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À la pêche avec Philippe Couillard : la vie après la politique

Ce printemps, Philippe Couillard ne rate pas une occasion d’aller pêcher sur le lac Saint-Jean depuis qu’il est libéré de ses glaces.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Priscilla Plamondon Lalancette

Même si Philippe Couillard tire un trait sur la vie politique, lorsqu'il tire sa ligne à l'eau, il n'y a pas que des ouananiches qui remontent à la surface. Les enjeux politiques continuent d'animer l'ex-premier ministre. Huit mois après la défaite du Parti libéral du Québec, il s'est confié à Radio-Canada le temps d'une partie de pêche sur le lac Saint-Jean.

Philippe Couillard avait fixé notre rendez-vous à l’heure des « vrais pêcheurs » à la marina de Roberval.

À 6 h 30, il y a moins de monde, et le poisson mord plus, m’explique-t-il.

L’ex-politicien arrive au quai avec un seul garde du corps. Fini la vie avec un vaste entourage politique.

Priscilla Plamondon-Lalancette et Philippe Couillard, de dos, marchent en direction de la marina de Roberval.

L’ex-premier ministre préfère rester loin des caméras depuis son retrait de la vie politique. Mais dans un contexte de pêche, il a accepté de nous parler de sa vie après la politique.

Photo : Radio-Canada / Marc Landry

Le résident de Saint-Félicien n’a toujours pas remplacé son bateau qui a coulé l’an dernier, juste avant la débâcle de son parti. C’est donc avec un guide qu’il connaît bien que nous partons taquiner la ouananiche sur le lac Saint-Jean, que l’on appelle aussi le Piékouagami.

L'ex-premier ministre est en grande forme. Quelques kilos en moins, il me dit tout sourire à quel point la vie est belle quand on habite au pays des bleuets. Plusieurs citoyens s’étonnent d’ailleurs de le croiser dans le coin. Il raconte qu’encore aujourd’hui, des gens pensent qu’il avait déménagé à Montréal au moment où il était en politique.

Philippe Couillard avec son garde du corps.

Philippe Couillard est toujours accompagné de son garde du corps, même lorsqu’il va à la pêche.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Absorber le choc

La transition n’a pas été facile depuis sa démission comme chef du Parti libéral du Québec (PLQ) et député de Roberval, le 4 octobre dernier.

La grosse différence, c'est la chute radicale du rythme de vie. C'est du jour au lendemain.

Philippe Couillard

Alors qu'on est habitué de rouler sans arrêt, on se retrouve tout d'un coup dans une phase beaucoup plus tranquille. Mais il faut laisser le temps au temps, comme on dit chez nous, lance-t-il, en surveillant sa ligne.

Philippe Couillard en train de pêcher.

La pêche permet depuis plusieurs années à Philippe Couillard de décrocher et d’évacuer le stress.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

L’homme de 61 ans était pourtant préparé à toute éventualité.

La défaite, ça fait partie de la politique. Si on commence à vivre la vie politique, il faut savoir qu'un jour ou l'autre, elle va se terminer.

Philippe Couillard

Question d’adoucir ce passage douloureux, sa femme Suzanne l’a emmené en voyage pendant près de six semaines après le dur revers électoral. Cette cassure entre la vie de premier ministre et celle de simple citoyen lui a fait un grand bien, reconnaît-il.

Priscilla Plamondon-Lalancette et Philippe Couillard sur un bateau de pêche.

M. Couillard ne s’ennuie pas de l’agressivité qui fait partie de la joute politique. Un aspect qui ne changera pas, selon lui. « Le monde dit que ce n’est pas nécessaire. Mais c'est comme le hockey. Les gens disent : "On ne veut pas de bataille au hockey". Mais, ils espèrent bien en voir une quand ils vont au Forum. Au Forum... Ça traduit mon âge! »

Photo : Radio-Canada / Marc Landry

Un mordu de pêche

En dehors de sa vie professionnelle, Philippe Couillard est depuis longtemps un passionné de pêche.

Philippe Couillard qui montre une longueur avec ses mains.

Philippe Couillard a plusieurs bonnes histoires de pêche à son actif, et elles incluent souvent d’énormes trophées.

Photo : Radio-Canada / Marc Landry

Vous allez voir, je vous prédis qu'entre 8 h 30 et 9 h 30, on va attraper une ouananiche, se risque-t-il au début de notre périple sur l’eau.

