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La joute politique derrière les tarifs douaniers imposés par Trump au Mexique

Vue aérienne de camions de marchandises faisant la queue pour traverser vers les États-Unis depuis le Mexique à Tijuana, dans l'État de Basse-Californie.

Le Mexique et les États-Unis sont étroitement imbriqués sur le plan économique, avec une importante circulation de biens entre les deux pays.

Photo : AFP/Getty Images / Guillermo Arias

Julien McEvoy

Quel lien y a-t-il entre la question migratoire et les échanges commerciaux? Derrière cette question pourraient bien se cacher les réels motifs de l'administration Trump, qui vient d'imposer des tarifs douaniers à tous les biens importés du Mexique. Exploration.

« Le président américain ramène la question migratoire et de la frontière avec le Mexique à l’agenda politique de façon cyclique. Ça va demeurer un élément important de la campagne pour sa réélection », explique d’emblée Mireille Paquet, professeure de science politique à l’Université Concordia, de passage à Midi info, vendredi.

Mme Paquet est d’avis que trois raisons principales motivent Donald Trump dans ce dossier. D’abord, s’assurer de garder bien présente dans l’actualité la question de l’immigration illégale. Ensuite, jouer sur les peurs de sa base électorale, qui voit le libre-échange d’un mauvais œil, comme une façon de lui voler des emplois. Finalement, faire oublier le procureur Mueller et la sortie médiatique qu’il a réalisée cette semaine.

Une politique commerciale doit mener à de la stabilité, à de l’ouverture de marché, à sécuriser les mouvements de capitaux et le commerce, explique par ailleurs Richard Ouellet, professeur titulaire de droit international économique à l’Université Laval, invité par Gérald Fillion vendredi à RDI Économie.

« Les gens d’affaires, qu’ils soient d’une toute petite entreprise ou d’une très grande entreprise, ont besoin de savoir à quelles conditions on fait du commerce », dit-il.

Effectivement, si on se fie aux mouvements à la baisse observés sur les marchés boursiers vendredi, le président Trump est en train de créer beaucoup d’incertitude avec ses nouveaux tarifs douaniers.

L’ACEUM remis en cause?

« Je serais surprise que ça remette en question la ratification [de l’AECUM], poursuit Mme Paquet. C’est même possible que ce soit une crise fabriquée pour laquelle la Maison-Blanche a déjà une solution. »

Là où c’est intéressant, lance-t-elle, c’est que ceux qui prétendent vouloir arrêter le flux de personnes en provenance du Mexique se tirent dans le pied, puisque « la réalité, c’est que ces personnes sont le moteur de l’économie américaine : ils sont prêts à travailler à faible coût, ils permettent de soutenir l’économie de service, ils permettent l’accès à des biens plus accessibles pour l’ensemble des Américains ».

« Le Mexique est vraiment pris entre l’arbre et l’écorce; il vit des pressions considérables de par ces flux migratoires qui viennent d’Amérique centrale », indique la professeure de l’Université Concordia.

Le nouveau président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a été élu en promettant une approche plus ouverte et moins répressive, rappelle-t-elle. Il a donné aux migrants un accès à des permis de travail, mais le gouvernement a vite été débordé.

Du point de vue des élus, comme c'est le cas au Canada avec l’entente sur les tiers pays sûrs ou avec les personnes qui traversent la frontière de manière irrégulière sur le chemin Roxham, « les questions économiques tendent à primer sur la question migratoire, donc du côté du Mexique, l’idée est vraiment de s’assurer de la ratification de l’accord ».

La décision de Trump sur les tarifs peut par contre compliquer la ratification du traité au Mexique, insiste pour sa part le Pr Ouellet. « L’administration américaine a de plus en plus d’exigences à l’égard du Mexique, maintenant c’est en matière d’immigration, c’était auparavant sur le salaire minimum pour les travailleurs du secteur de l’automobile ou sur le relèvement des normes sociales et environnementales ».

La classe politique garde le profil bas et continue d'affirmer que la ratification va se faire sans trop de heurts, indique le professeur, mais la communauté d’affaires et une partie de la société civile commencent à trouver le président Trump bien exigeant.

Plus de réponses le 10 juin.

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