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Promesses et défis de la santé connectée

L'équipe de recherche, debout, dans un laboratoire muni d'ordinateurs.

Catherine Proulx, chercheuse au CNRC, travaille avec ses collègues à divers usages médicaux de la réalité augmentée. Observer un patient évoluer dans un environnement virtuel peut permettre une variété de diagnostics.

Photo : gracieuseté CNRC

Jean François Bouthillette

Les nouvelles technologies transforment rapidement le domaine de la santé. Or, si les appareils connectés, l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle sont autant de promesses de meilleurs soins, leur arrivée est néanmoins un casse-tête d'organisation et de sécurité.

La 5G, prochaine génération de technologies de télécommunication mobile, va permettre d’ici quelques années la transmission instantanée d’une masse inouïe de données. Dans le monde de la santé, déjà, on explore l’éventail des possibilités.

Des opérations faites à distance, dans les régions les plus reculées. L’utilisation des téléphones intelligents ou d’appareils médicaux connectés pour des suivis efficaces et personnalisés. Des algorithmes qui ajustent des traitements automatiquement, sur la base de lectures de glycémie ou de tension artérielle d’un patient en temps réel...

« Ces technologies sont déjà là, ou sur le point d’être prêtes », soulignait Di Jiang, chef du groupe de recherche en santé connectée au Conseil national de recherches du Canada (CNRC), lors d’un colloque organisé autour de ce thème à Gatineau, cette semaine, dans le cadre du 87e congrès de l’Acfas.

On voit une femme en sarrau assise devant un ordinateur. Elle a un stéthoscope autour du cou. Sur l'écran, on voit le visage d'un participant à une étude.

Les chercheurs du CNRC expérimentent déjà des interventions médicales à distance, ce que la 5G rendra plus accessible dans un avenir proche. Les patients des régions éloignées des grands centres pourraient en bénéficier, mais cela pourrait aussi permettre d’offrir certains soins à domicile, hors des hôpitaux.

Photo : gracieuseté CNRC

« À très court terme, affirme la scientifique, elles vont rendre possible un accès instantané à nos données médicales. Imaginez : les professionnels de la santé pourront voir nos signes vitaux, où qu’on soit, pour un suivi hors de l’hôpital. Un médecin pourra obtenir tout mon historique médical, même si j’ai été soignée en Australie. »

De quoi rendre le système plus efficace et réduire les risques d’erreur, croit la chercheuse. « On peut aussi penser que l’intelligence artificielle, par exemple, sur la base de toutes ces données disponibles, pourra aider les professionnels de la santé à faire de meilleurs diagnostics, s’enthousiasme-t-elle. Ça peut permettre d’aller vers une médecine personnalisée, sur mesure, pour chacun! »

Les scientifiques expérimentent déjà des plateformes de partage de dossiers médicaux électroniques, des systèmes permettant les suivis médicaux à distance. Au CNRC, on travaille aussi à utiliser la réalité augmentée pour l’aide au diagnostic.

On voit une jeune femme en train d'utiliser des lunettes et des manettes de réalité augmentée.

À Boucherville, une équipe du CNRC expérimente des lunettes de réalité augmentée capables de donner au professionnel de la santé un accès instantané à toutes sortes d’informations utiles, comme les signes vitaux, des avertissements d’allergies ou une liste de médicaments.

Photo : gracieuseté CNRC

D’autres chercheurs testent l’intérêt de la réalité virtuelle pour évaluer les capacités cognitives d’un patient vieillissant, par exemple. En observant son habileté à mener à bien une tâche comme faire les courses ou cuisiner dans un univers virtuel, on pourra déceler plus facilement certains problèmes qu’il est plus facile de cacher dans le bureau d’un médecin.

Évidemment, des défis se posent. Tous ces outils devront être accessibles aux utilisateurs, faciles à utiliser. Il faudra aussi les intégrer à un système de santé très complexe, un « système de systèmes » à l'intérieur duquel, déjà, les soignants, les laboratoires, les pharmaciens et les institutions peinent souvent à communiquer et à s’entendre.

Se préparer aux cyberattaques

Partager aussi facilement autant d’informations personnelles sur notre vie et notre santé, c’est aussi s’exposer à ce que toutes ces précieuses données tombent plus facilement entre les mauvaises mains. Des cyberattaques en tout genre sont à prévoir.

Avec l’équipe de recherche en cybersécurité du CNRC qu’elle dirige, Manon Gaudet s’emploie actuellement à imaginer tous les usages tordus qu’on pourrait vouloir faire de ces systèmes informatiques.

C’est que ces technologies sont pleines de promesses, mais potentiellement pleines de vulnérabilités aussi.

« Notre but, c’est de comprendre comment il serait possible d’attaquer ces systèmes-là, pour être en mesure de les défendre. »

On peut penser à des escrocs s’appropriant des données confidentielles, mais aussi à des attaques de type « rançongiciel » ou « déni de service », qui voient des pirates prendre en otage des serveurs ou des données importantes, voire vitales, et demander une rançon en échange de leur restitution.

On peut même imaginer des malfaiteurs particulièrement vicieux s’en prendre au fonctionnement d’appareils médicaux connectés. Trafiquer des appareils d’imagerie, des laboratoires… mais aussi des appareils implantés dans le corps d’un patient, précise Manon Gaudet.

« Quelqu'un pourrait essayer de manipuler la mémoire ou la batterie de ces appareils », lance celle dont le métier est d’imaginer, avant les bandits, les agressions les plus odieuses. « Imaginez ce qui se passerait si quelqu’un avait, implanté en lui, un stimulateur cardiaque, et qu’il était attaqué par un malware capable d’en drainer la batterie… »

« Il faut faire en sorte que la sécurité, la confidentialité, l’intégrité de ces systèmes, qui sont en construction à l’heure où l’on se parle, soient prises en compte avant qu’on ne les utilise à large échelle », espère la spécialiste.

Elle observe, cela dit, que le monde médical est malheureusement en retard sur d’autres secteurs en matière de protection contre les cyberattaques.

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