À la recherche d'un nouveau défi

Sur la terre ferme, Philippe Couillard lance aussi des perches. Depuis quelques semaines, il effectue des rencontres pour esquisser sa nouvelle vie professionnelle. Après une période d’hibernation, celui que l’on surnomme « l’ours » depuis son passage au ministère de la Santé, en raison de son apparence et de son appétit pour la pêche, sort de sa tanière.

Le moment arrive à point, alors que sa femme commence à trouver qu’il passe trop de temps à la maison.

Elle voudrait que j’aille m'occuper un peu. On arrive à ce point-là, ricane-t-il.

Philippe Couillard avec un leurre dans les mains.

Après deux heures de pêche infructueuse, Philippe Couillard et son guide optent pour une nouvelle stratégie en changeant les leurres et l’endroit où taquiner la ouananiche. «Il faut que tu trouves quelque chose qui ressemble le plus possible à la proie préférée du poisson que tu pêches. Ce n’est pas sorcier.»

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Le 31e premier ministre du Québec prend toutefois son temps pour trouver un défi à sa mesure. Il veut par ailleurs conserver le rythme de vie équilibré auquel il commence tout juste à s’habituer.

Je me donne encore une dizaine d'années d'activité professionnelle. Je ne cherche pas un poste. Je cherche une fonction ou une activité à laquelle je peux apporter une valeur. Être là parce qu'il fallait nommer quelqu'un, ça ne m'intéresse pas, affirme-t-il.

Au cours de sa carrière, le Félicinois d’adoption a touché à tous les enjeux. Philippe Couillard aimerait maintenant offrir des conseils stratégiques. Il s’intéresse particulièrement à l’activité gouvernementale, à la gestion des finances publiques, à la transition énergétique, au climat et à l’élaboration des nouvelles politiques publiques.

Plus tôt cette année, il avait posé sa candidature comme directeur du programme de l'ONU pour l'environnement, avec l’appui de Québec et d’Ottawa. Il n'a pas été choisi, mais il se dit heureux d'avoir terminé le processus dans le peloton de tête.

Comme il ne sait pas encore s’il va travailler au Québec, au Canada ou à l’étranger, sa maison est désormais à vendre.

Il n'y a pas d'annonce. Ce n’est pas une vente de feu. Ça prendra le temps que ça prendra. [...] Avec mes futures activités, je pourrais être appelé à quitter. Mais on va au moins garder un point d'ancrage. On a un petit chalet à Mashteuiatsh, sur le bord du lac. C'est un paradis. Si c'est possible de combiner ma vie professionnelle avec une résidence permanente ici, tant mieux, dit-il.

Chose certaine, pas question pour lui de revenir à la médecine. Pour les patients, ce ne serait peut-être pas une bonne idée de recommencer à faire de la chirurgie après avoir arrêté un bon 15 ans, estime l’ancien neurochirurgien.

Philippe Couillard qui regarde au large dans un bateau de pêche.

Après avoir pêché au large de Roberval, nous nous dirigeons vers Mashteuitash dans l’espoir que le poisson morde un peu plus.

Photo : Radio-Canada / Marc Landry

« Je ne suis pas un politicien de carrière »

Philippe Couillard met une croix sur la politique. Il veut se tenir à l’écart de la partisanerie. Il apprécie d’ailleurs la liberté dont il jouit lorsqu’il rencontre quelqu’un puisqu’il n’a plus à se demander ce que cette personne recherche ou quel est son intérêt.

Est-ce que c'est un partisan ou un adversaire? Ça donne un filtre aux relations humaines qui n'est pas idéal. Ça prend du temps, se défaire de ça. De ne plus être là-dedans, ça fait le plus grand bien.

Philippe Couillard

Avec le recul, il soutient que la politique est néfaste pour la santé physique et mentale. On développe des mauvaises habitudes de vie. On ne fait pas d'exercice du tout. L'alimentation est désorganisée complètement. Et on vit un stress continu, déplore-t-il.

Le décalage entre la fameuse bulle politique et le monde ordinaire l’a aussi frappé de plein fouet. Il s’est rendu compte qu’il accordait souvent beaucoup trop d’importance à des choses anodines.

