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Les nouvelles exigences chinoises sur le porc inquiètent François Legault

François Legault, en mêlée de presse.

« Les exportations de porc du Québec vers la Chine, c’est important », affirme François Legault, qui dit être inquiet des nouvelles mesures chinoises.

Photo : Radio-Canada

François Messier

Il n'est « pas acceptable » que la Chine augmente ses inspections de cargaisons de viande de porc provenant du Canada, affirme le premier ministre du Québec, François Legault, qui demande à Ottawa d'être « ferme » dans ce dossier. L'industrie accueille toutefois ce développement avec un grain de sel.

À son arrivée pour la période des questions, M. Legault n’a pas caché être inquiet de cette décision, justifiée, selon Ottawa, par des cas de non-conformité de certaines cargaisons et des craintes de cas de peste porcine africaine.

Au total, le Québec importe pour 12 milliards de dollars de produits chinois, tandis qu’il en exporte pour 3 milliards, a-t-il rappelé, avant d’indiquer qu’il perçoit ce nouveau développement comme une entrave illégitime au commerce.

Ce n’est pas acceptable que la Chine pose des barrières pour qu’on augmente ce 3 milliards. Il va falloir qu’Ottawa soit ferme dans les négociations avec la Chine. Nous, on est pour le libre-échange, mais un libre-échange qui fonctionne des deux côtés.

François Legault, premier ministre du Québec

Dans les faits, le commerce entre les deux pays n'est pas régi par un traité de libre-échange, mais par les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

M. Legault s’est demandé comme d’autres si cette affaire « a un lien avec d’autres dossiers », sans évoquer explicitement les arrestations, en décembre, de la numéro 2 de Huawei et de deux Canadiens toujours détenus en Chine.

Plus tôt en matinée, ses ministres des Relations internationales et de l’Agriculture, Nadine Girault et André Lamontagne, ont semblé divisés sur l’impact de cette affaire sur les producteurs et transformateurs de porc de la province.

« J’ai parlé avec le consul de la Chine au mois d’avril, et on lui a envoyé une lettre au mois de mai, réitérant qu’on s’attend à ce que le Québec ne soit pas pris en otage, les entreprises, par ce qui se passe avec la Chine », a dit Mme Girault.

« Il a très bien compris ce que j’avais comme priorité, et il m’a assuré qu’il ferait le nécessaire », a-t-elle fait valoir, avant d’affirmer que le gouvernement « travaille très fort pour qu’il y ait le moins d’impact possible » pour ses entreprises.

Moi, ce que je me suis assuré avec le consul de Chine, c’est qu’on ne paie pas pour ça. Ça se passe au niveau du Canada. On n’a pas d’affaire, au Québec, à payer pour ce qui se passe.

Nadine Girault, ministre des Relations internationales du Québec

Si Mme Girault a soutenu être convaincue que ces démarches ont porté leurs fruits, le ministre Lamontagne a plutôt dit croire que le Québec est « impuissant dans un contexte où la Chine opte pour des mesures qui viennent nous affecter ».

Les mesures chinoises révélées mardi pourraient avoir « un impact pour le Québec » a-t-il convenu, avant d’ajouter qu’« au moment où on se parle, on n’en est pas là ».

Le ministre Lamontagne a aussi admis qu’il « partage l’inquiétude » des producteurs québécois, qui fournissent 45 % du porc canadien en Chine. Il n’a cependant pas pu dire si Québec a un plan d’urgence à déployer pour venir en aide à l'industrie du porc si les relations commerciales entre les deux pays devaient se détériorer.

Des « mesures protectionnistes », selon les éleveurs

En entrevue à ICI RDI, le président des Éleveurs de porc du Québec, David Duval, n’a pas hésité à assimiler les décisions du gouvernement chinois à des « mesures protectionnistes ». Il a assuré, à l’instar du gouvernement canadien, qu’aucun cas de peste porcine africaine, une maladie qui fait des ravages en Asie, n'a été détecté dans les cheptels canadiens ou américains.

