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Zoo de Saint-Édouard : des arguments de la SPCA révélés

Guérite à l'entrée du Zoo de Saint-Édouard.

Un ruban jaune délimitant un périmètre policier a été installé mardi matin devant l'entrée du Zoo de Saint-Édouard.

Photo : Radio-Canada

Marie-Pier Bouchard

« Des animaux sont gardés dans des conditions inacceptables », écrit dans un rapport le médecin vétérinaire qui a accompagné la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal le 21 mai au Zoo de Saint-Édouard, en Mauricie, le jour de l'arrestation du propriétaire pour cruauté et négligence envers les animaux.

La poursuite s'oppose à la demande de la défense qui réclame que le propriétaire, Normand Trahan, retrouve l'accès à ses installations et à ses animaux.

Un rapport joint à une requête en irrecevabilité déposée mardi au palais de justice de Trois-Rivières fait état de toutes les observations de la Dre Marion Desmarchelier le jour de la perquisition.

Deux opossums étaient dans une boîte de transport grillagée remplie au tiers par leurs excréments, sans eau ni nourriture et tremblant de froid, car détrempés par leur propre urine, rapporte notamment la Dre Desmarchelier, médecin vétérinaire et professeure adjointe au Département de sciences cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

Elle dit aussi avoir constaté qu'un chameau était dans un enclos plus petit que lors de la première perquisition, menée en octobre dernier. La Dre Marion Desmarchelier estime, par ailleurs, que les selles dans cet enclos datent probablement de plusieurs semaines et affirme qu’il n’y avait pas d’eau ni de nourriture.

Un zèbre a la peau couverte d'urine et de selles, peut-on également lire dans le document.

La vétérinaire ajoute avoir découvert un mouflon avec un cordon ombilical dans un congélateur. Elle prétend que l’animal peut être mort en raison de plusieurs maladies infectieuses et qu’utiliser ces animaux comme nourriture met à risque les animaux qui seront nourris avec.

Par ailleurs, une peau de tigre avec la tête entière, le type de peau que l'on voit parfois utilisée comme tapis, a été saisie au domicile du propriétaire, selon le rapport de la Dre Desmarchelier. Les oreilles de l'animal sont découpées, ce qui pourrait être lié à des engelures sévères, peut-on lire dans le document.

Inventaire des animaux

Plus de 200 animaux ont été répertoriés au Zoo de Saint-Édouard et la grande majorité était gardée dans « des conditions compromettant leur bien-être », selon le rapport de la Dre Desmarchelier :

  • 18 n’avaient pas accès à l’eau;
  • 43 étaient dans un état de chair inadéquat (trop maigres ou obèses);
  • 60 avaient en apparence besoin de soins, étaient malades ou blessés;
  • 170 avaient accès à de l’eau contaminée (selles ou carcasses en décomposition);
  • 150 n’avaient pas accès à de la nourriture de qualité;
  • 158 étaient gardés dans des enclos qui n’assuraient pas leur sécurité (risque de blessures graves ou évasion);
  • 177 étaient gardés dans des enclos qui compromettaient la santé des animaux;
  • 186 animaux étaient gardés dans des conditions compromettant leur bien-être.

L'absence de soins minimaux de base est flagrante. L'absence de suivi vétérinaire conduit de nombreux animaux à souffrir de conditions chroniques sans traitement, conclut la vétérinaire Marion Desmarchelier.

Certains animaux ont déjà été pris en charge à la suite d'examens vétérinaires, peut-on apprendre dans le document. En tout, sept bêtes ont reçu ou reçoivent des traitements médicaux depuis le 21 mai, selon le rapport, soit deux léopards, un macaque japonais, un coyote, un ours noir, un pygargue à tête blanche et un tigre.

Déplacer tous les animaux

À la lumière de ce qu'elle dit avoir constaté, Marion Desmarchelier recommande le déplacement de tous les animaux à l'extérieur du zoo parce que, selon elle, tous les enclos ont besoin d'être réaménagés.

Des installations inadéquates, insalubres, des enclos trop petits, des clôtures rouillées : la vétérinaire considère qu'il est essentiel de transporter au plus vite tous les individus dans des institutions pouvant les garder dans des conditions normales, selon ce qu'elle mentionne dans le rapport.

Il y aurait des trous non sécuritaires à certains endroits, et des soudures doivent être refaites selon la vétérinaire qui note également que des structures rouillées ne seraient pas suffisamment solides, ce qui pourrait blesser des animaux.

La Dre Desmarchelier estime, d'après ce qu'on peut lire, que même avec des investissements financiers majeurs, le problème de la place pour déplacer les animaux pendant les travaux reste présent.

L'avocat de Normand Trahan en désaccord

Me Michel Lebrun, l'avocat qui représente le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard, affirme qu'il prend connaissance du document. Il se dit en désaccord avec le procureur aux poursuites criminelles et pénales qui est responsable du dossier, Me Julien Beauchamp-Laliberté.

On n'est pas du tout d'accord avec l'interprétation que fait le DPCP. On a nous-mêmes envoyé une équipe visiter le zoo. Pour nous, les animaux étaient en bonne condition.

Me Michel Lebrun, avocat de Normand Trahan

Je prétends que les tribunaux ont le pouvoir d'agir dans des situations comme ça, et ils ne sont pas condamnés à rester les bras croisés, ajoute Me Lebrun.

Pour sa part, la SPCA ne veut pas commenter le dossier.

La poursuite demande aussi le rejet de l'autre requête déposée par l'avocat de M. Trahan qui réclame l'annulation des mandats de perquisition.

Me Beauchamp-Laliberté a déposé une requête en irrecevabilité vendredi dernier.

Une audience est prévue lundi prochain au palais de justice de Trois-Rivières pour les deux requêtes en question.

Que s'est-il passé avant le 21 mai? Qu'est-ce qui a permis à la SPCA de Montréal d'obtenir des mandats de perquisition pour le Zoo de Saint-Édouard? Impossible de le savoir pour l'instant, parce que l'acte de dénonciation de ce dossier est présentement sous scellé.

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Justice et faits divers