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Expulsé du Québec, un centre de désintox lié à la scientologie veut rouvrir en Ontario

La maison qui devait accueillir Narconon à Cambridge.

La maison qui devait accueillir Narconon à Cambridge

Photo : Narconon Cambridge

Gaétan Pouliot

Un centre de désintoxication lié à l'Église de scientologie tente de reprendre ses activités en Ontario, malgré la fermeture de son seul établissement au pays pour pratiques dangereuses. L'organisation se heurte pour l'instant à la réglementation municipale.

« Narconon Cambridge est maintenant ouvert à la communauté », annonçait l’organisation au début de mai dans un communiqué, présentant son programme de désintoxication « éprouvé » comme une solution à la crise des opioïdes qui frappe la région de Waterloo, à l’ouest de Toronto.

Toxicomanes et alcooliques pourront se soigner grâce à des « techniques naturelles » et à un « processus de désintoxication en profondeur », ajoutait-on.

Or, en 2012, le gouvernement du Québec avait ordonné la fermeture du seul centre Narconon au pays qui avait pignon sur rue à Trois-Rivières.

Présent dans plusieurs pays, Narconon offre des traitements basés sur les écrits du fondateur de l’Église de scientologie, L. Ron Hubbard. Ceux-ci ne sont pas reconnus par la science et constituent un « danger pour la santé ou la sécurité des résidents », avait conclu l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie.

La sudation des patients plusieurs heures par jour, combinée à une prise massive de vitamines inquiétait particulièrement les autorités.

Patients maltraités

Au surplus, Narconon Trois-Rivières avait soumis des patients à des pratiques humiliantes et à de l'isolement forcé tout en les exploitant financièrement, révélait Radio-Canada en 2014.

La Commission des droits de la personne en était venue à ces conclusions à la suite d'une enquête sur les pratiques de l'établissement.

L’une des victimes, le Britanno-Colombien David Love, s'insurge contre l’ouverture d’un nouveau Narconon au pays.

Je crois que Narconon est toujours un endroit dangereux pour se faire soigner ou pour y envoyer un être cher.

David Love, ex-patient de Narconon

« Pour beaucoup de toxicomanes et alcooliques, il n’y a pas que la lutte contre la dépendance. Il y a aussi la lutte contre la maladie mentale. Narconon n’offre pas de thérapies professionnelles pour ces troubles », dit M. Love, se basant sur son expérience au centre de Trois-Rivières où il a aussi travaillé.

Logo de Narconon à l'intérieur de la maison qui devait accueillir des toxicomanes.

Intérieur de la maison qui devait accueillir des toxicomanes à Cambridge.

Photo : Narconon Cambridge

Cambridge met les freins

Alertée par des citoyens « préoccupés », la Municipalité de Cambridge a procédé à une inspection des installations de Narconon et à diverses vérifications.

Résultat : la Ville interdit à l’organisation de mener ses activités. Un centre comme Narconon a besoin d’obtenir un permis du gouvernement ontarien ou d’avoir un financement provincial ou fédéral, a expliqué la Municipalité à Radio-Canada.

Si Narconon est capable de remplir ces critères, la Ville évaluera à nouveau la situation.

En entrevue au Cambridge Times, le directeur de Narconon Cambridge George Morfopoulos s'offusque des obstacles auxquels il faisait face, soulignant que son organisation est reconnue comme un organisme de bienfaisance au Canada.

M. Morfopoulos n’a pas répondu aux demandes d’entrevue ni aux questions de Radio-Canada.

Ce n’est pas la première fois que Narconon tente de prendre pied sur le territoire ontarien à la suite de son expulsion du Québec. En 2015, le groupe a tenté de convertir une résidence de Milton, en Ontario, en centre de désintoxication. La Municipalité avait refusé de lui octroyer un permis, invoquant ses règles de zonage.

Écrivez-nous

Si vous avez des informations concernant Narconon ou l’Église de scientologie, contactez notre journaliste : gaetan.pouliot@radio-canada.ca

La Panthère noire

À quelques kilomètres de la maison qui devait accueillir le centre de désintoxication de Cambridge se trouvent les locaux de l’Église de scientologie. Cette dernière dit soutenir le réseau international Narconon, tout comme d’autres programmes « humanitaires », indique le site web de la controversée organisation religieuse.

Radio-Canada a appris l'existence d’autres liens entre les deux organisations.

Des fonds ont été transférés, au moins une fois, de Narconon Trois-Rivières à l’Église de scientologie de Montréal. Il s’agissait d’un « cadeau » pour un projet immobilier qui devrait permettre aux scientologues d'emménager dans un immeuble historique au centre-ville de Montréal, explique aujourd’hui Monique Deneault, secrétaire du conseil d’administration de l’Église.

Façade de l’Église de scientologie de Montréal.

Les locaux de l’Église de scientologie de Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En 2008, à la suite d’une enquête journalistique, le gouvernement du Québec se disait préoccupé par la proximité entre les deux organisations et avait annoncé un meilleur encadrement des maisons de désintoxication.

À la suite de cet événement, Jean Larivière, porte-parole de l’organisation religieuse de Montréal, aujourd’hui décédé, avait prodigué des conseils au directeur de Narconon Trois-Rivières. Dans un courriel interne obtenu par Radio-Canada, il lui recommandait notamment de se rendre à Québec pour discuter avec des fonctionnaires du ministère de la Santé.

« Regarde ce que [L. Ron Hubbard] dit sur la manière de faire face à une Panthère noire! », écrivait-il, faisant référence aux enseignements du fondateur de l’Église de scientologie.

Grâce à la scientologie, « l’ennemi tombera dans l’apathie, tout comme [Philippe] Couillard qui a démissionné de l’un des postes les plus puissants qu’on peut occuper au Parlement!!! », se réjouissait le directeur de Narconon Trois-Rivières dans sa réponse, parlant de la démission du ministre un mois plus tôt.

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