ford. Il installe des panneaux publicitaires pro-Ford près de son commerce, un garage situé en bordure d'une autoroute de la banlieue de Toronto.

Un homme pose les bras croisés et portant une casquette des Blue Jays de Toronto entre deux véhicules.

Ron Black s'affiche comme un partisan de Doug Ford.

Photo : Christian Noel

Go Doug Ford Go! Tu fais un boulot incroyable. Continue, on t’aime!

Ron Black, homme d’affaires de Toronto

« L’élimination de la bourse du carbone est une excellente chose, poursuit Ron. Doug Ford est la meilleure personne pour nettoyer le désastre créé par les libéraux avant lui. »

En fait, certains pourraient croire que le but principal de Doug Ford depuis son élection est de démanteler l'héritage de Kathleen Wynne. La moitié des projets de loi adoptés depuis un an visent à infirmer les décisions du gouvernement précédent.

Doug Ford s'est attaqué à plusieurs mesures adoptées par le gouvernement de Kathleen Wynne

  • Annuler la hausse du salaire minimum à 15 $
  • Annuler la bourse du carbone
  • Annuler les programmes écoénergétiques
  • Annuler le projet-pilote de revenu minimum garanti
  • Éliminer des protections d'emplois aux travailleurs
  • Annuler la création de trois nouveaux campus universitaires
  • Annuler le financement en recherche (cellules souches et Intelligence artificielle)
  • Éliminer le poste de Commissaire indépendant aux Services en français

Doug Ford s’est présenté comme un agent du changement pour redresser la situation de la province, pour rendre l’Ontario « Great Again », et de travailler « pour la population ». Et il a tenu promesse, soutient Gary O’Neil, un autre résident de la banlieue de Toronto.

Doug Ford n’a pas peur de prendre les décisions difficiles, d’éliminer le gaspillage afin d’améliorer le sort des gens comme moi.

Gary O’Neil, résident d’Etobicoke

Doug Ford a d’ailleurs déposé mercredi un projet de loi qui limiterait à 1 % les hausses salariales des employés du secteur public.

Un an après son élection comme premier ministre, il est un politicien qui ne laisse personne indifférent. Ceux qui l’aiment l’adulent, tandis que ceux qui ne l’aiment pas le détestent avec passion.

« Pour la population, mais laquelle? »

Dans les banlieues de Toronto, que plusieurs surnomment la Ford Nation, de nombreux partisans de Doug Ford se demandent s’ils ont fait le bon choix lors de l’élection l’an dernier.

Une femme qui porte des verres fumés répond aux questions d'un journaliste.

« J’ai voté pour lui parce qu’il était le moins mauvais des candidats, confie-t-elle. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse le contraire de ce qu’il avait promis », affirme Rhonda.

Photo : Christian Noel

Dans la banlieue est, Rhonda attend l’autobus après avoir fait ses emplettes. « J’ai voté pour lui parce qu’il était le moins mauvais des candidats, confie-t-elle. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse le contraire de ce qu’il avait promis. »

Il dit être "pour la population", mais en même temps, il fait mal à ceux qui en ont le plus besoin, en éliminant le soutien aux plus vulnérables et en annulant la hausse du salaire minimum.

Rhonda, une électrice ontarienne

« Doug Ford a beaucoup baissé dans mon estime, ajoute John, un infirmier qui vient de terminer son quart de travail dans un centre pour personnes âgées du quartier. Il est passé de 8/10 à 5/10, surtout en raison des compressions qu’il veut faire en santé et en éducation. »

L’appui du public s’est effondré au cours des derniers mois. C’est le premier ministre le plus impopulaire de l’histoire de la province après son premier mandat. En fait, Doug Ford est moins populaire que l’était la libérale Kathleen Wynne en fin de mandat, après 15 ans de règne libéral.

Taux d’approbation

En mai 2019, Doug Ford avait un taux d'approbation net de -53 %, ce qui signifie qu'il y a plus d'électeurs sondés qui ne l'aiment pas qu'il y en a approuvant son bilan.
En avril 2018, l'ex-première ministre Kathleen Wynne avait un taux d'approbation net de -35 %.


