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Niona, une génération fière de sa culture

Les cinq jeunes devant le bâtiment du Grand conseil de la Nation Waban-Aki

De gauche à droite : Charlotte Gauthier-Nolett, Pierre-Alexandre Thompson, Valérie Laforce, Sylvie Morin et Megan Hébert-Lefebvre forment le noyau de l’équipe Niona.

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Josée Bourassa

Arriver à Wôlinak, c'est comme découvrir un lieu enchanté au milieu de terres agricoles, au bout d'un chemin cahoteux à environ quatre kilomètres de Bécancour. Un imposant totem se dresse au milieu des bâtiments officiels qui semblent neufs.

C'est justement dans l'un de ceux-là que j'avais rendez-vous avec les jeunes du projet Niona, au Grand conseil de la Nation Waban-Aki. Si je me sentais un peu intimidée à l'idée d'y entrer, mes appréhensions se sont vite évanouies par l'accueil chaleureux que j'y ai reçu.

Niona veut dire nous en langue abénaquise

Le projet est né en 2015 dans une volonté du Grand conseil de réunir des jeunes abénaquis dans un projet de diffusion et de mise en valeur de la culture. Une quinzaine ont répondu à l’appel.

Ils sont âgés entre 11 et 17 ans. Ils utilisent les moyens propres à leur génération : vidéo, réseaux sociaux, imprimés, graphisme, pour mettre les traditions en lumière. Ils proviennent des deux communautés abénaquises au Québec : Wôlinak et Odanak.

Femme qui est sur un ordi

Les jeunes du projet Niona utilisent les technologies informatiques pour mettre en valeur les traditions et récits des Abénaquis.

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Ce n’est pas parce que je suis abénaquise que je possède automatiquement toute la connaissance de ma culture , me dit avec justesse Valérie Laforce, la coordonnatrice de Niona. Nous aussi, nous devons la rechercher.

La première réalisation de Niona a été la publication du magazine Salawiki, qui veut dire avenir .

Les deux magazines du projet Niona

Les jeunes du projet Niona ont conçu ces magazines.

Photo : Radio-Canada / Carolyne Brochu

Je suis impressionnée par sa qualité. J’y découvre de magnifiques photographies sur papier glacé et des articles aux titres invitants : Échange avec une aînée , Un lieu culturel autochtone , Le capitowan et ses secrets et même des recettes traditionnelles. J’avoue avoir soudain envie de cuisiner un plat de sagamité.

Photo du magazine où on voit un plat

Recette de Sagamité qu'on peut trouver dans le magazine Salakiwi.

Photo : Radio-Canada / Marilyn Marceau

Comment ça a été accueilli? , leur ai-je demandé.

Ils répondent tous spontanément en riant : On en a manqués! .

Ils ont imprimé 500 exemplaires du premier magazine et ils en ont manqués. Le deuxième, ils en ont fait 150 de plus et il ne leur en reste que quelques-uns, qu'ils conservent précieusement.

Il y avait beaucoup de fierté. Que ça vienne des jeunes en plus, quand on pense que ça commence à 11 ans... c’est sûr que c’est une fierté. C’est vraiment inspirant pour le futur.

Charlotte Gauthier-Nolett, responsable de la présentation et de la création de contenu
Les trois personnes en session de travail devant une table et des ordinateurs

De gauche à droite: Valérie Laforce, la coordonnatrice, Megan Hébert-Lefebvre, agente culturelle et Sylvie Morin, intervenante jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Depuis sa fondation, Niona est en demande. Les jeunes sont appelés à réaliser des dépliants et des panneaux d’interprétation pour des sites touristiques ou des musées, à faire de la création publicitaire pour des événements.

Ce matin, ils sont à mettre la dernière touche à l’atelier qu’ils présenteront à des enfants d’une école primaire. Ils ont choisi de le rendre très interactif et ludique.

Depuis janvier, toutes les semaines, on reçoit des demandes pour présenter des ateliers dans les écoles , me dit la coordonnatrice, Valérie Laforce.

Au primaire, au secondaire, au Collège Kiuna d’Odanak et même dans des universités , renchérit Charlotte Gauthier-Nolett.

Une fierté retrouvée

Au fil de la discussion, je vois la flamme qui les anime. À travers leurs mots, leur sourire, leur regard pétillant, je sens la fierté et le désir de vouloir partager leur culture abénaquise. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Plusieurs se sont fait dire qu’il valait mieux de ne pas dire d’où on vient , me confie Valérie.

Wôlinak et Odanak sont à proximité des grands centres. Les jeunes abénaquis vont dans les mêmes écoles que les non-Autochtones. Pour éviter les préjugés et la discrimination, de nombreux Abénaquis ont préféré taire leurs origines.

La lettre N dessinée sur un tableau noir, avec une plume dessinée à la craie

Le logo du projet Niona, dessiné à la craie dans le local où les jeunes bâtissent leurs projets.

Photo : Radio-Canada / Josée Bourassa

Nous sommes de la tranche d’âge du renouveau. Il y a beaucoup d’effervescence en ce moment. Nous avons envie de connaître nos origines. Si nos grands-parents, nos parents ne nous parlent pas, nous allons manquer le bateau , me dit Valérie, comme dans un cri du coeur.

Les jeunes voient grand. Ils rêvent d’avoir leur propre studio et planchent actuellement sur un documentaire portant sur l’industrie des paniers de frêne, indissociable des Abénaquis.

Je les écoute, portée par leur passion, leur soif de connaissance. Je ne peux pas m’empêcher de penser à la grande sagesse du Grand conseil de la Nation Waban-Aki de leur avoir confié cette belle mission.

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