•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le cinéaste québécois Jean-Claude Labrecque s'est éteint

Le cinéaste Jean-Claude Labrecque Photo: Corporation ACPAV inc.
Radio-Canada

Un des pionniers du cinéma québécois, Jean-Claude Labrecque, est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi, à l'âge de 80 ans. Il est reconnu pour avoir su porter à l'écran l'histoire contemporaine du Québec, et a notamment réalisé le documentaire À hauteur d'homme, en 2003.

Né le 19 juin 1938 à Québec, Jean-Claude Labrecque a réalisé une quarantaine de films et différentes téléséries en plus de 50 ans de carrière. Il a aussi assuré la direction photo de plus de 70 œuvres. Se promenant allègrement entre le documentaire et la fiction, son cinéma a souvent été marqué par des préoccupations historiques et politiques.

Mais avant de se consacrer à sa carrière de cinéaste, il s'est d'abord illustré comme caméraman, un des plus talentueux du cinéma québécois des années 60. Il a notamment participé aux productions À tout prendre, de Claude Jutra, Le chat dans le sac, de Gilles Groulx, The Ernie Game, de Don Owen, et La vie heureuse de Leopold Z., de Gilles Carle.

Ses contemporains soulignent son art de manier la caméra et son style, marqué par l'acuité du regard.

Le comédien Patrick Drolet a côtoyé Jean-Claude Labrecque sur le plateau de La neuvaine, de Bernard Émond, où il assurait la direction de la photographie. Il dit avoir appris énormément à ses côtés.

C’était un très très grand pédagogue, et ce qui est fantastique, c'est que je crois qu’il ne le savait pas.

Patrick Drolet

En entrevue à RDI, il a aussi souligné l’humilité du cinéaste, qui œuvrait pour les générations suivantes.

Lui, bien humblement, il faisait des films, réalisait des films, faisait la photographie des films, mais c’était [dans le but] de capter ce moment-là pour pouvoir laisser un legs à ceux qui nous suivront. Il n’y avait aucune prétention. C’était seulement un amoureux de l’être humain. C’était un très grand sociologue.

Le cinéma pour raconter le Québec

Considérant le cinéma comme un véritable véhicule de l'histoire du Québec, Jean-Claude Labrecque a signé les documentaires La visite du général de Gaulle au Québec (1967) et Les Jeux de la 21e Olympiade (1977). Avec Jean-Pierre Masse, il a été un temps professeur à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), où il a donné la parole aux poètes québécois dans trois longs métrages produits par l'Office national du film (ONF) : La nuit de la poésie 27 mars 1970, dans lequel on retrouve l'iconique Speak White, de Michèle Lalonde, La nuit de la poésie 28 mars 1980 et La nuit de la poésie 15 mars 1991.

Il a aussi réalisé L'histoire des trois (1989), portant sur un trio d'étudiants qui assiègent le bureau de Maurice Duplessis en 1958 pour revendiquer l'éducation gratuite, et 67 bis, boulevard Lannes (1990), sur la rencontre entre Claude Léveillée et Édith Piaf. André Mathieu, musicien (1993) et L'aventure des Compagnons de Saint-Laurent (1995), un regard sur le père Émile Legault, metteur en scène et dramaturge, s'ajoutent aussi à son répertoire impressionnant.

En 2002, Jean-Claude Labrecque dévoilait RIN, un documentaire qui retrace l'histoire du Rassemblement pour l'indépendance nationale. À travers les témoignages de Pierre Bourgault, d'André d'Allemagne et d'Andrée Ferretti, le film raconte l'épopée du premier parti politique souverainiste, qui a existé entre 1960 et 1968.

Monique Simard au micro de Catherine PerrinMonique Simard Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Il voulait tourner le Québec, a témoigné Monique Simard, qui a produit les films documentaires RIN et À hauteur d’homme, et qui était aussi une amie de Jean-Claude Labrecque. En entrevue à l'émission Le 15-18, elle a parlé d’un cinéaste au regard empli de tendresse, qui aimait les gens. Elle a aussi décrit le legs que le cinéaste voulait laisser aux Québécois.

