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Le marché des gins québécois explose

Gin Québécois SAQ lac Beauport

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Guylaine Bussière

Les consommateurs se sont pris d'affection pour le gin québécois. En seulement trois ans, le chiffre de vente associé à ce produit a triplé, d'après la Société des alcools du Québec (SAQ). Le nombre de distillateurs québécois qui souhaitent lancer un nouveau gin est aussi en hausse.

C’est un marché en explosion, se plaît à dire le président de l'Association des microdistilleries du Québec. « Cette industrie était quasi inexistante il y a 5 ans, indique Jean-François Cloutier. Puis, l'an dernier, en vente à la SAQ, on a généré près de 39 millions de dollars. »

En 2016-2017, les ventes associées au gin québécois étaient de 12 millions de dollars et elles sont bel et bien passées à 39 millions de dollars en 2018-2019, confirme la SAQ.

À l’heure actuelle, ce sont 51 gins de fabrication québécoise que les consommateurs peuvent retrouver sur les tablettes de la SAQ, souligne la porte-parole de la société, Linda Bouchard. L’an dernier, on en comptait 27.

La montée en popularité du produit se fait aussi sentir du côté des distillateurs. Selon la Régie des alcools, des courses et des jeux, sur un total de 55 producteurs québécois qui détiennent un permis de distillateur dans la province, 32 produisent du gin.

Au cours des prochains mois, la Régie prévoit accorder une soixantaine de nouveaux permis dans la catégorie des distillateurs du Québec.

Des produits venus de partout

L'Ungava, un produit de l'Estrie, est le premier gin québécois à apparaître sur le marché en 2012. Depuis, des produits et des distilleries ont vu le jour dans de nombreuses régions de la province. Il n’y a qu’à penser au Km12 de la Distillerie du Fjord située à Saint-David-de-Falardeau, le Wabasso préparé à Trois-Rivières à la distillerie du même nom, le St-Laurent qui vient de Rimouski ou le Be Origin distillé à Saint-Augustin-de-Desmaures chez Vice et Vertu.

Cet éventail de produits en provenance de partout sur le territoire de la province prend des airs de route du gin, un peu comme la route des vins, déjà bien ancrée dans l’industrie touristique de plusieurs régions.

Et l’expansion se poursuit. À Québec, par exemple, ce sont quatre nouveaux joueurs qui entreront dans la danse au cours des prochaines semaines. Il y a notamment la Distillerie Stadaconé qui est installée en plein cœur du quartier Limoilou. Les trois cofondateurs voient grand pour leur entreprise.

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Alexandre Thomas, Jonathan Chrétien et Jean-Pierre Allard ont quitté leur emploi au groupe Optel pour se lancer dans cette aventure. Ils comptent sur leur expérience en affaires pour se démarquer dans le domaine des spiritueux.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Dès le départ, ils comptent mettre en marché trois produits distinctifs et souhaitent tirer de leur alambic au moins 20 000 bouteilles chaque mois. Un des cofondateurs, Jean-Pierre Allard, explique que leur entreprise vise le marché québécois d'abord, mais aussi les marchés étrangers.

Si tu veux devenir gros, il faut que tu penses comme un gros. C'est pour ça qu'on commence avec un local de 7000 pieds carrés, un investissement de 1,7 million de dollars. On devient comme ça le deuxième plus gros investissement pour une distillerie au Québec.

Jean-Pierre Allard

Toujours dans la région de Québec, le Jules Ernest, un nouveau produit québécois est offert à la Maison Livernois, une nouvelle table située dans le Vieux-Québec. Le produit, créé par Baptiste Gissinger, a été mis en bouteille à la Distillerie Menaud dans Charlevoix. Ce gin aux arômes de thym et citron sera vendu sur place en plus d'être prochainement disponible à la SAQ.

Un homme avec une longue barbe pose, sourire aux lèvres, avec une bouteille de gin à la main.

Baptiste Gissinger est également le fondateur d’Expedition Gin, une collection de gins du monde qu’il crée au fil de ses voyages à travers le monde. Il pose ici avec une bouteille de son gin, le Jules Ernest.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Quelle place sur le marché pour les nouveaux joueurs?

Baptiste Gissinger, qui parcourt le monde pour découvrir des aromates afin de concocter de nouvelles recettes de spiritueux, ne croit pas qu'il y ait trop de joueurs sur le marché du gin québécois. « Je crois qu'on arrive à un plateau et puis que les prochains produits vont devoir se démarquer énormément et puis faire la différence », nuance-t-il.

Un point de vue partagé par le président de l'Association des microdistilleries du Québec (AMDQ), Jean-François Cloutier. Selon ce dernier, même s'il y a plus de joueurs et plus de produits sur le marché, leur part de marché augmente. « Nous, on se voit beaucoup plus ensemble contre les gros joueurs, contre les produits industriels à très très grand volume, que l'un contre l'autre. »

Les producteurs peuvent vendre leurs produits en distillerie, mais c'est à la SAQ que la plus grande part des ventes s'effectue. La Société des alcools réserve plus de place qu'auparavant aux produits locaux, mais l'espace demeure restreint, ce qui fait en sorte que les distillateurs se disputent les meilleurs espaces en magasin.

Pour le président de l'AMDQ, une plus grande souplesse de la part de la SAQ garantirait la prospérité des produits québécois. Jean-François Cloutier indique que les redevances à la SAQ, pour les ventes en succursales comme en distilleries, sont plus élevées que le montant qui reste dans les poches des distillateurs. Un partage plus juste des revenus donnerait une chance aux plus petits producteurs qui pourraient davantage miser sur la vente de leur produit dans les boutiques de leur distillerie.

Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ, mentionne de son côté que la société s'est entendue au début de mai avec les distillateurs pour revoir la part de revenus qui lui revient. Le taux de redevance est maintenant fixé à 52,1 % pour les ventes en distilleries. Mme Bouchard ajoute que la SAQ comprend la réalité des producteurs et demeure ouverte aux discussions.

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Les installations de la Distillerie Stadaconé, dont l'ouverture est prévue bientôt à Québec.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

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