Source: Sondage Mainstreet Media, 23 mai 2019

La baisse de popularité de Doug Ford s’est accélérée depuis le dépôt du premier budget conservateur, plus tôt ce printemps. « Quand on pense aux coupures en santé et en éducation, c’est ceux qui n’ont pas les moyens d’aller chercher de l’aide supplémentaire qui en ressentiront les conséquences », croit Stéphanie Chouinard, professeur adjointe en science politique au Collège royal militaire de Kingston.

La classe moyenne risque au final d’être celle qui va payer le plus cher les décisions de Doug Ford.

Stéphanie Chouinard, professeur adjointe en science politique, Collège royal militaire de Kingston

Doug Ford est à l’écoute des besoins de la population, assurent ses proches conseillers. En fait, mentionnent-ils, il vient de faire marche arrière à propos de certaines compressions imposées aux villes, après avoir vu la levée de boucliers qu'elles suscitaient.

Ses opposants y voient plutôt un signe de sa principale faiblesse : son ego.

La « révolution du bon sens », version 2019?

Pour éponger le déficit de 12 milliards de dollars, Doug Ford devra effectuer des compressions plus profondes que celles faites par les conservateurs de Mike Harris dans les années 1990, selon un récent rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario.

Or, « Doug Ford semble agir dans la plus grande confusion », selon le député du NPD, Gilles Bisson, un des doyens de l’Assemblée législative, lui qui est député depuis 1990. « Mike Harris avait un plan et il a agi rapidement pour entamer sa "révolution du bon sens". Les gens se sont révoltés, mais Harris pouvait dire : vous connaissiez mes promesses. Alors que ce n’est pas le cas avec Ford. »

Les priorités du gouvernement changent selon l’humeur de Doug Ford, tout dépendant de quel côté du lit il s’est levé cette journée-là.

Gilles Bisson, leader en chambre de l’opposition officielle

« Doug Ford veut être aimé à tout prix, et c’est pour ça qu’il est si prompt à changer d’idée. Alors que Mike Harris se préoccupait moins de sa cote de popularité personnelle », ajoute Gilles Bisson.

« Donnez-lui le temps »

Doug Ford a le doigt sur le pouls de la province, assure Paul Demers, un militant conservateur de longue date. « J’ai appris à le connaître, il a de l’empathie, il est sympathique, prêt à écouter et à prendre du recul », dit-il.

Un homme porte un polo bleu et sourit.

Paul Demers

Photo : Christian Noel

J’aime son agenda populiste : augmenter la limite de vitesse sur nos autoroutes, permettre la vente de bière et de vin dans les dépanneurs.

Paul Demers, militant conservateur

Il comprend cependant pourquoi certains Ontariens perdent patience. « Il a promis beaucoup de choses » pour remettre de l’argent dans les poches des contribuables, « mais ça prend du temps ».

Par exemple, « les gens ont hâte de voir les réductions sur leur facture d’électricité. Moi, j’attends encore, c’est la promesse sur laquelle je comptais », affirme Paul Demers.

Même sur la question des réductions budgétaires dans les services francophones et la perte du Commissaire indépendant aux services en français, il croit que les Franco-Ontariens sont trop durs à l'égard du gouvernement Ford.

C’était pas la fin du monde! Les services en français sont encore là. On a encore nos conseils scolaires, nos permis de conduire et nos cartes-santé en français.

Paul Demers, militant conservateur

Dans son garage, Ron Black croit lui aussi que les électeurs devraient être plus indulgents à l'égard du premier ministre.

Laissez-le tranquille! Doug Ford est humain, il fera des erreurs. Mais c’est un gars honnête. Donnez-lui le temps, et il va vous surprendre.

Ron Black, homme d’affaires de Toronto

C’est bien ce qui m’inquiète, indique Ray, qui craint la réduction de ses prestations de soutien aux personnes handicapées.

Un homme porte des verres fumés et une casquette.

Ray craint que le gouvernement Ford réduise ses prestations de soutien aux personnes handicapées.

Photo : Christian Noel

Donnez-lui le temps de faire quoi? Réformer les programmes sociaux? Je ne sais pas si je lui fais confiance, il est beaucoup trop imprévisible.

Ray, un électeur ontarien

Doug Ford a une réputation d’électron libre, imprévisible et perturbateur. Il a misé sur cette image de marque l’an dernier pour se faire élire. Mais aux yeux de Ray, c’est un atout qui s’est maintenant transformé en faiblesse.

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