C’est l’amour du Québec, et de son peuple, et de ses artistes. Quand je revois les films de Jean-Claude, ils ont très bien vieilli, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas vieilli.

Monique Simard

À hauteur d'homme

En 2003, son documentaire À hauteur d'homme, qui suit Bernard Landry à travers la campagne électorale, a une empreinte profonde sur l'image de l'homme politique au Québec. Le chef du Parti québécois y apparaît dans toute sa spontanéité, avec ses passions, ses colères, ses moments d'humour et ses travers. À hauteur d'homme montre aussi la lente, mais certaine descente dans la faveur de l'électorat du chef péquiste au cours de la campagne, du débat des chefs jusqu'à la défaite du 14 avril.

Le long métrage aborde la difficulté d'être politicien dans un monde hypermédiatisé et les écueils du journalisme politique. Saisissant, le documentaire de Jean-Claude Labrecque soulève les passions dans le monde politique et remet en question le rôle des médias. Il donne aussi toute la dimension de l'homme derrière le politicien, qui se révèle complexe et parfois attachant.

En entrevue à RDI, Chantal Renaud a raconté comment son mari, Bernard Landry, avait réagi en voyant le documentaire.

Bernard a pleuré de chagrin et de désespoir en voyant [le film] la première fois, a-t-elle dit. Il était très très triste de savoir qu’il n’est resté rien de son programme pour le Québec, [...] que le sujet n’était que la bataille entre Bernard Landry et la presse.

Elle a toutefois insisté sur l’importance de l’œuvre de Jean-Claude Labrecque.

[Sa mort] est un grand chagrin pour le Québec et pour la mémoire du cinéma.

Chantal Renaud, chanteuse, scénariste et veuve de Bernard Landry
Il est assis dans les gradins du stade Olympique, avec un air triste et songeur.Jean-Claude Labrecque Photo : Radio-Canada

Chantal Renaud a également souligné la discrétion du cinéaste, qui a suivi Bernard Landry et son entourage nuit et jour durant toute la campagne électorale. L’analyste politique Michel David, qui a rencontré Jean-Claude Labreque pour la première fois durant la campagne de 2003, avait fait la même observation.

Ce qui m’avait frappé à ce moment-là, c’est d’abord qu’il était d’une discrétion telle qu’on oubliait qu’on était filmé, a-t-il raconté.

Son documentaire À hauteur d’homme était bien plus que le récit d’une campagne électorale, a ajouté Michel David. M. Landry est sorti grandi de ce film-là.

La fiction pour expliquer l'histoire

Côté fiction, ses œuvres s'inscrivent également dans une forte perspective historique. Les smattes (1972) et L'affaire Coffin (1979) s'inspirent de faits divers authentiques, alors que Les vautours (1975) et Les années de rêves (1984) placent le destin du protagoniste dans le mouvement de l'histoire récente du Québec, de Duplessis à la crise d'Octobre. Dans le récit historique Anticosti au temps des Menier (1999), il raconte l'acquisition de l'île d'Anticosti en 1895 par le « roi du chocolat » en France, Henri Menier, qui en a fait son domaine de chasse et de pêche.

Les trois personnes sont assises sur des chaises sur un plateau de télévision.Le cinéaste Jean-Claude Labrecque, en entrevue avec René Homier-Roy et Marie Perreault, en 1977 Photo : Radio-Canada

Parallèlement, celui qui a notamment dirigé Lothaire Bluteau, Monique Mercure et Jean Coutu a continué à manier la caméra pour d'autres réalisateurs, entre autres Bernard Émond pour La femme qui boit (2001), présenté à Cannes.

En 1992, le gouvernement du Québec l'a fait lauréat du prestigieux prix Albert-Tessier, décerné pour l'ensemble de son œuvre et de sa carrière dans le domaine du cinéma.

Puis, en 2001, son fils Jérôme lui a consacré le documentaire Jean-Claude Labrecque, cinéaste contemporain, où il explore les 40 ans de carrière de son père grâce à de multiples archives, anecdotes et faits historiques qui racontent sa vie personnelle et éclairent sa démarche professionnelle.

Cinéma

Arts