•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Après les inondations, la moisissure s’empare du Château Beauce

Le Château Beauce à Sainte-Marie a été construit en 1904.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Plus de cinq semaines après avoir été inondé, le Château Beauce, à Sainte-Marie, n'a fait l'objet d'aucun des travaux nécessaires pour limiter la prolifération des champignons, et ce, même si le bâtiment est sous un avis d'intention de classement d'immeuble patrimonial de la part du ministère de la Culture.

La crue de la rivière Chaudière a laissé plus d’un mètre d’eau s'infiltrer dans le sous-sol du bâtiment construit en 1904.

Même si l’eau s’est depuis retirée d’elle-même, la Société Alzheimer de Chaudière-Appalaches, propriétaire des lieux, est consciente que la dégradation de l’immeuble s’accélère.

« On sait qu’après 24 à 48 heures, les champignons se présentent », concède Sonia Nadeau, la directrice de l’organisme.

Un couloir du Château Beauce après les inondations d'avril 2019.

Les inondations du mois d'avril dans la région de la MRC de La Nouvelle-Beauce ont endommagé l'intérieur du Château Beauce.

Photo : Crédits: / Société Alzheimer Chaudière-Appalaches

Pourtant, le bâtiment n'a pas été nettoyé et aucune mesure préventive, comme ouvrir les murs pour accélérer le processus d'aération, n’a été prise.

« Juste en nettoyage et pour enlever les débris, on parle de 268 000 $. C'est très dispendieux. La Société Alzheimer n'a pas les moyens d'assumer ce montant », explique Mme Nadeau.

Plus d'un mètre d'eau s'est retrouvée dans le sous-sol du Château Beauce.

Il y avait un peu plus d'un mètre d'eau dans le sous-sol du Château Beauce après les inondations.

Photo : Crédits / Société Alzheimer Chaudière-Appalaches

« Laisser pourrir la situation »

Le Château Beauce fait l’objet d’un avis d’intention de classement patrimonial depuis octobre 2018.

Le ministère de la Culture a ainsi voulu le protéger le temps d’évaluer sa valeur historique, puisqu’un permis de démolition avait été autorisé par la municipalité concernant le bâtiment.

Gaston Cadrin, vice-président du GIRAM.

Gaston Cadrin, vice-président du GIRAM, estime qu'il faut protéger le bien patrimonial que représente le Château Beauce.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le GIRAM, le Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu, affirme qu’il est « inadmissible que la Société Alzheimer ait laissé pourrir la situation depuis quatre à cinq semaines ».

« Elle a beau être un organisme de bienfaisance, elle se comporte comme certains promoteurs véreux qui laissent à l'abandon leur bâtiment ancien pour mieux le démolir, déplore le vice-président patrimoine et environnement au GIRAM, Gaston Cadrin. « C'est inacceptable. »

Pas une priorité

Durant l’évaluation patrimoniale comme celle qui est en cours au sujet du Chateau Beauce, « la Loi sur le patrimoine culturel s’applique », confirme le ministère.

La loi indique notamment que tout propriétaire d'un bien reconnu comme étant patrimonial doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation des valeurs patrimoniales du lieu.

Le ministère indique être au fait du dossier des inondations qui ont touché le bâtiment, mais sans donner plus de détails.

La directrice de la Société Alzheimer Chaudière-Appalaches, Sonia Nadeau, regarde les photos des dégâts causés par les inondations dans le Château Beauce.

La directrice de la Société Alzheimer de Chaudière-Appalaches, Sonia Nadeau, regarde les photos des dégâts causés par les inondations dans le Château Beauce.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Même si ce classement est accompagné de programmes d’aide financière, la Société Alzheimer estime qu’elle ne peut assumer les coûts des réparations tout en poursuivant sa mission de « soutenir les gens qui ont des troubles cognitifs ».

« Pour nous, la priorité n'est pas de préserver le bâtiment. On a des bailleurs de fonds et des familles qui nous soutiennent financièrement. Ils veulent qu'on donne des services de qualité à notre clientèle », soulève la directrice Sonia Nadeau.

Si la société avait payé ces sommes-là pour nettoyer, la société aurait été obligée de fermer ses portes.

Sonia Nadeau, directrice de la Société Alzheimer de Chaudière-Appalaches

« Cadeau empoisonné »

L'édifice a été offert à la société en 2015 par la communauté religieuse des Oblates de Béthanie. La Société Alzheimer y voyait l'endroit parfait pour développer son projet de centre d'hébergement.

Mais ce don est rapidement devenu un fardeau, alors que les coûts pour le rénover s'élèvent à plus de 4 millions de dollars. Le projet a été abandonné.

Le bâtiment devait être vendu à un promoteur qui souhaitait le détruire pour construire des condos.

Plusieurs meubles antiques sont toujours présents dans le Château Beauce, construit en 1904.

Plusieurs meubles antiques sont toujours présents dans le Château Beauce, construit en 1904. (archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

L’entrepreneur s’est toutefois retiré de l’entente il y a quelques jours, puisque la Ville de Sainte-Marie a l’intention de réviser sa carte des zones inondables et ne plus délivrer de permis de construction sur le terrain occupé par le Château Beauce.

Dans ce contexte, la Société Alzheimer souhaite à son tour donner l’édifice.

« Sans possibilité de permis, il n’y a personne qui va lever la main. Pour nous, ça serait que le ministère de la Culture le prenne en charge et s'en occupe », conclut Mme Nadeau.

Demande d'intervention d’urgence

Le GIRAM a fait parvenir une lettre à la ministre de la Culture, Nathalie Roy, pour exiger une intervention d’urgence.

Considérant que le ministère de la Culture pourrait prendre jusqu’à octobre 2020 pour se prononcer sur la valeur patrimoniale du Château Beauce, Gaston Cadrin demande à la ministre d’émettre une ordonnance pour que les travaux préventifs soient effectués dans les 30 jours.

« Je pense que le ministère peut arriver avec une aide d’urgence », ajoute M. Cadrin, bien conscient des limites financières de la Société Alzheimer.

Image extérieure de l'église de Sainte-Marie.

L'église de Sainte-Marie, installée dans le même quartier que le Château Beauce, est un bien patrimonial selon le ministère de la Culture.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le GIRAM rappelle que l’église et l’ancienne caserne de pompier, situées à proximité du Château Beauce, sont toutes les deux de la liste des biens patrimoniaux de la ville.

« On est dans un cœur historique de Sainte-Marie. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des inondations qui peuvent peut-être revenir dans 30 ou 40 ans qu'on va tout démolir », soutient M. Cadrin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Histoire