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Manger son plat et son assiette, c'est possible en Pologne

Le dessus d'une boîte en carton montre en couleur les assiettes brunes qu'elle contient.

Outre les assiettes comestibles, l'entreprise Biotrem voudrait élargir son offre aux boîtes comestibles pour les plats à emporter et pour les traiteurs.

Photo : Getty Images / JANEK SKARZYNSKI

Agence France-Presse

Un sexagénaire aux cheveux gris attrape une assiette marron encore chaude qui sort d'une machine et se met à la mâcher, tout sourire  : « Sur ce plat en son de blé, une côte de porc sera toujours plus savoureuse que sur du plastique ».

La scène se déroule à l'usine Biotrem de Zambrow, dans le nord-est de la Pologne. Jerzy Wysocki a inventé ses assiettes complètement comestibles il y a déjà une quinzaine d'années.

Si le produit sent bon, son goût, ou plutôt son absence de goût, le situe entre le carton et la barre de céréales dure et sans additif, a constaté un journaliste de l'AFP. Mais c'est sa biodégradabilité qui compte.

L'entreprise en fabrique actuellement 15 millions par an, mais ce chiffre pourrait bientôt être multiplié par cent et par mille grâce à la décision de l'Union européenne (UE) d'interdire complètement les assiettes et les couverts en plastique à partir de 2021.

Fils et petit-fils de meunier, Jerzy Wysocki a eu cette idée en cherchant à utiliser les déchets produits lors de la production de farine, volumineux et difficiles à stocker.

Mais en même temps, il espère servir une cause plus grande, « car la quantité de déchets qui polluent les océans est gigantesque et effrayante ».

« Pour la production de ces assiettes, nous utilisons uniquement du son de blé que nous compressons à une pression et à une température précises, à l'aide d'une machine spécialement conçue à cet effet », explique-t-il.

L'inventeur Jerzy Wysocki tient une assiette dans ses mains.

L'inventeur Jerzy Wysocki a eu l'idée de créer des assiettes fabriquées à base de son de blé.

Photo : Getty Images / JANEK SKARZYNSKI

Certes, les assiettes en son de blé sont nettement plus chères que les assiettes en plastique [environ 15 centimes d'euro la pièce en Pologne, 20 % de plus à l'export], reconnaît la présidente de Biotrem Malgorzata Then.

Mais « dans le prix du plastique actuel, on ne tient pas compte du coût pour l'environnement, du recyclage, de la pollution des océans... »

Au départ, l'entreprise visait des clients écologiquement motivés, des restaurants ou des hôtels qui voulaient proposer à leur clientèle quelque chose d'original.

Maintenant, avec les mesures prises par l'UE, même les clients qui ignoraient l'écologie sont obligés de s'intéresser aux produits biodégradables.

Malgorzata Then, présidente de Biotrem

Des assiettes à base d'algues

Ses assiettes sont distribuées en Europe, mais aussi en Asie, en Amérique du Nord et même en Australie. Le client australien a demandé à vérifier si les vers de terre en aimaient le goût. Les tests l'ont confirmé sans l'ombre d'un doute.

« Ce ne sont pas des quantités gigantesques, mais elles permettent de voir l'avenir avec optimisme », relève Jerzy Wysocki.

Des employés déposent des sandwiches dans des assiettes brunes sur un comptoir.

Un restaurant végétarien de Varsovie sert des repas dans des assiettes comestibles fabriquées par l'entreprise Biotrem.

Photo : Getty Images / JANEK SKARZYNSKI

D'autant plus qu'avec des volumes plus importants, le prix pourra être réduit. Et la même technologie devrait permettre de fabriquer des assiettes à base de maïs, d'orge, d'avoine, de manioc et même d'algues.

« Avec le manioc, les premiers tests se sont révélés très positifs, et nous avons déjà une petite clientèle intéressée », dit l'inventeur.

Biotrem voudrait élargir son offre à des boîtes comestibles destinées aux plats à emporter et aux traiteurs. La recherche est déjà bien avancée, car il s'agit simplement de rendre ces boîtes plus résistantes aux liquides et à la chaleur.

Le client écologiste n'est pas obligé de manger son assiette ou son emballage. Dans des conditions climatiques favorables, avec un peu d'humidité, les produits en son de blé se dégradent en un mois, voire en deux semaines, s'il y a de la pluie.

La guerre aux plastiques

Les dirigeants de Biotrem ne sont pas les seuls en Pologne à monter en première ligne de la guerre contre les plastiques.

À la Faculté de chimie de l'École polytechnique de Gdansk, des chercheurs ont mis au point une technologie permettant de fabriquer des couteaux, cuillères et fourchettes biodégradables.

Ils sont faits avec « de l'amidon thermoplastique de pommes de terre que l'on obtient à partir de farine et d'acide polylactique », explique à l'AFP la professeure Helena Janik.

Ces couverts sont biodégradables et même, s'ils finissent dans la mer, comestibles.

« Nous sommes les seuls jusqu'à présent à avoir testé la biodégradation de nos produits sur des organismes aquatiques vivants, et il s'avère que ces couverts sont sûrs pour l'environnement », dit la chercheuse.

Selon Robert Bajko, courtier chargé des innovations à l'École polytechnique, cette invention ne nécessite pas de technologie complexe ou de grands investissements. N'importe quel entrepreneur fabriquant des produits en plastique peut s'y lancer « du jour au lendemain », assure-t-il.

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