Ce n’est pas vrai que les gens suivent le jeu politique de façon aussi raffinée que les analystes et les commentateurs. Ils retiennent surtout les grandes lignes, constate l’ancien politicien.

Notre discussion à propos des grandes lignes est interrompue par une autre ligne, plus petite, alors que sa canne à pêche s’agite sous nos yeux. La première ouananiche? Non, un petit doré. Le guide le remet à l’eau.

Charles Dufour et Philippe Couillard dans un bateau de pêche.

Le propriétaire de l’entreprise Pêche blanche Lac-St-Jean, Charles Dufour, explique qu’il faut d’abord trouver les bancs d'éperlans pour trouver les ouananiches.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Son héritage pour le Québec

Sur le bateau, en attendant qu’un saumon d’eau douce morde à nos hameçons, l’heure est à la dégustation. M. Couillard sort une surprise de sa boîte à lunch : de la ouananiche fumée, qu’il a lui-même préparée.

Sa recette est franchement très bonne. Ni trop salée, ni trop sucrée. Je lui demande quelle aurait été la recette pour séduire les Québécois lors des dernières élections.

Je pense qu'on l'a trouvée un bout de temps. En 2014, on avait un beau plan pour eux, et j’ai rempli 82 % de mes engagements, rétorque-t-il fièrement.

De la ouananiche fumée.

La ouananiche a été mise en saumure pendant deux jours, avant de sécher, d’être badigeonnée puis fumée à froid entre 6 et 8 heures. Les filets ont ensuite reposé toute une journée dans leur emballage.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Alors qu’on se déplace vers la pointe de Chambord où, paraît-il, la ouananiche se fait plus abondante, Philippe Couillard m’explique qu’il refuse de se voir comme celui qui a mené le Parti libéral du Québec à sa pire défaite.

J'ai mené le Québec à son plus grand redressement financier économique depuis très, très longtemps.

Philippe Couillard

J'en suis excessivement fier. On a mis sur pied des politiques bien structurées qui ne sont pas remises en question du tout. Prenez la politique énergétique qui a été annoncée il y a quelques jours. C'est essentiellement les mêmes cibles qu'on avait énoncées à l'époque, enchaîne-t-il.

Sa défaite, il l’attribue plutôt à une forte volonté de changer le parti au pouvoir.

Je pense que les gens avaient besoin de changement. C'est la principale raison, parce que sur le plan des accomplissements, honnêtement, le bilan du gouvernement, il est très, très enviable. Alors je pense que les gens voulaient simplement changer de vis-à-vis politique, et le moment était venu. Il n’y avait plus beaucoup d'écoute sur ce qu'on avait à dire, explique l'ancien premier ministre du Québec.

Referait-il les choses différemment?

C'est trop tôt. Je préfère me concentrer sur les choses dont je suis très fier. Je pense qu'on sous-estime encore l'importance historique du redressement qu'on a accompli, financier et économique. Ça, c’est la véritable émancipation pour le Québec. Se donner les moyens de faire ses choix, sans toujours être étranglé sur des questions budgétaires. Ce genre d'analyse rétrospective, c'est trop tôt pour la faire, soutient Philippe Couillard.

Toujours pas de ouananiche à l’horizon. Pourtant, tout indique sur le sonar que nous sommes au bon endroit.

Philippe Couillard qui cherche quelque chose dans un coffre de pêche.

La patience est de mise à la pêche à la ouananiche. Pour capturer ce saumon d’eau douce, il faut en moyenne trois heures

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

« Je pense qu'on est vraiment sur la bonne voie »

L’ex-chef libéral continue de suivre l'actualité de très près.

C'est quelque chose qui te reste dans la peau. Je m'abstiens de faire des interventions publiques par déférence pour mes collègues, mais également pour le gouvernement qui vient d'être élu. Les fameuses ''belles-mères'', je pense qu’on n’a pas besoin de ça. [...] J'ai fait mon temps en politique partisane. Je souhaite le succès pour notre Québec. Je pense qu'on est vraiment sur la bonne voie.

Philippe Couillard

Depuis le début de sa retraite forcée, il a participé à quelques activités du Parti libéral du Québec afin de souligner le départ d’anciens collègues.

