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L'avenir des terrains de Molson à Montréal est scellé

La brasserie Molson Photo: Radio-Canada / Hugo Lavoie
Jérôme Labbé

La Ville de Montréal, Molson Coors et un consortium privé ont conclu une entente de principe sur l'avenir des terrains de la brasserie, qui s'étendent sur 108 000 mètres carrés le long de la rue Notre-Dame Est. La mairesse Valérie Plante parle d'un accord « historique ».

C'est la fin de l'un des plus grands sites industriels au Canada.

En vertu de l'entente dévoilée mercredi, le consortium d'acheteurs, formé du Groupe Sélection et du Groupe Montoni, se portera acquéreur de la majorité des terrains. Il en cédera toutefois à la Municipalité quelques parties, qui serviront notamment à accueillir une école, un centre communautaire, un parc, une promenade fluviale et des logements sociaux.

En échange, l'administration Plante s'engage à ne pas exercer son droit de préemption qui, en vertu de la nouvelle réglementation, lui aurait permis d'acheter l'ensemble des terrains au même prix que le consortium.

L'accord a été présenté au comité exécutif avant sa réunion hebdomadaire, mercredi matin.

La transaction fait suite au déménagement de l'usine brassicole à Longueuil. Celle-ci a d'ailleurs été inaugurée en octobre dernier. En théorie, le transfert devrait s'effectuer progressivement, de 2022 à 2024, mais il pourrait être devancé.

Le siège social de Molson Coors Canada, lui, devrait rester à Montréal.

Redonner accès au fleuve

Des discussions étaient en cours entre Molson Coors et le Groupe Sélection depuis plusieurs mois, mais la Ville n'en a été formellement informée qu'en mars dernier.

L'accord aura pour effet la création de 3000 à 4000 unités résidentielles, dont plusieurs logements sociaux, abordables et familiaux. Ceux-ci seront construits en accord avec la Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets résidentiels ou « selon les dispositions de la réglementation à venir », précise la Ville, faisant référence au projet de règlement « 20/20/20 » qui devrait être dévoilé d'ici les deux prochaines semaines.

L'entente prévoit d'ailleurs la création d'au moins 200 logements sociaux, qui seront gérés par la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM).

Une carte du secteur.La Ville de Montréal mettra la main sur quelques terrains en vertu de l'entente de principe conclue avec Molson Coors et le consortium Sélection-Montoni. La promenade linéraie permettra d'admirer le fleuve, mais elle n'y donnera pas accès, puisque le Port de Montréal conservera ses voies ferrées sur les berges. Photo : Radio-Canada

Les terrains obtenus par la Ville de Montréal sur le site Molson-Coors se divisent en quatre catégories, a expliqué le directeur des services institutionnels de la Ville, Benoit Dagenais, mercredi matin.

  1. D'abord, certains lots seront déconstruits, réhabilités et cédés sans contrepartie financière. Ces lots accueilleront un parc avec vue sur le fleuve, dont la superficie – 13 200 mètres carrés – sera plus grande que le minimum exigé par le règlement encadrant les nouveaux projets domiciliaires. Ils permettront aussi l'aménagement d'une promenade linéaire de 500 mètres de long, qui reliera la rue Notre-Dame-Est au parc Pied-du-Courant;
  2. Un autre lot de 1078 mètres carrés sera cédé gratuitement à la Ville et servira de réserve foncière;
  3. La Ville s'est aussi négocié une option d'achat sur le bâtiment principal. Cet espace pourrait servir à créer un « pôle économique », selon le document présenté mercredi matin;
  4. Enfin, la Municipalité acquiert pour 6,7 millions de dollars un terrain de 4850 mètres carrés, situé dans la partie ouest du site, près de la rue Ahmerst. Quelque 3000 mètres carrés serviront à construire une école ainsi que des espaces communautaires, sociaux ou institutionnels. La différence, soit 1850 mètres carrés, servira au projet d'habitation mis en oeuvre par la SHDM. Ces logements contribueront à l'atteinte des objectifs d’inclusion du promoteur, précise-t-on. Le prix d'achat inclut d'ailleurs la déconstruction, la réhabilitation et la desserte en infrastructures du site.

Ces terrains seront cédés à la Ville « vers 2027 ». Le développement du site, lui, devrait être achevé en 2035, selon les estimations de la Ville.

