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L'équipe d'Andrew Scheer « ouverte » aux demandes de Québec sur l’immigration

Andrew Scheer et François Legault sourient

Andrew Scheer a rencontré François Legault le 1er novembre dans le bureau du premier ministre du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Romain Schué

Tout en étant cependant opposé à « un test de valeurs formel », le Parti conservateur du Canada (PCC) dit être « ouvert » aux demandes du gouvernement du Québec en matière d'immigration. L'équipe d'Andrew Scheer réclame néanmoins plus de détails sur les conditions que souhaite imposer Québec aux nouveaux arrivants.

« On veut faire une meilleure immigration » et éviter que « tout le monde soit pris dans un système qui est complètement bloqué », explique le député conservateur Pierre Paul-Hus, quelques jours après le discours d’Andrew Scheer à Toronto, durant lequel il clamait vouloir s’attaquer à l’immigration clandestine s’il devient premier ministre cet automne.

L’élu de Charlesbourg–Haute-Saint-Charles, désigné par son parti pour répondre aux questions d’immigration, est « très ouvert à avoir des discussions et des négociations » avec l’équipe du ministre québécois Simon Jolin-Barrette.

Début novembre, au cours d’une première rencontre avec François Legault, nouvellement élu, Andrew Scheer avait refusé de s’avancer sur les demandes du premier ministre québécois.

Désormais, le PCC est-il « ouvert » à permettre à Québec de baisser l’ensemble de ses seuils en immigration? « Absolument », répond-il, en soulignant que « le Québec a des besoins spécifiques ».

Québec souhaite réduire temporairement d’environ 20 % chacune des catégories d’immigration, y compris celles (regroupement familial et réfugiés) gérées par Ottawa, dans le but, en 2019, d’admettre 40 000 immigrants dans la province, contre plus de 50 000 ces dernières années.

Cette demande a été vue d’un mauvais œil par le gouvernement Trudeau, qui préconise plutôt d’augmenter les niveaux d’immigration pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre.

Le PCC a toujours été un parti qui laisse l’autonomie aux provinces. Justin Trudeau veut imposer une hausse des cibles, sans comprendre vraiment la réalité du Québec. Le fédéral ne peut pas imposer ses vues de façon directe, comme les libéraux le font.

Pierre Paul-Hus, député fédéral du PCC

Aucun chiffre concernant les cibles canadiennes en immigration n’est cependant évoqué par les conservateurs. « On va voir en campagne électorale », affirme Pierre Paul-Hus, tout en admettant que « tout » est envisageable, y compris une baisse à l'échelle canadienne.

Pas de test des valeurs, dit le PCC

Dans le cadre de l’étude du projet de loi 9 sur l’immigration, le ministre Jolin-Barrette a réitéré sa volonté de rapatrier la responsabilité de la réunification familiale. Là encore, « sans dire aujourd’hui qu’on laisserait ce pouvoir, on est ouvert à en discuter », souligne Pierre Paul-Hus.

Ce dernier, à l’instar des partis québécois d’opposition, réclame néanmoins « plus d’informations » sur les conditions qui affecteraient l’octroi d’une résidence permanente. Ce point est au cœur de ce texte que Québec souhaite faire adopter avant l’été.

« On voit ce que le gouvernement Legault veut, on a une approche d’ouverture, mais on a besoin de plus de détails », assure-t-il.

Alors que ces conditions pourraient prendre la forme d’un test de français et de valeurs, comme l’a déjà annoncé François Legault, le député conservateur est néanmoins formel. Le PCC ne soutiendra pas « l’imposition d’un test de valeurs », qui pourrait entraîner le départ d’un immigrant en cas d’échec.

Avoir un test pour connaître nos valeurs, c’est une chose, mais discréditer quelqu’un suite à un test, c’est autre chose. Nous ne sommes pas d’accord à discréditer les immigrants suite à un test.

Pierre Paul-Hus, député fédéral du PCC

Le PLC reste ferme

Réclamant « un système d’immigration efficace, juste et équitable » pour « attirer les talents, remédier aux pénuries de main-d'œuvre » et « assurer la prospérité économique à long terme », le Parti libéral du Canada (PLC) reste toujours fermement opposé à l’instauration d’une quelconque condition.

« Nous ne sommes pas favorables à la réintroduction de la résidence permanente conditionnelle. Le gouvernement Harper a introduit des conditions au maintien de la résidence permanente en 2012. Notre gouvernement a retiré ces conditions en 2016 parce qu’elles mettaient en danger les conjointes en situation précaire », explique Mathieu Genest, porte-parole du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, en faisant référence à l’élimination d’une règle obligeant une personne parrainée à vivre avec son époux durant deux ans.

« Il nous faut plus d’informations sur les modalités entourant les tests de valeurs et de français », ajoute-t-il.

Un manque d’informations toujours dénoncé

Ce manque de détails est toujours vivement dénoncé par les oppositions québécoises. « Ce qu’on nous demande, c’est un chèque en blanc », a mentionné mardi matin la libérale Dominique Anglade.

Celle-ci demande notamment au ministre comment les candidats à l’immigration, vivant à l’étranger avant d’obtenir leur résidence permanente et de déménager, seront amenés à passer ces tests. « Dans les ambassades? », a-t-elle questionné.

Ce qu’on déplore, c’est qu’on nous demande un pouvoir habilitant pour le ministre, sans aucune information.

Dominique Anglade, députée provinciale du PLQ

De son côté, le ministre Jolin-Barrette a une nouvelle fois reproché au PLQ de bloquer l’adoption de son projet de loi, qui est étudié depuis « plus de 45 h ».

« Le PLQ prend tout son temps pour tenter de ralentir le projet de loi 9 alors que c’est un projet de loi hyper important pour l’ensemble de la société québécoise », a-t-il indiqué.

En réponse aux libéraux lui reprochant d'avoir trop de casquettes à gérer, avec notamment le projet de loi 21 sur laïcité de l'État, le ministre a clamé avoir « plein d'énergie » et n'être « aucunement débordé ».

Le gouvernement Legault espère adopter ces deux projets de loi d’ici la fin de la session parlementaire, le 14 juin. Le premier ministre a néanmoins ouvert la porte à une prolongation des travaux de l’Assemblée nationale cet été.

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