•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sylvain Rivard, celui qui fait parler les vêtements

Homme accoté sur un mur

Sylvain Rivard est un artiste pluridisciplinaire et anthropologue du vêtement

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Josée Bourassa

Aujourd'hui, je vais à Odanak. J'aime aller dans cette communauté. La route est belle, j'y croise des volées d'outardes et d'oies blanches. Le village calme et paisible surplombe la rivière Saint-François. Les bâtiments affichent les couleurs et les armoiries de la communauté. Les panneaux d'arrêt écrits en trois langues « channa, arrêt, stop » me donnent la joyeuse impression d'être en voyage. Tout juste à côté de l'église se trouve ma destination : le Musée des Abénakis.

Aujourd'hui, l'artiste pluridisciplinaire et anthropologue du vêtement Sylvain Rivard donne une conférence sur le vêtement autochtone. J'ai hâte d'apprendre.

Des vêtements qui parlent

Sylvain Rivard est une sommité en la matière. Lui-même Abénaquis et Canadien-français, il tient à le spécifier, il a cousu sa première paire de mitaines en rat musqué avec son grand-père, alors qu’il avait 6 ou 7 ans. Depuis ce temps, il n’a jamais cessé de coudre. Son talent l’a mené à étudier l’histoire de la mode, puis l’anthropologie du vêtement.

Son immense connaissance du vêtement autochtone, il l’a surtout acquise en classant des collections : celle des Jésuites à Lyon, des collections personnelles de collectionneurs aux États-Unis, celles du Musée des Abénakis et du Musée Huron Wendat. Il est à terminer le classement de la collection de la Guilde canadienne à Montréal.

Homme vêtu d'un haut de peau et de fourrure

La fourrure était portée à l’intérieur pour garder au chaud. Les sobres motifs sont représentatifs de la Nation abénaquise

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

C’est comme ça que je me suis fait un oeil. Je voyage pour parler aux gens qui les font. Je délaisse le vêtement de mode pour aller davantage vers le vêtement qui parle, le vêtement identitaire, explique Sylvain Rivard.

Alors, qu’est-ce qu’ils disent ces vêtements? Que les Autochtones avaient développé un génie en matière de confection. En couture, on découpe la matière pour lui donner la forme nécessaire à l’assemblage. Chez les Autochtones, on se servait de la forme naturelle de la peau animale pour assembler les vêtements. Ainsi, le travail était simplifié et il n’y avait aucune perte.

Avant l’arrivée des colons, les Abénaquis se vêtaient de pièces de peaux d’animaux placés en superposition. Chaque pan était retenu par une ceinture à la taille ou encore par une toute petite couture aux endroits stratégiques. Ainsi, si une pièce s’abîmait, ils n’avaient pas besoin de refaire un vêtement entier et par conséquent, de tuer d’autres animaux. Ils réduisaient au minimum le temps de travail sur un vêtement.

Homme vêtu d'un haut de peau

Haut de corps chez l’Abénaquis, un bras reste libre de mouvement

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

La fabrication de mocassins à elle seule monopolisait beaucoup de temps parce qu’ils s’usaient rapidement.

Ça prenait 25 paires de mocassins par année, par personne!, nous dit le spécialiste.

Les motifs, les coiffes servaient essentiellement à identifier la Nation à laquelle la personne appartenait.

Homme avec un chapeau sur la tête, qui a des plumes

Coiffe traditionnelle chez l’homme abénaquis

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Puis les colons sont arrivés avec du tissu. Il est apparu comme une délivrance. Ils n’avaient plus besoin des animaux pour se vêtir. Ils ont rapidement adopté les chemises française et anglaise. Elles sont devenues la base de la garde-robe. Les femmes portaient les chemises pour hommes parce que celles des femmes n’étaient pas assez solide et surtout... pas de corset!

« Hollywood a tout gâché. » - Sylvain Rivard

Sur les vêtements traditionnels que nous présente Sylvain Rivard, on ne retrouve pas de franges comme on en voit si souvent. Le spécialiste nous explique qu’on ne retrouvait pas de franges à l’Est du Mississipi, seulement à l’Ouest. Il ajoute que le cinéma américain a créé une fausse image dans la représentation des Autochtones.

Hollywood a fait un ramassis de toute l’indianité à travers l’Amérique. Les Autochtones eux-mêmes ont adopté cette vision. C’est pour ça que ça perdure.

Sylvain Rivard, artiste pluridisciplinaire et anthropologue du vêtement

Après cette riche rencontre, j’ai profité de ma présence au Musée des Abénakis pour visiter l’exposition L’Indien au-delà d’Hollywood présentée jusqu’au 22 décembre 2019. Sylvain Rivard y a collaboré. Au sortir, en regardant les différents vêtements exposés ici et là, près de la boutique souvenir, j’ai réalisé que j’avais un regard tout neuf. Voilà qu’à mon tour… les vêtements me parlaient !

Panneau d'arrêt où on peut lire : arrêt, stop et channa

Panneau de signalisation en trois langues à Odanak

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

La petite histoire des vêtements traditionnels

Le mot costume a une connotation péjorative, il fait souvent référence au déguisement. C’est pourquoi il faut plutôt parler de vêtement traditionnel ou tenue d’apparat pour les événements officiels, comme les pow-wow.

Chez les Abénaquis, le choix des peaux d’animaux variait selon l’âge et le sexe : rat musqué pour le garçon, castor pour l’homme adulte et loutre pour l’aîné. Chez la petite fille, on optait pour le lapin, chez la femme, du renard et on réservait le lynx pour les aînées.

Les Abénaquis portaient tous leurs sacs de couteaux et d’accessoires au cou et non à la taille, afin de répartir le poids également sur tout le corps et en faciliter l’accès.

Mauricie et Centre du Québec

Autochtones