Une mairesse fière de son coup

Ces acquisitions, espère Valérie Plante, permettront d’éviter les nombreuses erreurs qui ont complexifié le développement récent de Griffintown et de l'ancien Hôpital de Montréal pour enfants (Montreal Children's Hospital, en anglais), deux secteurs qui ne comptent aucune école et très peu d'espaces verts.

« À titre de mairesse de Ville-Marie, qui précédemment était conseillère de ville dans Ville-Marie, le souvenir du Children's en est un [...] qui est un peu douloureux », a-t-elle confié après la présentation, déplorant de ne pas avoir réussi à la « sécuriser », ce qui était « nécessaire », selon elle, pour « le bien de la communauté. »

Mme Plante se dit particulièrement satisfaite de l'aménagement d'une promenade fluviale. « C'est une demande historique pour les gens du Centre-Sud qui, avec la construction d'une part de la Molson, mais également de Radio-Canada, se sont toujours éloignés du fleuve, même s'ils sont à côté », a-t-elle rappelé.

Cette promenade linéaire va profiter, bien sûr, aux gens du coin; aux gens qui vont s'installer sur le site de la Molson; mais également à tous les Montréalais et Montréalaises.

Valérie Plante, mairesse de Montréal.

Elle se réjouit aussi de la construction de logements sociaux abordables « dans un beau coin, proche du fleuve ».

De son côté, l'opposition officielle souhaite prendre le temps d'étudier la transaction avant de la commenter. Mais dans une déclaration écrite transmise aux médias, son chef, Lionel Perez, rappelle que « c'est grâce aux pouvoirs obtenus sous l'administration précédente que [la mairesse] a pu négocier une telle entente », précisant que le droit de préemption a été accordé par le gouvernement du Québec à la Ville de Montréal lors de l'adoption à l'Assemblée nationale du projet de loi 121 conférant à Montréal le statut de métropole.

Des détails à affiner

L'entente dévoilée mercredi devrait être soumise au conseil d'arrondissement de Ville-Marie dès ce soir. Le conseil municipal devra aussi en débattre, dans deux semaines. D'autres négociations sur l'aménagement du site auront lieu par la suite.

Car le projet du consortium Sélection-Montoni n'est pas encore tout à fait ficelé. « De nombreuses étapes techniques, contractuelles et financières à l’élaboration d’un projet complet restent à franchir en vue d’une annonce à la communauté au cours des prochains mois », a-t-il fait savoir par voie de communiqué, mercredi après-midi.

Le Groupe Sélection se présente comme la plus importante entreprise privée du secteur des complexes pour retraités au Canada. Mais il a également des projets pour les jeunes et les familles.

En entrevue à Radio-Canada, le directeur immobilier du groupe, Philippe Olivier Bouclin, a déclaré que la « majorité » des unités résidentielles qui seront construites seront mises en location, contrairement à la tendance actuelle, qui veut que la plupart des grands projets résidentiels montréalais prévoient la vente de condominiums.

Le Groupe Montoni offre quant à lui des services intégrés couvrant tous les aspects d'un projet immobilier, de l'excavation au design intérieur. Il possède en outre une division de développement qui se spécialise dans l'acquisition de terrains et d'immeubles à des fins de construction ou de location.

Un secteur à « requalifier »

Hasard ou coïncidence, le PDG de l'Institut de développement urbain du Québec, André Boisclair, et le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, ont publié une lettre ouverte dans La Presse+ de mercredi matin pour plaider en faveur d'une « densification intelligente » du secteur des Faubourgs.

« La réalité foncière du secteur appelle à une densité importante, avec des constructions en hauteur qui permettront aux différents acteurs de s’acquitter de leurs obligations, qu’il s’agisse de celles liées au marché ou de celles émanant de la réglementation et des politiques publiques », soutiennent-ils.

Mercredi matin, M. Leblanc a également félicité Valérie Plante pour son « leadership » dans le dossier, écrivant sur Twitter que « le réaménagement du terrain de Molson Coors est un projet majeur » et qu'« il se passe des choses excitantes dans l’est du centre-ville ».

Le secteur des Faubourgs, circonscrit entre la rue Sherbrooke, le fleuve Saint-Laurent, la rue Saint-Hubert et les abords du pont Jacques-Cartier, a fait l’objet, ce printemps, d’une consultation de l'OCPM en vue d’un programme particulier d’urbanisme (PPU). Le rapport est en cours de rédaction.

Avec la collaboration de Julie Marceau et Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Politique municipale