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Chères, mais convoitées, les garderies non subventionnées plaident la cause des parents

Des jouets et des enfants en arrière-plan.

Plus de 42 000 enfants au Québec sont en attente d'une place dans un service de garde subventionné.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué

Alors que leur nombre a explosé ces dernières années, les garderies non subventionnées réclament plus d'aide pour les parents qui ont recours à leurs coûteux services à défaut de places dans les CPE. Le coût quotidien dans ce type de garderies peut désormais atteindre jusqu'à 80 $ au centre-ville de Montréal.

« Ça nous frustre de demander autant d’argent, mais si on ne le fait pas, ce n'est pas possible », explique Cesar Canas, propriétaire de la garderie privée non subventionnée (GNS) Pause Tendresse, située à deux pas de la Place des Arts.

Dans ce service de garde, le prix quotidien est de 70 $ pour les poupons (moins de 18 mois). Au cours des dernières années, ce coût a été haussé de 10 $ « en raison des loyers » qui ont augmenté, reprend le propriétaire. D'autres responsables de garderies interrogés évoquent également la « rareté » des éducatrices et des rémunérations à ajuster en conséquence.

Sur la rue voisine, Kids & Company propose des services allant jusqu’à 80 $ par jour, et dans le quartier de Griffintown, rempli de nouvelles tours d'habitation, on retrouve plusieurs GNS à 70 $ par jour. « Au moment de planifier ce territoire, aucun espace n’a été prévu pour recevoir un CPE », révèle par courriel un porte-parole du ministère de la Famille.

Ce coût de 70 $ couvre « notre loyer et nos dépenses », détaille Sophie Apollon, directrice du Jardin William, une installation qui a ouvert en janvier.

On voulait aller dans un quartier où il y a des besoins, on ne le fait pas dans un but d’enrichissement.

Sophie Apollon, directrice du Jardin William

« Mais avec le prix des loyers - elle évoque une variation de 20 à 71 $ le pied carré - ça nous a forcés à avoir un tarif plus élevé. Ça nous limite, pour les parents [qui ont des revenus modestes]  », reprend-elle.

Malgré ce montant qu’elle juge elle-même « ridiculement élevé », la liste d’attente est longue, dans ce quartier dépourvu de CPE. « On a 200 parents qui attendent », détaille-t-elle.

Le panneau du Jardin William.

Dans le quartier de Griffintown, le choix des services de garde est limité. On y retrouve plusieurs garderies non subventionnées, avec des prix atteignant 70 $ au quotidien.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ce portrait est quasi identique dans les arrondissements centraux, où les prix, certes moins élevés qu’au centre-ville, avoisinent, comme sur Le Plateau-Mont-Royal, 50 $ par jour. Dans ces secteurs d’ailleurs, sur les forums destinés aux parents, les plaintes se succèdent, puisqu’il n’est pas rare d’attendre plusieurs années pour obtenir une place dans un service de garde subventionné.

« Pour tous ces territoires, le coût des locaux et des terrains en plus de la rareté de ces derniers expliquent la difficulté pour un CPE de s’y établir », affirme le cabinet du ministre de la Famille, qui se dit « sensible aux préoccupations des propriétaires de garderies privées non subventionnées ».

« On répond à une demande qui augmente de façon assez significative et on fait énormément d'efforts pour offrir un service supérieur à la normale », confie Houcine Boucenna, directeur du Château du Bonheur, une garderie située à proximité du parc La Fontaine.

La demande est très importante, surtout pour les poupons. Beaucoup de familles cherchent des places et ne savent pas où mettre leur enfant après les congés parentaux.

Houcine Boucenna, directeur de la garderie du Château du Bonheur

Sur l’ensemble du Québec, selon les chiffres du ministère de la Famille, 42 065 enfants étaient en attente, à la fin de 2018, d’une place dans un service de garde reconnu, dont 11 713 à Montréal. Une mise à jour des cartes géographiques dressant un portrait de l'offre et de la demande devrait d'ailleurs être rendue publique d'ici la mi-juin, glisse-t-on du côté du cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Des jouets avec des enfants

Près de 1300 garderies non subventionnées existent au Québec, contre environ 1570 CPE.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des garderies privées en nette augmentation

Au cours de la dernière décennie, le nombre de GNS a explosé au Québec et particulièrement à Montréal. Entre 2009 et 2018, selon une récente étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), qui se base sur des données du gouvernement, ce chiffre a bondi de 867 % au Québec.

Il y a désormais plus de 70 000 places offertes en GNS sur les 305 245 places disponibles dans la province. À Montréal, ce constat est encore plus criant, puisqu’on retrouve plus de GNS que de CPE.

Les GNS ne reçoivent cependant pas d'aide du gouvernement, alors que la contribution financière annuelle de Québec pour une place en CPE s'élève à 13 740 $.

Interrogé par Radio-Canada, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, qui a annoncé sa volonté en début de mandat d’être l’« avocat des familles », reconnaît l’utilité de ces garderies.

On ne peut pas dire qu’il y a trop de garderies privées, car il y a toujours des enfants à la recherche d’une place et des parents qui se cassent la tête pour aller retravailler.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

« Ce sont des entreprises privées. Elles peuvent fixer leur tarif à leur convenance », convient-il.

Quel coût pour les parents?

Mais laisser son enfant dans une garderie non subventionnée, combien ça coûte au final pour les familles? Dans les faits, de plus en plus cher, malgré le crédit d’impôt pour frais de garde.

