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Les forces du plastique le mènent-elles à sa perte?

Des bouteilles d'eau.
Passé d'un matériau quasi inexistant à omniprésent, le plastique s'est attiré les foudres en devenant l'un des principaux pollueurs sur la planète. Photo: iStock
Daniel Blanchette Pelletier

Pas cher à produire et fait pour durer, le plastique est aujourd'hui perçu comme l'un des principaux pollueurs sur la planète. Suffirait-il plutôt de repenser notre façon de l'utiliser et d'en disposer?

Il a fallu moins de 100 ans au plastique pour passer d’un matériau quasi inexistant à omniprésent dans notre quotidien.

Regardez autour de vous. La plupart des objets sont faits de plastique.

Pailles, tasses à café, bouteilles d’eau, ustensiles, emballages, sacs, fournitures de bureau… tous peuvent être modelés dans du plastique. Même les tapis et vos vêtements (en polyester) sont tissés à partir de fibres plastiques.

Des objets en plastique.Considérant qu'une majorité d'objets de notre quotidien sont aujourd'hui faits de plastique, pourrions-nous vraiment nous en passer? Photo : iStock

« Le plastique, c’est une matière extraordinaire », affirme Sylvain Allard, un spécialiste en écoconception des emballages.

Il est recyclable à 100 % et nécessite très peu d’énergie pour être transformé, poursuit-il. Il est durable et malléable. On peut en faire à peu près tout ce qu’on veut.

Ses qualités, mais surtout son faible coût de production, ont favorisé la multiplication de ses usages depuis les années 60, prenant toutefois de court les systèmes de gestion des matières résiduelles.

Nos systèmes de recyclage sont incomplets. On se retrouve donc à générer énormément de déchets. C’est là que le plastique pose problème.

Sylvain Allard, professeur à l’Université du Québec à Montréal

Le plastique au banc des accusés

Le Québec a misé sur la récupération, mais a oublié le recyclage, déplore Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

« On a oublié de transformer la matière qu’on récupère en un produit utile », dénonce-t-il.

Recyc-Québec estime que 34,8 % des matières plastiques sont récupérées et que le reste est jeté à la poubelle par les citoyens. Seulement 18 % des plastiques sont par ailleurs réellement recyclés.

Or, on ne le sait pas vraiment. « Il n’y a pas de traçabilité », selon Karel Ménard.

Les matières recyclables déposées dans le bac bleu font leur chemin jusqu’aux centres de tri. « Ils trient la matière, et s’en débarrassent en la vendant à des recycleurs, à des courtiers ou comme rejet dans des lieux d’enfouissement », décrit-il.

La majorité des matières ainsi triées – papiers et plastiques inclus – étaient acheminées vers la Chine, qui n’en veut plus, ou quelques autres pays d’Asie.

Le Canada réussissait notamment à leur vendre des ballots de plastiques mélangés, qu’ils retriaient par la suite, sans aucune garantie que toute la matière était réellement recyclée.

Un problème de tri

Un centre de tri aux États-Unis.
Des experts estiment que le tri des matières recyclables a atteint ses limites au Québec, et qu'il ne permet pas d'améliorer les taux de recyclage. Photo : Associated Press / Tom Tingle

Le tri du plastique présente son lot de défis ici. Toutes ses déclinaisons, ses couleurs, ses mélanges, mais aussi les additifs et même les matières, les encres et les colles de ses étiquettes ne permettent pas d’en tirer une matière pure une fois recyclée.

Résultat : la majorité de ce plastique recyclable se retrouve dans des ballots de plastiques mixtes à valeur réduite.

« Il y a des entreprises de recyclage au Québec qui ont dû fermer leurs portes parce que le plastique qui sortait des centres de tri était trié avec encore trop de contamination pour les recycleurs locaux, rappelle Karel Ménard. Les centres de tri faisaient plus d’argent en les vendant à l’étranger. »

Or, la Chine a fermé ses frontières à ces ballots de plastique en janvier 2018 pour les mêmes raisons.

Tout est donc à refaire, selon Karel Ménard. « Actuellement, on n’est pas équipé pour traiter tout le flux qu’on génère au niveau des matières recyclables. »

Le tri aurait déjà atteint ses limites à un coût raisonnable, mais des possibilités relativement au recyclage existent pourtant ici même au Québec.

La solution passe-t-elle par le Québec?

Daniel Solomita et une chimiste dans un laboratoire.Loop Industries et son fondateur Daniel Solomita ont développé une façon révolutionnaire de recycler le plastique dans cette usine de Terrebonne, au Québec. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Des entreprises d’ici ont développé des façons révolutionnaires de recycler le plastique.

Loop Industries, basée à Terrebonne, a fait breveter une méthode de dépolymérisation du polytéréphtalate d'éthylène (PET), qui permet de décomposer la matière en ses composants chimiques, à l’image de petits blocs de construction qui serviront à modeler un nouvel objet avec un plastique de qualité vierge.

« Nous pouvons donner une seconde vie à la plupart des produits de plastique PET qui ne peuvent actuellement pas être recyclés », explique Loop Industries. Même les fibres de polyester presque sans valeur y passent.

Loop Industries a réussi là où les centres de tri ont échoué.

