•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Mexique joue l’apaisement face aux menaces du président Trump

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a lancé un appel au dialogue, vendredi, lors d'une conférence de presse tenue au Palais national, à Mexico.

Photo : Reuters / Henry Romero

Radio-Canada

L'intention de Donald Trump d'imposer des tarifs douaniers sur les importations mexicaines pour forcer le pays à contrer l'afflux de clandestins en sol américain est accueillie avec prudence à Mexico, et avec inquiétude par les investisseurs.

« Nous ne répondrons à aucune provocation, nous serons prudents avec les États-Unis », a commenté vendredi le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, avant d’appeler au dialogue et d’écarter toute mesure de représailles.

« Je pense que le président Trump va comprendre que ce n’est pas ainsi que les choses peuvent être réglées », a-t-il ajouté, en demandant aux Mexicains d'« avoir confiance ».

Nous surmonterons l'attitude du gouvernement des États-Unis. Ils procéderont à des rectifications parce que le peuple mexicain ne mérite pas d'être traité comme ils tentent de le faire.

Andres Manuel Lopez Obrador, président du Mexique

Le président mexicain a ajouté que son ministre des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, tentera de convaincre ses interlocuteurs à Washington que les tarifs douaniers ne sont dans l'intérêt ni du Mexique, ni des États-Unis.

Ce dernier a confirmé peu après qu'il se rendra bientôt dans la capitale américaine. « Le traitement [réservé] au Mexique est injuste, et ne fait aucun sens pour personne sur le plan économique », a-t-il écrit sur Twitter.

« Je vous informe que je ne veux pas la confrontation [...] Je propose d'approfondir le dialogue, de rechercher des solutions au problème de l'immigration », avait aussi argué le président Lopez Obrador dans une lettre envoyée jeudi à son homologue américain.

Dans cette missive, le président mexicain plaidait en outre que son pays assumait ses responsabilités en faisant tout pour empêcher le passage de migrants, tout en respectant les droits de la personne.

L'annonce américaine avait été précédemment qualifiée de « désastreuse » par le ministre adjoint des Affaires étrangères, Jesus Seade, qui est aussi le principal négociateur commercial mexicain. « Cette menace mise en oeuvre serait très grave [...] Si cela devait arriver, nous devrions réagir énergiquement », avait-il prévenu.

Des camions provenant de plusieurs endroits forment une longue file.

Des camions font la file pour entrer aux États-Unis à partir du World Trade Bridge, à Nuevo Lardeo, au Mexique, le 2 avril dernier.

Photo : Reuters / Daniel Becerril

Une menace pour le nouvel ALENA

L'administration Trump entend concrètement prélever des droits de douane de 5 % sur tous les produits importés du Mexique à compter du 10 juin, puis les augmenter jusqu’à 25 % le 1er octobre si le flux de clandestins n’est pas endigué.

Dans un tweet publié vendredi matin, le président Trump ne semblait guère enclin à faire machine arrière. Les tarifs seront imposés afin de forcer le Mexique à contrer non seulement l'immigration illégale, mais aussi le trafic de stupéfiants.

Le Mexique profite des États-Unis depuis des décennies. À cause des démocrates, nos lois migratoires sont mauvaises. Le Mexique [...] peut facilement régler ce problème. Le moment est enfin venu pour eux de faire ce qui doit être fait!

Donald Trump, président des États-Unis, sur Twitter

L’affaire n’est pas sans conséquence pour le Canada dans la mesure où elle survient au moment où la ratification du nouvel accord de libre-échange le liant au Mexique et aux États-Unis semblait être de retour sur les rails.

Ce processus avait connu une nouvelle impulsion il y a deux semaines, lorsque Washington a accepté de lever des tarifs douaniers imposés un an plus tôt aux importations canadiennes et mexicaines d’acier et d’aluminium.

Le Sénat mexicain avait d'ailleurs entrepris jeudi son étude de l'accord, en vue de sa ratification.

« Cette annonce surprise, qui intervient dans le sillage du tout récent nouvel accord ACEUM sur le commerce, était complètement inattendue, et elle pourrait bien remettre en cause tout l'accord », estime Michael Hewson, analyste de marchés financiers chez CMC Markets.

À Ottawa, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a cependant souligné que le président Lopez Obrador a lui-même réitéré vendredi « l'intention du Mexique » d'aller de l'avant avec le processus de ratification de l'accord. Elle s'est gardée de se mêler du dossier et n'a pas voulu dire si cela pourrait mener à une escalade qui, potentiellement, pourrait faire dérailler la ratification du traité par les trois pays.

La question des frontières, c’est un enjeu bilatéral, et nous respectons ce fait.

Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères
La statue de la « Fearless Girl » (fille sans peur) jette une ombre devant la Bourse de New York lors d'un jour de pluie sur Wall Street, à New York, le 23 mai dernier.

La statue de la « Fearless Girl » (fille sans peur) jette une ombre devant la Bourse de New York lors d'un jour de pluie sur Wall Street, à New York, le 23 mai dernier.