Durant plusieurs années, le calcul du crédit d’impôt, dont le taux varie de 26 % à 75 % en fonction des revenus du ménage, était plafonné à un montant maximal annuel des frais de garde de 9000 $, avant d’être réévalué à 9500 $ en 2018, puis à 9660 $ en 2019 (pour les enfants âgés de moins de 7 ans et n’ayant aucune déficience).

Ce montant correspond à un coût journalier de 37 $, loin de ce qui est pratiqué dans les quartiers centraux à Montréal, où la demande et le prix des loyers sont en hausse. Les sommes dépassant ainsi ce plafond sont aux frais des parents.

Une famille touchant par exemple 100 000 $ devra débourser près de 28 $ par jour, hors aide fédérale, pour une garderie revenant à 50 $, contre 14 $ pour une garderie à 35 $. Dans un CPE, avec le tarif modulé selon les revenus qui devrait cependant être aboli, à terme, par le gouvernement caquiste, le prix à payer serait d’environ 11 $.

Établir un juste coût quotidien est délicat pour les responsables des garderies privées, assure Julie Plamondon, vice-présidente du Rassemblement des garderies privées du Québec (RGPQ). « Si tu ne veux pas fermer, tu n'as pas le choix de charger plus cher. Mais si c'est trop cher, tu vas fermer, car tu n'as pas de clientèle. »

Les garderies privées veulent revoir le crédit d’impôt

Le problème, expliquent ces garderies privées, réside dans le plafond de ce crédit d’impôt. « Ce plafond, ce sont des bagatelles. Ça ne concorde pas avec la réalité. C’est inéquitable pour les parents qui n’ont pas le choix, car ils n’ont pas de place en CPE », clame Houcine Boucenna, du Château du Bonheur.

« La différence, pour les parents, est trop importante », ajoute Manon Dartois, de Kiddo 2, sur Le Plateau-Mont-Royal. « On gagnerait à avoir une majoration de ce plafond, car à la fin, ce sont les parents qui sont pénalisés », juge Sophie Apollon, du Jardin William.

Selon ces garderies, leurs installations deviennent des lieux de « transit » pour les parents souhaitant retourner au travail, tout en retirant rapidement leur enfant, dès qu’une place subventionnée se libère. « On est jamais certain d'avoir assez d'enfants pour la rentrée de septembre », avoue Manon Dartois, en évoquant les enjeux de rentabilité.

Les parents choisissent maintenant le service de garde en fonction du prix et non en fonction de la valeur du service. La différence de prix est trop importante.

Manon Dartois, directrice de Kiddo 2

L’idéal, selon la Coalition des garderies non subventionnées du Québec, serait de hausser ce plafond à 47 $ par jour.

« Ça correspondrait quand même mieux à la réalité actuelle », soutient Marie-Claude Collin, qui a déjà rencontré le ministre Lacombe à ce sujet pour demander « une équité entre les parents ».

« Chaque enfant aurait ainsi les mêmes chances » pour avoir le meilleur service, souligne Houcine Boucenna.

Mathieu Lacombe avec deux jeunes enfants.

Mathieu Lacombe reconnaît qu'il y a « beaucoup de défis » relativement aux services de garde.

Photo : Radio-Canada

« Trop tôt », répond le gouvernement

Québec compte-t-il revoir ce plafond mis en place par les derniers gouvernements libéraux? « On est prêt à discuter avec les garderies », explique le ministre Mathieu Lacombe, tout en précisant qu’il est « trop tôt » pour répondre précisément à cette question. « Ce n'est pas le seul outil » pour une meilleure « équité », ajoute-t-il.

Autre piste évoquée par la Coalition des garderies privées, mais aussi par l’Association québécoise des CPE : la conversion de garderies non subventionnées en services de garde subventionnés.

Là encore, Mathieu Lacombe promet de « discuter » avec les garderies, en confirmant qu’il y a « assurément un défi » dans l’accessibilité des parents pour un service de garde subventionné.

C’est clair, quand on s’inscrit sur la Place 0-5 [la plateforme d'enregistrement pour les parents], il y a des délais à prévoir. Les parents le comprennent bien, je le comprends bien. Mais créer des places subventionnées ne se fait pas en claquant des doigts.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Ce dernier promet de passer à la vitesse supérieure avec la création, dans les deux ans, de près de 15 000 nouvelles places en CPE, dont 11 000 déjà évoquées par le dernier gouvernement libéral, mais qui n'avaient jamais vu le jour.

Des enfants jouent avec des jouets.

Le ministère de la Famille assure qu'il y a 15 191 places subventionnées actuellement en développement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En attendant d’avoir une place dans un service subventionné, les parents peuvent aussi envoyer leur enfant dans un milieu familial, ajoute le député de Papineau. « Il y a 10 000 places non attribuées en milieu familial sur l'ensemble du Québec », détaille l'élu.

De plus, précise-t-il, la création de milliers de places en maternelle 4 ans « va nous donner un coup de main » pour libérer des places subventionnées, qui ont « la préférence » des parents. Il ne cache pas que cette disposition entraînera « des impacts » pour les GNS, qui perdraient des enfants.

Son équipe assure néanmoins réfléchir, avec les représentants des GNS, pour « trouver des solutions aux défis que [les garderies privées] doivent relever et garder compétitif ce type de services de garde éducatifs offerts aux parents ».

Par ailleurs, alors que la dernière étude sur ce sujet remonte à 2014, l’Institut de la statistique du Québec prépare un nouveau dossier sur la qualité des services de garde. Les données seront collectées l’an prochain, pour une parution à l’automne 2021.

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