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La rumeur d'interdiction de l'AR 15 cristallise les passions et augmente les ventes

Fusils d'assaut AR-15

Les carabines semi-automatiques de type AR-15 sont des armes à autorisation restreinte qui ne peuvent être utilisées au Canada que dans des clubs de tir sportif.

Photo : AFP / Getty Images/iStock

Pierre Verrière
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les ventes de carabine AR 15, une arme d'assaut semi-automatique utilisée pour le tir sportif au Canada, se sont envolées depuis qu'une rumeur persistante disant que l'arme sera bientôt interdite par le gouvernement fédéral a commencé à circuler, il y a environ une semaine.

L’AR 15 est l’une des armes à feu les plus vendues aux États-Unis. C’est aussi une arme régulièrement liée aux tueries qui endeuillent régulièrement ce pays. À l’origine conçue pour le marché civil, cette carabine semi-automatique a été inventée par la firme américaine ArmaLite, dont elle tire son nom (AR). Elle est inspirée du fusil d'assaut utilisé par les armées américaines et canadiennes.

L'AR 15 est une arme à autorisation restreinte au Canada. Son usage n'est permis qu'au tir sur cible et seulement dans un club de tir dont l'usager est membre.

« Nous sommes près d’être en rupture de stock », confie Matt Hipwell, le propriétaire de Wolverine Supplies, à Virden au Manitoba. L’entreprise familiale située à 280 km à l’ouest de Winnipeg est l’un des deux plus gros vendeurs d’armes à feu privé au pays.

Il confirme que les clients sont nombreux à passer une commande pour acheter l’une de ces armes, dont le prix se négocie entre 550 $ et 4000 $. Il est convaincu que cette soudaine popularité est liée à la rumeur selon laquelle le gouvernement fédéral interdira bientôt la vente de l’AR 15.

Inquiétudes

Matt Hipwell ne cache pas ses craintes, si cette rumeur devait se confirmer : « Cela va faire très mal. Il ne s’agit pas seulement de l’arme, mais aussi de tout le marché des accessoires qui s’y rattache. » Sur sa page Facebook, l’entreprise appelle donc les acheteurs à s’équiper et à se mobiliser.

La page Facebook d'un magasin d'arme annonçant des soldes sur une carabine semi-automatique.

La page Facebook du magasin Wolverine Supplies tente d'encourager l'achat d'AR 15 depuis quelques jours.

Photo : Radio-Canada / Site Internet Wolverine Supplies

« Si vous possédez une AR 15 en ce moment, bien. Si vous connaissez quelqu’un qui n’en a pas, il est temps de changer cela. Plus il y aura d’AR 15 dans les mains des citoyens honnêtes, mieux ce sera », peut-on lire dans un message publié le 24 mai sur la page Facebook de l’entreprise .

La rumeur a également trouvé écho chez Daniel Malo, qui possède un petit magasin d’articles de plein air à Saint-Pierre-Jolys. Sur les étagères de son petit commerce, situé dans cette communauté rurale francophone, à 45 minutes au sud de Winnipeg, les articles de pêche et de camping côtoient les armes à feu.

Daniel Malo reconnaît que les clients sont nombreux à affluer dans son magasin, poussés par cette rumeur d’interdiction des AR 15. Pourtant, ce n’est pas sur la carabine semi-automatique qu’ils jettent leur dévolu, mais sur les armes de poing, avec qui elle partage la désignation d’arme restreinte.

« Je vois des gens s’empresser d’acheter des armes de poings, car ils ont peur qu’elles soient aussi interdites », explique Daniel Malo.

« Ils disent tous la même chose. Ils n’avaient pas prévu d’acheter une arme, mais, avec la rumeur du changement de loi, ils n’ont plus confiance. Ils veulent avoir une arme à leur nom, qu’ils espèrent pouvoir ensuite transmettre grâce à la clause d'antériorité. »

Une clause d'antériorité, ou de droits acquis, permettrait à ceux qui possèdent ce genre d'armes de les conserver malgré leur interdiction.

AR 15 : un symbole

L'Association canadienne pour les armes à feu (NFA) estime que l'AR 15 est la carabine de tir sportif semi-automatique la plus populaire au Canada. Il y en aurait actuellement environ 80 000 en circulation au pays dans les mains de propriétaires détenteurs d’un permis d'armes à feu à autorisation restreinte valide.

« Nous recevons tous les jours des appels de membres qui sont très inquiets et qui souhaitent acquérir cette arme avant que cela ne soit plus possible », affirme le vice-président de la NFA, Blair Hagen.

Selon l'association, l'AR 15 est devenue un symbole du débat qui agite le Canada sur le contrôle des armes à feu.

« Pour les groupes antiarmes, c’est devenu le symbole des armes qu’ils ne veulent pas que les Canadiens possèdent. En conséquence, c’est aussi devenu un symbole pour nous de notre droit à notre tradition canadienne de posséder une arme », explique Blair Hagen.

L’organisme utilise d’ailleurs un logo qui s’apparente à un fusil d'assaut militaire accolé à une demi-feuille d’érable, accompagné de la mention « Pas de compromis ».

Un logo représentant un fusil d'assaut militaire accolé à une demie-feuille d’érable accompagné de la mention «Pas de compromis» brodé en blanc sur fond rouge.

Le logo utilisé par l'Association canadienne pour les armes à feu (NFA).

Photo : Radio-Canada / Association canadienne pour les armes à feu (NFA)

« La Harley Davidson des armes à feu »

Selon le chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste de la question des armes à feu Francis Langlois, l’AR 15 tire notamment sa popularité de sa présence dans de nombreux jeux vidéo, films et séries télévisées. L'arme est également mise de l'avant par une industrie qui s’est de plus en plus militarisée depuis les années 1990.

« L’AR 15, c’est un peu la Harley Davidson des armes à feu dans le sens où on peut facilement modifier l’arme et la personnaliser. Elle est aussi assez facile à obtenir, car de nombreux fabricants en produisent », indique Francis Langlois.

Il estime que la réaction des consommateurs canadiens qui se ruent sur l’AR 15 n’est pas sans rappeler celle des consommateurs américains lorsque l’administration de Barack Obama avait tenté de resserrer le contrôle des armes à feu.

« Il y a une rumeur, mais s’agit-il d’une vraie rumeur? », s'interroge-t-il en indiquant que le lobby des armes à feu aux États-Unis lance parfois des rumeurs pour faire avancer sa cause et mobiliser ses membres.

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