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Le lancement le plus Loud de l’histoire

Loud en concert au Centre Bell, devant le nez d'un avion

Plus de 8000 spectateurs se sont donné rendez-vous au Centre Bell pour le spectacle de lancement du nouvel album de Loud.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

CRITIQUE – Spectrum, Métropolis, Astral, Club Soda, Cabaret Juste pour Rire... La liste des salles de concert, existantes ou disparues, où j'ai assisté à un spectacle-lancement a beau être considérable, jamais n'en avais-je vécu un au Centre Bell. C'est fait, grâce à Loud. Et il y avait plus de 8000 invités pour l'occasion.

Un texte de Philippe Rezzonico

C’était la singularité de la proposition du rappeur qui a mis en marché son deuxième album, Tout ça pour ça, la semaine dernière. Quitte à faire un lancement, pas question d’en faire un de banal. Il a donc mis le paquet.

Des milliers de jeunes de la génération hip-hop du XXIe siècle ont répondu à son appel. Le courant musical dominant au plan planétaire a mis plus de temps à s’imposer au Québec que sur bien des continents, mais il a le vent dans les voiles depuis quelques années.

Secondé par Marcella Grimaux à la mise en scène, Loud (Simon Cliche Trudeau) s’est offert une entrée en matière qui n’avait rien à envier à celles des productions mondiales de Kanye West, Jay-Z et Kendrick Lamar.

Un avion du « transporteur » Air Francoricain qui entrait dans un hangar est apparu virtuellement sur les écrans. En fait, les ailes étaient virtuelles sur les panneaux latéraux, mais le fuselage, le nez et la cabine de pilotage étaient bel et bien réels et de grandeur nature au sommet d’une plateforme. Fort impressionnant.

On a vu sur les écrans Loud, tout de blanc vêtu, installé dans l’avion durant un instant, avant qu’il ne descende de l’avion pour interpréter en succession 56K et Nouveaux riches, ce qui cadrait drôlement bien avec sa mise en scène.

« Merci d’être là pour ce moment historique, a-t-il lancé à la foule survoltée. Vous êtes venus de partout. C’est la première fois qu’un rappeur du Québec est en tête d’affiche au Centre Bell. Et on est sold-out deux soirs. Merci! »

Bon… À guichets fermés à 8100 spectateurs dans une configuration qui aurait pu en contenir probablement 10 000 – on avait fermé le dernier balcon –, mais on ne va pas chipoter... Quiconque aurait prédit il y a un an encore qu’un rappeur francophone québécois allait attirer 16 000 spectateurs payants au Centre Bell en deux soirs se serait probablement fait traiter d’illuminé.

Moment historique

Le mot-clé, ici, est « payant », même si le billet moyen à 37,50 $ était très abordable. C’était magnifique de voir 10 000 ou 15 000 amateurs danser dans la rue lors de la soirée d’ouverture des Francos de Montréal consacrée aux artistes hip-hop en 2016. Mais en cette ère où la musique a été dévaluée au plan financier, cela prouvait uniquement que les jeunes aimaient cette musique.

Sont-ils prêts à payer pour l’entendre? Le succès de Loud en fin de semaine se veut un « oui » sans équivoque. Et ce n’est pas anodin. Si les salles de concerts ont ouvert de plus en plus leurs portes aux artistes hip-hop ces dernières années, les radios commerciales commencent tout juste à le faire. Ce doublé pourrait avoir un effet boule de neige irrésistible. « Historique » a dit Loud. Il a raison.

Avec ses succès de l’album Une année record et ses nouveaux titres, ce n’est pas le matériel qui manquait au rappeur dont le flow est aussi assuré que la prononciation est impeccable. Cela dit, c’était sidérant de voir que ses admirateurs connaissaient déjà par cœur les paroles de Fallait y aller, un extrait qui a précédé la parution de Tout ça pour ça.

Il a beau faire désormais carrière en solo, Loud n’oublie pas ses vieux potes. Derrière lui sur scène, ou sur la plateforme, son complice musicien ou réalisateur depuis plus d’une décennie, Ajust (Alex Guay).

« Avec lui, on a tout vécu. Tous les shows à la Sala Rossa, au Club Soda, au Métropolis, au Centre Bell. Une seule constante : on ne fait que des salles combles ». Introduction parfaite pour la nouvelle Salles combles, interprétée par Loud au moment où une plateforme hydraulique le soulève de la scène.

Loud en prestation, devant une foule endiablée

Loud a fait danser le Centre Bell.

Photo : Radio-Canada

Charlotte et Béatrice

Une soirée de hip-hop sans invités, ça n’existe pas. Première en lice – et attendue –, Charlotte Cardin, qui est venue interpréter son nouveau duo avec Loud, Sometimes, All the Time.

Vêtue d’une robe droite toute simple et de bottes argentées lumineuses que n’aurait pas reniées Nancy Sinatra (These Boots Are Made For Walkin’), Cardin a partagé la chanson à distance. Elle, au sommet de la plateforme, lui, faisant dos à la foule, sur la passerelle au parterre. Mais tous deux, face à face, comme dans le clip de la chanson. Bien réussi, quoique, moins sensuel que sur la vidéo en raison de l’éloignement.

Autre invitée, Cœur de pirate (Béatrice Martin), qui est venu interpréter Dans la nuit, son duo avec Loud paru sur son album de l’an dernier. Est-ce parce qu’il est monté la rejoindre sur la plateforme? Toujours est-il que les sourires complices et la proximité ont fait un bel effet.

En hip-hop, ça prend aussi du muscle. Lary Kidd (autre membre du trio d’antan Loud Lary Ajust) était tout indiqué. Duo avec Loud pour Off the Grind, trio avec Loud et 20SUM (On My Life) et autre duo avec Loud (SWG) avant que Lary ne prendre le plancher tout seul pour Petit Jésus. Le segment brut de la soirée.

Messages textes

Parmi les belles trouvailles de la production : l’utilisation de la voix d’une agente de bord d’Air Francoricain pour donner des directives aux spectateurs et l’apparition des paroles de Médailles sur les écrans comme s’il s’agissait d’un échange de messages textes entre Loud et Ajust.

Parmi les coups de cœur, les nouvelles Jamais de la vie, qui refuse la vie banale, et Longues vies, qui se veut un regard sombre, mais réaliste sur l’héritage hip hop et les rois du genre qui ont disparu. Mais, sans surprise, c’est encore Toutes les femmes savent danser qui a été saluée par les spectatrices avec le plus de fougue. Cette chanson est devenue la chanson hip-hop d’une génération de femmes, comme Girls Just Want to Have Fun de Cyndi Lauper fut la chanson pop d’une génération de jeunes filles il y a 30 ans.

Devenir immortel (et puis mourir) – avec les paroles qui défilent à toute vitesse sur les écrans – a été le dernier brûlot avant que Loud ne boucle la soirée avec Good Game, assis sur sa plateforme surélevée.

En définitive, bruyant, ce lancement-spectacle? Le plus Loud de l’histoire.

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