« C’est une catastrophe pour l’Asie, alors c’est clair que nous, on répond justement à la demande parce qu’il y a une baisse substantielle au niveau du cheptel porcin chinois et asiatique », a-t-il commenté.

M. Duval concède cependant qu’il y a bel et bien eu des problèmes d’étiquetage sur des cargaisons de porc canadien. La Chine exige que des étiquettes identifient les produits sur les caisses de produits, mais aussi à l’intérieur, a-t-il expliqué.

« Les derniers soubresauts qu’on a eus au niveau de l’étiquetage, [c’est que] sur une cargaison de centaines milliers de tonnes, il y avait comme trois caisses qui avaient été détectées, qui manquaient une étiquette dans la boîte », a-t-il soutenu.

Des fois, on a un doute sur ces mesures qui sont prises, sur ces inspections. Mais il faut jouer avec ça. Il faut être encore plus vigilant, il faut s’assurer encore plus que tous ces étiquetages soient bien faits, que les formulaires soient bien préparés, bien signés.

David Duval, président des Éleveurs de porc du Québec

Selon M. Duval, les mesures chinoises vont contribuer à faire fluctuer le prix du porc. « C’est sûr que ça un impact sur les "futurs" [contrats à terme sur les livraisons] au niveau du prix. On voit beaucoup de fluctuations », a-t-il dit, ce qui crée « une instabilité qu’on n’a pas besoin d’avoir en tant que producteurs ».

Un marché en hausse, soumis à l'incertitude

Ces fluctuations doivent cependant être relativisées, selon Geneviève Berthiaume, responsable du secteur économie et gestion au Centre de développement du porc du Québec, un organisme qui assure la qualité des porcs commerciaux, avec du financement du ministre de l'Agriculture et des producteurs de porc du Québec.

« Avec des annonces comme ça, avec le poids d’achat qu’a la Chine sur les marchés mondiaux, ça crée des fluctuations sur les marchés à terme. C’est de l’incertitude […] et l’incertitude, ça fait fluctuer la bourse », convient-elle.

Elle souligne toutefois que le prix du porc est généralement à la hausse depuis un bon moment, et que les meilleurs prix sont souvent obtenus en été. « S’il n’y a pas de problèmes d'exportation qui arrivent, les prix devraient rester bons », croit-elle.

Selon moi, c’est sûr que c’est lié directement aux tensions politiques. Ils cherchent des poux. Mais [les Chinois] ont tellement besoin de porc que je ne pense pas qu’ils bloqueraient tout le porc canadien.

Geneviève Berthiaume, responsable du secteur économie et gestion au Centre de développement du porc du Québec

À Canada Porc International, l'agence de promotion des exportations de l'industrie, les mesures chinoises sont aussi accueillies avec un grain de sel par le président-directeur général, Martin Lavoie. S'il admet que « l'environnement politique ne peut pas être ignoré », il note que l'industrie doit se concentrer sur ce qu'elle peut contrôler.

Or, il appert que la peste porcine africaine n'est pas présente en Amérique du Nord, et que l'industrie s'est déjà ajustée, selon lui, aux exigences chinoises en matière d'étiquetage.

« Ça ne change rien pour le moment », a-t-il assuré en entrevue à Radio-Canada. « À partir du moment où [les permis d’exportation de] deux usines ont été temporairement suspendus, il y a quelques semaines, tout le monde avait mis des mesures supplémentaires de surveillance », a-t-il expliqué.

Il n'exclut cependant pas que plus de cas de non-conformité soient décelés. « C’est sûr que si, systématiquement, on se met à ouvrir toutes les boîtes, il y a plus de chance de trouver des cas. Habituellement, il n’y a pas d’inspection; il y a ouverture du conteneur, mais on n’ouvre pas chacune des boîtes systématiquement », a-t-il observé.

Martin Lavoie affirme lui aussi que le prix du porc a « beaucoup augmenté » depuis le début de l'année, même si un plateau a été récemment atteint, et que l'industrie canadienne connaît globalement « une année extraordinaire pour les exportations vers la Chine ».

Entrevue avec Marie-Claude Bibeau, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, à l'émission En direct avec Patrice Roy

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