 Mais ça va prendre un bout de temps avant que j'aille participer à une autre activité comme un conseil général. Il va y avoir une course à la direction dont je n'ai absolument pas l'intention de me mêler. Ça ne serait pas un cadeau à faire aux candidats et candidates qui vont être en lice, de voir l'ancien chef intervenir , assure-t-il.

Philippe Couillard n’a pas reparlé à François Legault depuis qu’il lui a cédé son bureau. Comment se porte le Québec depuis l’accession au pouvoir de la CAQ?

 Le Québec va bien. Le Québec va beaucoup mieux. Et vous avez vu la cote de crédit. En grande partie, en presque totalité, c’est dû aux efforts de mon équipe. Puis, je vois que l'équipe actuelle continue dans la même veine. C'est bien , répond Philippe Couillard.

Est-ce que M. Legault fait du bon boulot comme premier ministre?

 Je ne ferai pas de commentaires là-dessus. Je suis certain qu'il accomplit ses fonctions avec beaucoup de sincérité. Les gens jugeront de ça au terme de son mandat. 

Philippe Couillard

Mise en garde sur la laïcité

Au moment de se retirer de la vie publique il y a huit mois, Philippe Couillard a livré un vibrant plaidoyer en faveur de la protection des minorités au Québec.

En réaction à tous les propos tenus actuellement autour du projet de loi sur la laïcité, il réitère encore plus fortement ses convictions et se dit très préoccupé.

 L'identité québécoise, c'est aussi la liberté. Et si on recule sur la liberté au Québec, c'est tout le Québec qui va reculer , soutient-il.

 Je suis persuadé qu'une société se juge à la façon dont elle traite ses minorités. 

Philippe Couillard
Philippe Couillard en train de pêcher.

En plus de la pêche, Philippe Couillard occupe ses temps libres avec beaucoup de lecture. Le passionné d’histoire a également des projets pour sa maison et son chalet, et pense à de futurs voyages.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Non à un virage nationaliste

Je demande à M. Couillard s’il n’aurait pas dû être plus nationaliste lorsqu’il était au pouvoir. Il s’emporte un peu et balaie du revers de la main l’appel de plusieurs libéraux à entreprendre un tel virage. Il ne faudrait pas se transformer en nos adversaires, me lance-t-il.

 On a défendu âprement les intérêts du Québec. On a même fait des gains. Le nationalisme ou le patriotisme, il s'exprime de façons différentes. 

Philippe Couillard

 L'assainissement des finances publiques, l'émancipation [...] économique historique qu'on a accomplie, elle relève également d'un désir de force pour le Québec. Et tu ne peux pas avoir de force sans les moyens de l'exercer. [...] Le seul parti qui a renforcé la Charte de la langue française, c'est nous, dans notre dernier mandat. On a défendu à Ottawa les intérêts du Québec, et Dieu sait qu'il a fallu le faire souvent. Il faut continuer. Ce sera toujours nécessaire , affirme l’ex-ténor libéral.

Aujourd’hui, il voit la course à la direction du PLQ comme une occasion de renouveau. Il estime que le prochain chef devra être  représentatif de la mouvance actuelle du Québec, autant sur le plan des générations que des origines  et être profondément attaché aux valeurs fondamentales du parti, dont la liberté individuelle, de même que l'harmonisation de la justice sociale avec le développement économique.

Ceci n’est pas une histoire de pêche

La prédiction de Philippe Couillard était finalement erronée. J’ai capturé la première ouananiche de notre périple, ma première à vie d’ailleurs, vers 11 h, au moment même où l’ex-premier ministre remettait un autre petit doré à l’eau.

La journaliste Priscilla Plamondon-Lalancette avec une ouananiche dans les mains.

J’ai eu bien de la difficulté à tenir la ouananiche qui se débattait pour la photo. Imaginez si je l’avais laissée tomber à l’eau… la honte ! Mais mon sourire en dit long sur la fierté d’avoir remonté cette belle prise.

Photo : Radio-Canada / Marc Landry

Et à la fin de notre virée sur le lac qui était planifiée pour 12 h 30, alors que M. Couillard s’apprêtait à repartir bredouille, croyez-le ou non, la ouananiche a mordu à 12 h 29!

Philippe Couillard tenant une ouananiche dans ses mains en compagnie de son guide Charles Dufour.

Philippe Couillard, son guide de pêche et le trophée capturé à minuit moins une.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

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