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Uber prête à déployer ses vélos électriques sans ancrage à Montréal

Un vélo électrique rouge dans un parc.

Des centaines de « Jump » feront leur apparition dans les rues de Montréal au cours des prochaines semaines.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

C'est une petite révolution dans le domaine de la mobilité : des « centaines » de vélos électriques feront leur apparition « dans les prochaines semaines » à Montréal, qui deviendra la première ville canadienne à accueillir Jump, le service de bicyclettes motorisées sans ancrage d'Uber.

Le service a été présenté aux médias jeudi matin dans un parc du quartier Pointe-Saint-Charles, à deux pas des bureaux d'Uber à Montréal. La date du lancement officiel n'a pas été dévoilée, mais le service devrait être offert dès « les prochaines semaines », voire « les prochains jours », assure Jean-Christophe de Le Rue, directeur des affaires publiques d'Uber pour le Québec.

Les montures rouges de Jump seront rendues accessibles conformément à la nouvelle réglementation montréalaise sur « les véhicules non immatriculés en libre-service sans ancrage », adoptée par le conseil municipal le 15 avril dernier.

Ce nouveau règlement interdit le stationnement de vélos et de trottinettes électriques ailleurs que sur un support à vélo ou dans l'une des 43 zones qui seront créées spécialement pour ce type de service dans l'arrondissement de Ville-Marie cet été.

Il prévoit aussi que chaque exploitant sera responsable de déplacer ses véhicules qui entravent la voie publique ou qui sont mal stationnés. « Si l’exploitant faillit à sa tâche, la Ville se réserve le droit de procéder à sa place et de lui facturer les frais associés à l’enlèvement et l’entreposage des véhicules », annonçait l'administration en mars dernier. Ces amendes pourraient atteindre 2000 $ chacune en cas de récidive.

La nouvelle réglementation obligera en outre Uber à se doter d'un permis qui pourrait lui coûter jusqu'à 27 500 $.

M. de Le Rue dans un parc, près de trois vélos électriques du service Jump.

Jean-Christophe de Le Rue, directeur des affaires publiques d'Uber pour le Québec

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

À l'heure actuelle, Jump est déjà accessible dans une vingtaine de villes à travers le monde, surtout aux États-Unis.

Jean-Christophe de Le Rue se réjouit de ce que Montréal devienne la première ville canadienne à l'adopter. « Habituellement, c'était toujours Toronto qui recevait toutes les nouvelles innovations. Là, c’est la première fois que c’est Montréal qui est la première sur la liste. Parce que Montréal, c’est vraiment une ville de vélos. »

Je pense que c’est vraiment un résultat de l’ouverture de l’administration de Montréal.

Jean-Christophe de Le Rue, directeur des affaires publiques d'Uber pour le Québec

Bien que le nouveau règlement permette la mise en circulation de vélos électriques dans les 19 arrondissements de Montréal, les premières bicyclettes motorisées de Jump seront déployées au centre-ville, a spécifié M. de Le Rue.

Des négociations seraient également en cours avec Westmount afin de convaincre la Municipalité d'adopter une réglementation similaire à celle de Montréal.

La concurrence de Bixi

Selon M. de Le Rue, Jump sera « complémentaire » à Bixi, et ce, même si l'organisme sans but lucratif songe lui aussi à offrir un service de vélos électriques en élargissant le projet pilote qu'il a mené l'été dernier.

Le rapport de ce projet pilote a d'ailleurs été remis à la Ville, « qui devrait prendre une décision incessamment », a indiqué Christian Vermette, directeur général de Bixi Montréal.

Appelé à réagir à l'arrivée prochaine d'Uber dans le marché des vélos en libre-service, M. Vermette s'est dit convaincu que les usagers resteront fidèles à Bixi, qui a enregistré 5,3 millions de déplacements l'an dernier.

« Nous ne pouvons nier qu’il y aura un impact financier avec l’arrivée d’une entreprise comme Jump ou Lime, mais nous sommes confiants de l’efficacité de notre système », a-t-il déclaré dans un courriel transmis à Radio-Canada, soulignant que Bixi avait récemment ajouté à sa flotte 1000 vélos et 60 stations, pour un total de 7250 vélos et 600 stations sur le territoire montréalais.

La société Uber s'attend elle-même à un « transfert de clientèle ». À San Francisco, par exemple, son service principal, Uber X, a enregistré une baisse de la demande de 10 % après l'arrivée de Jump.