Photo : AFP/Getty Images / Johannes Eisele

Dur coup pour l'économie américaine

Les constructeurs automobiles et les agriculteurs seront de toute évidence les deux industries les plus touchées par la mesure, qui augmentera aussi les coûts pour les consommateurs et les entreprises américaines.

Les voitures construites aux États-Unis comptent évidemment un important pourcentage pièces étrangères, parfois plus de la moitié. Environ 44 % des pièces utilisées pour fabriquer la Chevrolet Silverado, par exemple, proviennent du Mexique, tandis que 10 % sont importées d'autres pays.

Quant aux importations agricoles en provenance du Mexique, elles s'élèvent 26 milliards $ US. Le Mexique est le plus important fournisseur agricole des États-Unis.

« Le président Trump s'en prend une fois de plus aux agriculteurs américains, s'attaquant à leurs moyens de subsistance alors qu'ils sont encore sous le choc de la perte de marchés d'exportation en Chine, en Europe et ailleurs en raison des tarifs douaniers précédemment imposés », a déclaré Rick Helfenbein, président et directeur général de l'American Apparel & Footwear Association, dans un communiqué.

En bout de ligne, ces tarifs sont désastreux pour l'économie américaine.

Rick Helfenbein, président et directeur général de l'American Apparel & Footwear Association

Même son de cloche du côté du gouverneur du Texas, Gregg Abbott, qui a réitéré vendredi son opposition aux tarifs douaniers et qui a du même souffle reproché au Congrès de ne pas avoir réussi à contenir le flux des immigrants sans papiers. « J'ai déjà exprimé mon opposition aux tarifs douaniers en raison du tort qu'ils causeraient à l'économie du Texas, et je m'y oppose toujours aujourd'hui, a-t-il écrit dans un communiqué. Néanmoins, le Congrès doit faire son travail et commencer à adopter des lois pour réparer notre système d'immigration brisé. »

La Chambre de commerce des États-Unis, qui fédère trois millions d'entreprises américaines, étudie pour sa part la possibilité de saisir les tribunaux du dossier, a fait savoir son vice-président, Neil Bradley.

Une source de CNBC, chaîne spécialisée dans les informations financières, affirme même qu'une poursuite pourrait être intentée contre la Maison-Blanche. Une décision à ce sujet est attendue lundi, a-t-elle précisé.

La même Chambre de commerce a publié une étude, vendredi, qui évalue à 17,3 milliards $ US le coûts pour les entreprises américaines de ces nouveaux tarifs de 5 %. L'étude se base sur la valeur totale des importations de biens de 2018 en provenance du Mexique vers les États-Unis, soit 346,5 milliards $ US.

À terme, avec des tarifs douaniers à 25 %, le coût serait de 87 milliards $ US.

CNBC rapporte également que le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, et le représentant américain du commerce, Robert Lightizer, étaient en désaccord avec la décision du président Trump.

Des centaines de personnes attendent dans un espace situé en plein air.

À Tapachula, ville mexicaine située près de la frontière avec le Guatemala, des milliers de migrants provenant d'autres pays d'Amérique centrale espèrent obtenir un visa pour pouvoir poursuivre leur route vers les États-Unis. Le Mexique tente plutôt de les convaincre de prendre un permis de travail.

Photo : La Presse canadienne / AP/Marco Ugarte

Les conséquences potentielles d’un nouveau conflit entre le Mexique et les États-Unis, deux économies interreliées, n’échappent pas aux investisseurs, dont les inquiétudes se reflètent sur les marchés.

Les principales bourses européennes ont terminé en baisse, en raison de ces tarifs douaniers annoncés, mais aussi de la décision de l'annonce d'une contraction de l'activité manufacturière en Chine.

Le CAC 40 a terminé s'est repliée de 0,79 %, le Footsie britannique a perdu 0,78 % et le Dax allemand a reculé de 1,47 %.

Aux États-Unis, le Dow Jones et le NASDAQ étaient en baisse d'environ 1 % en début d'après-midi, tandis que le TSX de Toronto cédait 0,4 %.

Le peso mexicain a aussi perdu de la valeur depuis que l'annonce de l'administration Trump a été faite.

Pas encore fait

Il n'est pas certain que la menace brandie par le président américain sera bel et bien mise en oeuvre. Fin mars, Donald Trump avait menacé de fermer la frontière américano-mexicaine, avant de reculer.

La lutte contre l'immigration illégale est un des thèmes de prédilection du président américain, qui n'hésite pas à l'utiliser pour stimuler ses partisans.

Cette volonté, établie dès le lancement de sa campagne présidentielle en 2015, est notamment revenue à l'avant-scène à l'approche des élections de mi-mandat, l'automne dernier.

Elle a aussi été au coeur du bras de fer qui a entraîné une paralysie partielle du gouvernement américain pendant 35 jours l'hiver dernier.

La menace d'imposer des tarifs douaniers « ressemble plus à du théâtre et à des tactiques qu'à une stratégie pour résoudre la crise migratoire et rééquilibrer les échanges commerciaux nord-américains », croit d'ailleurs un spécialiste américain du commerce international, Daniel Ujczo.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

Politique internationale

International