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Les agressions sexuelles dans les écoles, une menace persistante

Noni Classen.

Noni Classen.

Photo : Radio-Canada / Julie Ireton/CBC

Radio-Canada

Une oeuvre de bienfaisance qui recense les cas d'agression et d'exploitation sexuelle des enfants affirme que le problème des enseignants qui agressent des enfants au Canada est loin d'être réglé.

Selon des recherches en cours au Centre canadien de protection de l’enfance, organisme basé à Winnipeg, 108 cas allégués ou confirmés d’agression sexuelle ont eu lieu dans des écoles au cours des 17 derniers mois.

Cela représente un nouveau cas chaque semaine, ce qui suit une tendance des 20 dernières années.

Si ces chiffres ne nous démontrent pas qu’il y a un problème, je ne sais pas ce qui pourrait le faire, parce que ce sont des données réelles, a soutenu Noni Classen, la directrice de l’éducation au Centre.

Parmi les 108 cas les plus récents, depuis le 1er janvier 2018, on retrouve 36 condamnations criminelles ou démarches disciplinaires. La plupart des autres cas doivent toujours être étudiés par un tribunal.

Entre 1997 et 2017, le Centre canadien de protection de l’enfance a recensé près de 1300 cas confirmés ou allégués d’agressions sexuelles par un membre du personnel scolaire au Canada. Mme Classen a d’ailleurs indiqué que le taux de fausses accusations par les élèves est très faible.

Les gens pensent que c’est une chose du passé, a-t-elle déploré. En fait, c’est quelqu’un qui abuse de sa relation avec un enfant, et c’est quelque chose qu’on voit encore aujourd’hui.

Travailler avec les écoles

Noni Classen parcourt le pays et collabore avec des écoles, conseils et commissions scolaires pour former les enseignants, représentants syndicaux et administrateurs scolaires à savoir ce qu’ils doivent surveiller, comment prévenir les abus, et quand et comment intervenir.

Comment construire des systèmes qui protègent les enfants d’abus qui provient d’une personne qui les côtoie à l’école?, a-t-elle demandé. Dans la plupart des cas, les agressions surviennent pendant des activités parascolaires comme les sorties et les tournois sportifs.

Si du personnel a accès aux enfants à l’extérieur des heures de travail, ça doit être autorisé, transparent et on doit pouvoir rendre des comptes, a soutenu Mme Classen. Or, souvent, les limites ne sont pas claires.

Mme Classen donne l’exemple d’un directeur d’école qui agissait à titre d’entraîneur de volleyball et qui passait ses doigts dans la chevelure des filles et leur flattait le dos pendant les pratiques. C’est un bon exemple de quelque chose qui n’est pas illégal, mais qui dépasse les limites, a-t-elle dit.

Si c’est inapproprié, on doit le corriger, parce que c’est comme ça qu’on met fin à un comportement qui pourrait dégénérer.

Noni Classen, directrice de l'éducation, Centre canadien de la protection des enfants

« C’était horrible »

Quand Anna Côté était âgée de 13 ans, son enseignant à l’école publique J.H. Putman Public d’Ottawa l’a agressée sur une période de six mois.

En 2016, Phillip Nolan a été condamné, envoyé en prison et s’est fait retirer son certificat d’enseignant. C’était une expérience véritablement horrifique et traumatisante, a confié Mme Côté, qui est maintenant avocate à Toronto et qui a demandé à ce que le tribunal retire l’interdit de publication sur son identité.

Anna Côté.

Anna Côté a été agressée par un enseignant à l'âge de 13 ans.

Photo : Radio-Canada

Mme Côté a appris des années plus tard que d’autres élèves savaient ou avaient des doutes sur ce qui se passait. Certains avaient même sommé Phillip Nolan de la laisser tranquille.

Apparemment, il y avait un groupe de garçons de l’école qui ont créé une fausse adresse courriel et qui lui ont envoyé un message qui disait : "Arrêtez de faire ce que vous faites à nos filles", se souvient Mme Côté. Mais s’ils se sentaient comme ça, où étaient les adultes?

Des enquêtes font la lumière

Une enquête menée par CBC a par ailleurs récemment fait la lumière sur des cas d’agressions sexuelles menées par trois professeurs d’une école secondaire d’Ottawa.

Depuis ce temps, le conseil scolaire au centre de l’enquête a commencé à travailler avec Noni Classen et le Centre canadien de protection de l’enfance.

Je crois que nous reconnaissons qu’un processus de guérison est de mise, a affirmé la directrice de l’éducation au conseil scolaire Ottawa-Carleton, Camille Williams-Taylor.

Camille Williams-Taylor.

Camille Williams-Taylor.

Photo : Radio-Canada / Julie Ireton / CBC

Mme Classen aide le conseil scolaire à développer des formations, des évaluations et des protocoles de communication pour les directions, les enseignants et représentants syndicaux.

Ces mesures aident les membres du personnel à savoir quoi faire lorsqu’ils sont témoins de signaux subtils qui les rendent mal à l’aise, a soutenu Mme Williams-Taylor.

Ce sont ces nuances sur lesquelles le Centre nous a permis d’engager une conversation qui nous permet d’agir, a-t-elle dit.

Avec les informations de Julie Ireton, de CBC

Agression

Justice et faits divers