« Tout ce qui est rejeté par les centres de tri, tout ce plastique opaque à faible ou sans valeur, nous parvenons à le décomposer pour en refaire du plastique de qualité vierge, détaille l'entreprise. Même dans un ballot de plastiques contaminés par du papier, d’autres matières ou des résidus organiques, notre procédé chimique ne cible que le polytéréphtalate d'éthylène. »

Nous avons inventé au Québec une technologie qui pourra aider à résoudre la crise mondiale du plastique.

Loop Industries
Des particules de plastique. Les ballots de plastiques mixtes sont déchiquetés, puis, par un procédé chimique, seules les molécules de plastique sont isolées pour redonner sa pureté à la matière. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Contrairement au recyclage traditionnel du plastique, qui consiste à déchiqueter la matière, puis à la faire fondre pour la remodeler en une matière de moindre qualité, Loop Industries fait plutôt dans le « surcyclage ».

Le recyclage ne fait que retarder, selon Loop Industries, l'élimination inévitable du plastique recyclé, transformé la plupart du temps en fibre de polyester. Or, l'entreprise obtient à partir de ce matériau de plastique recyclé à faible valeur un plastique de qualité améliorée. « Nous offrons un service précieux, car ce plastique finirait sinon à l’enfouissement ou à l’incinération, ce qui n'est pas très avantageux pour la matière. »

Avec des clients comme Coca-Cola, PepsiCo, Danone et L’Oréal, l’entreprise fondée en 2015 a le vent dans les voiles. Elle vient d’ailleurs de sécuriser un investissement 35 millions de dollars pour la construction d’une usine.

Une autre victime : le polystyrène

Des particules de plastique obtenues à partir du recyclage du styromousse.En le plongeant dans une huile essentielle, le styromousse se dissout. On filtre ensuite le tout pour récupérer les granules de polystyrène de qualité vierge. Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

D’autres entreprises québécoises, comme Polystyvert, Pyrowave, Polyform et Groupe Gagnon, s’attardent quant à elles à donner une seconde vie au polystyrène.

« C’est 100 % recyclable, assure Charles Bourbonnais, le directeur général de Polymos. Est-ce que c’est recyclé? C’est une autre question... »

L’accès à la matière pose problème, puisqu’une grande majorité de centres de tri n’accepte pas le polystyrène, composé à plus de 90 % d’air.

Trop de styromousse finit donc à la décharge, d’où la raison pour laquelle Montréal souhaite bannir les gobelets, contenants et barquettes faits de polystyrène dans sa stratégie de réduction et d’interdiction des articles à usages uniques.

« Bannir le styromousse ne fait que répondre à un besoin de perception politique, pas à un besoin écologique », croit Charles Bourbonnais.

« On s’en va vers le retrait de certains matériaux du marché, sur une base que les infrastructures ne permettent pas de les recycler, alors que ça devrait plutôt se faire sur la base de son empreinte environnementale », poursuit-il.

Charles Bourbonnais prône l’évaluation de chaque matière en fonction de son cycle de vie, c’est-à-dire l’investissement en ressources et en énergie nécessaire pour en faire un objet, puis le ramener à son état d’origine.

Le polystyrène l’emporte à tout coup sur le papier et le carton, assure-t-il. « La perception est contraire parce que les gens peuvent facilement recycler le carton et le papier. Mais le bilan écologique dit autrement. »

Ce que j’aimerais, c’est qu’on puisse faire ce bilan et choisir les vrais matériaux qui sont écologiques, pas simplement les bannir parce que le système de recyclage en 2019 n’est pas adapté.

Charles Bourbonnais, Polymos

Repenser le plastique avec ses forces

Le plastique, un matériau à base de pétrole, a été conçu pour durer.

Contrairement au bois, au carton ou au papier, il lui faut plusieurs dizaines d’années (voir des centaines) avant de disparaître. Or, à l’heure actuelle, on estime que plus de la moitié des plastiques deviennent des déchets en moins d’un an.

Sa faible dégradabilité – un problème lorsqu’il se retrouve dans l’environnement – en ferait pourtant un matériau de choix dans la construction.

Polymos se spécialise d’ailleurs dans la fabrication de produits où la durabilité du plastique est un atout, comme des casques de vélo et de hockey ou encore des matériaux.

Des blocs en polystyrène conçus par l’entreprise se retrouvent par exemple sur le nouveau pont Champlain, à Montréal. « C’est important qu’ils ne soient pas biodégradables », soutient Charles Bourbonnais.

« C’est un exemple d’application qui est durable et profitable pour le plastique, poursuit-il. Ça nous permet de bâtir des routes plus stables sur des sols qui sont peu porteurs. »

Le problème de la chaîne de recyclage du plastique ne doit pas à lui seul condamner cette matière, insiste-t-il.

« Il ne faudrait pas, pour le bien de l'environnement, agir négativement envers les plastiques qui ont une empreinte écologique favorable pour intégrer des matériaux ayant des effets négatifs plus grands pour la simple raison que le système économique n'est pas adapté », réitère Charles Bourbonnais.

« Et si on permet de jeter des choses qui sont recyclables, c’est un choix. Mais ce n’est pas la faute de la matière », insiste-t-il.

Environnement