La guerre des prix

Alors qu'il faut débourser 2,95 $ pour un aller simple de 30 minutes en bixi, le coût de location d'un vélo électrique de Jump devrait s'élever à 30 cents la minute, soit 9 $ la demi-heure. Le prix sera donc trois fois plus élevé, mais les cyclistes pourront arriver plus vite à destination.

Aucuns frais fixes ne s'ajouteront aux trajets, promet Jean-Christophe de Le Rue. Des sanctions seront toutefois imposées aux utilisateurs qui omettront de garer leurs vélos conformément à la réglementation montréalaise. Les contrevenants pourront même être exclus.

M. de Le Rue se dit sensible aux préoccupations de la Ville, qui souhaite encadrer le service pour éviter les dérapages observés un peu partout dans le monde, comme à Paris.

« Chaque vélo doit être identifié avec une adresse web ou un numéro de téléphone où on peut signaler des nuisances », rappelle Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité au comité exécutif de la Ville de Montréal. « Les opérateurs ont deux heures, dans les heures ouvrables, pour venir régler le problème. Sinon, la Ville s'en occupe aux frais de l'opérateur. Dans tous les cas, on veut des opérateurs responsables basés à Montréal avec un service à la clientèle en français. La conséquence d'un opérateur qui ne respecterait pas les règles, c'est qu'il pourrait perdre ses permis. »

Fiche technique : un vélo électrique intelligent à pédalage assisté Jump...

  • est muni d'un moteur de 350 watts, alimenté par une batterie disposant d'une autonomie d'environ 60 km;
  • est équipé d'une connexion sans fil, d'un GPS actif et d'un système de cadenas intégré;
  • peut circuler à un maximum de 32 km/h, tant sur la route que sur une piste cyclable;
  • ne requiert aucun permis de conduire particulier.

Uber promet de mener une campagne de sensibilisation lors du lancement de son service Jump. Des casques de sécurité seront distribués gratuitement à cette occasion.

Une bicyclette motorisée Jump et un téléphone intelligent.

Les vélos électriques sans ancrage de Jump pourront être déverrouillés par l'application Uber. Celle-ci permettra en outre d'effectuer des réservations.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Pour utiliser un vélo Jump, il faudra inévitablement passer par l’application d’Uber. Le cadenas intégré du vélo se déverrouillera automatiquement lorsque l'usager numérisera le code QR de la monture à l'aide de son téléphone intelligent.

« On roule avec; on respecte le Code de la sécurité routière; on met son casque; et lorsqu'on a fini, on trouve un support à vélo qui est disponible, on verrouille le vélo avec le cadenas intégré, et c'est ainsi que la course est terminée », résume Jean-Christophe de Le Rue.

« Tant que le cadenas n'est pas fermé, la course continue et l'usager est tarifé », spécifie-t-il. « Et comme la tarification est à la minute, c'est un incitatif à bien verrouiller son vélo. »

Après les vélos, les trottinettes?

Uber souhaiterait par ailleurs lancer au cours de l'été un service de location de trottinettes électriques sans ancrage. Le cas échéant, la multinationale risque d'avoir de la concurrence, puisque l'entreprise Lime a déjà manifesté son intérêt pour le marché montréalais.

Depuis un mois et demi, l'organisme Destination Centre-Ville a même organisé une série d'activités pour offrir aux passants la possibilité de tester les trottinettes de Lime dans un environnement sécurisé. Un peu moins de 500 personnes les ont essayées, estime son directeur général, Émile Leroux. « Ça s'est très bien passé, a-t-il confié en entrevue, et les premiers retours des usagers étaient vraiment positifs, dans le sens où ils ont trouvé l'expérience très agréable. »

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement Legault, qui devra impérativement ajuster sa réglementation pour permettre à Uber et à Lime d'exploiter un service de trottinettes électriques à Montréal.

Émile Leroux se croise les doigts. « Moi, ce que j'espère, c'est que ce soit là avant le début de la période estivale. Ce ne sera pas là avant le Grand Prix de formule 1, mais ce sera, j'espère, avant la Saint-Jean. »

Au Canada, Lime offre déjà un système de vélopartage sans borne depuis l’automne dernier à Calgary, et la Ville de Winnipeg réalise une étude sur la faisabilité de l’implanter. Un projet pilote de trottinettes électriques se déroule également sur le campus de l'Université de Waterloo, en Ontario.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine et Jean-Sébastien Cloutier

Grand Montréal

Transports