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Jour J : fouler les plages de Normandie, 75 ans plus tard

Les troupes canadiennes débarquent à Bernières-sur-Mer le 6 juin 1944.

Photo : Reuters

Fannie Olivier

L'ancien combattant Jean Trempe, 94 ans, espère revoir quelqu'un de bien spécial aux commémorations du débarquement de Normandie cette semaine : celui à qui il a sauvé la vie, il y a 75 ans.

M. Trempe fait partie d'une délégation de 38 vétérans canadiens, dont une femme, qui participeront aux cérémonies rappelant cette bataille décisive pour la victoire des alliés, survenue le 6 juin 1944.

« Je m’en allais avec mon arme. On tirait, on s’en allait repousser l’ennemi. J’ai vu en pleurs un petit garçon de 4 ans », se rappelle le vétéran qui a participé aux combats du jour J.

« Je l’ai agrippé, je l’ai placé derrière un mur de pierre, et je lui ai dit : "Reste couché ici et tant que ça fait boum boum, je ne veux pas que tu te lèves. Après ça, tu essaieras de t’en aller à la maison". »

Le bambin a survécu. Des décennies plus tard, l’enfant, devenu un homme mûr, est parvenu à retrouver ce soldat canadien qui l’avait placé à l’abri du danger. Les retrouvailles ont eu lieu il y a neuf ans, et Jean Trempe espère le revoir, cette semaine, lorsqu’il foulera de nouveau la plage Juno.

Au cours des 11 semaines qui ont suivi l’assaut du 6 juin, pas moins de 5000 soldats canadiens ont péri.

Jean Trempe appréhende particulièrement la visite du cimetière de guerre canadien de Bény-sur-Mer, où sont enterrés 2000 de ses anciens frères d’armes, dont une majorité de soldats canadiens.

« Quand je suis dans le cimetière, que je vois l’épitaphe "Soldat untel", 17 ans, 19 ans, 20 ans… Ça fait mal au cœur. Ça fait même très mal », admet le vétéran en entrevue avant son départ pour l’Europe.

Lui, il est dans la terre depuis ce temps-là. Et moi, je suis devant le monument. Lui n’a pas survécu. Moi, j’ai survécu. Un soldat qui va au front, c’est comme une loterie : vais-je gagner ou pas?

Jean Trempe, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale
Un ancien combattant de la Seconde guerre mondiale photographié de face, l'air sérieux.

« Aux cérémonies du 75e anniversaire du débarquement, les Français viendront nous remercier; c'est important pour eux », dit Jean Trempe, vétéran canadien de la Seconde guerre mondiale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Celle qui voulait être pilote

La seule femme de cette délégation de 38 vétérans à faire le voyage s’attend elle aussi à des célébrations émouvantes. Eugénie Francoeur-Turner s’était enrôlée à sa sortie du couvent, à 19 ans, dans la division féminine de l’Aviation royale canadienne, pour fournir sa part d'efforts « pour le pays ».

« Je regrettais tellement d’être une femme, parce que je voulais absolument être pilote. Mais à ce moment-là, les femmes ne pouvaient pas être pilotes, se souvient-elle. Alors, je me suis enrôlée dans le département de la télécommunication. »

Le jour du 6 juin 1944, elle était basée en Angleterre et devait tenir le compte des bombardiers qui participaient au combat en Normandie et revenaient se ravitailler de l’autre côté de la Manche.

« Ils allaient laisser tomber les bombes, revenaient, refaisaient le plein de bombes et de carburant. Ils ont fait ça presque toute la nuit », se rappelle-t-elle.

Mon devoir à moi, c’était de communiquer au bureau chef de Londres tous les noms des aviateurs qui partaient : leur nom, leur rang, leur âge. La plupart avaient moins de 25 ans. Lorsqu’ils revenaient, il me fallait envoyer la liste des victimes. J’ai été en devoir presque 24 heures ce jour-là.

Eugénie Francoeur-Turner, ancienne combattante de la Seconde Guerre mondiale

« Nous étions tellement occupés que nous n’avions pas trop le temps de penser à ce qui se passait. Quand j’ai eu fini, je me suis couchée et je pense que j’ai dormi 24 heures. C’est à ce moment-là que tout m’est revenu, tout ce qui s’était passé. On se rappelle toujours de ça », note-t-elle.

Des soldats canadiens débarquent sur une plage de Normandie en France, le 6 juin 1944.

Des soldats canadiens débarquent sur une plage de Normandie en France, le 6 juin 1944.

Photo : La Presse canadienne / Ministère de la Défense nationale

Trudeau en Europe

La route de Justin Trudeau devrait croiser celle de ces 38 anciens combattants jeudi - dont la moyenne d’âge est de 97 ans -, puisque le premier ministre participera aux commémorations du 75e anniversaire du jour J à la plage Juno.

La veille, il doit être accueilli par la première ministre britannique Theresa May à Portsmouth, au sud de l’Angleterre - un point de départ important de la flotte alliée qui a navigué jusqu’en Normandie. Le président américain Donald Trump y est également attendu, tout comme le président français Emmanuel Macron.

La visite de trois jours de Justin Trudeau en Europe se termine vendredi à Paris, par un tête-à-tête avec le président Macron.

Fannie Olivier est correspondante parlementaire et analyste politique à Ottawa. Elle couvrira le séjour du premier ministre Justin Trudeau en Europe cette semaine.

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