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La dernière clinique pratiquant des avortements au Missouri reste ouverte pour le moment

La docteure Colleen McNicholas est assise sur une table de travail dans une salle de traitement de la clinique.

La Dre Colleen McNicholas pratique des avortements à la clinique Reproductive Health Services de Saint Louis, au Missouri, qui est menacée de fermeture.

Photo : Reuters / Lawrence Bryant

Agence France-Presse
Mis à jour le 

La justice américaine a octroyé vendredi un répit à l'unique clinique du Missouri pratiquant des avortements, à quelques heures de l'expiration de sa licence, empêchant cet État de devenir le seul des États-Unis sans accès à l'avortement.

Le juge Michael Stelzer a ordonné de maintenir les activités de la clinique de Saint Louis, dans le centre du pays, en attendant une décision sur le fond dans le conflit qui l'oppose aux autorités du Missouri.

« C'est une victoire pour les femmes du Missouri, mais la lutte n'est pas terminée », a immédiatement commenté Leana Wen, la présidente de la puissante organisation Planned Parenthood qui gère la structure.

« Il ne faut pas rêver, ce n'est pas fini », a poursuivi Melissa Tschampel venue célébrer la décision devant la clinique avec des dizaines de militants pro-avortement soulagés.

« Il faut continuer à nous battre et à nous faire entendre », a ajouté cette coiffeuse de 48 ans, qui a eu recours à l'avortement dans sa jeunesse et estime que ce choix ne regarde personne.

Les opposants à l'avortement, qui s'étaient massés devant le centre de soins vendredi matin, se sont eux évaporés à l'annonce de la décision. « Je suis très déçue », a confié avant de partir Mary Maschmeier, du groupe Defenders of the Unborn.

« Mais ce n'est pas fini, on va rester mobilisés », a-t-elle également promis.

La prochaine étape de la bataille ne tardera pas : le juge a fixé une nouvelle audience dès mardi matin.

En attendant, Planned Parenthood a souligné que « l'accès à l'avortement restait vulnérable dans le Missouri et le reste des États-Unis ».

Plusieurs États conservateurs se sont en effet lancés dans une attaque en règle contre le droit à l'avortement, pourtant garanti depuis 1973 par la Cour suprême des États-Unis.

La haute juridiction permet aux États d'encadrer la pratique de l’avortement, à condition qu'ils n'imposent pas de « fardeau injustifié » aux patientes.

Cette disposition est interprétée très différemment d'un État à l'autre.

Plusieurs États du centre et du sud du pays ont, au fil des ans, imposé de nouvelles conditions aux cliniques, si bien que six d'entre eux n'ont plus qu'une structure pratiquant des avortements, par rapport à plus de 150 en Californie.

Dans le Missouri, les législateurs ont notamment exigé que les médecins soient affiliés à un hôpital et pratiquent des examens du périnée, même en cas d'avortement par médicaments.

Le gouverneur républicain Mike Parson s'est félicité récemment que le nombre d'avortements soit passé « de 20 000 à 3000 » dans son État, où vivent six millions de personnes.

Il accuse désormais la clinique de Saint Louis, la dernière en exercice, d'avoir « violé volontairement et à plusieurs reprises les lois de l'État ».

Les autorités sanitaires disent avoir découvert des « lacunes » lors d'une inspection de routine en mars et exigent d'interroger tous les médecins ayant pratiqué des avortements au cours de l'an passé dans la structure.

Elles refusent de renouveler la licence de la clinique, qui devait expirer vendredi à minuit, tant que ces docteurs ne se seront pas fait entendre.

Mais certains refusent de s'y plier sans savoir ce qu'on leur reproche.

« Je les ai rencontrés, mais je ne connais toujours pas le motif de leurs inquiétudes », a relevé lors d'une conférence de presse le docteur David Eisenberg, responsable des équipes médicales de Planned Parenthood dans la région de Saint Louis.

Pour lui, il s'agit d'« un jeu politique » qui se déroule « au détriment des patientes ».

Ce bras de fer intervient alors que le Missouri vient d'adopter une nouvelle loi qui interdit d'avorter après huit semaines de grossesse, quand bien même la Cour suprême a posé la limite à la « viabilité du foetus », soit vers 24 semaines.

Sept autres États, dont la Louisiane jeudi, ont, eux, fixé l'interdiction au moment où les « battements de cœur » du foetus sont détectables, soit vers six semaines.

L'Alabama est allé encore plus loin en interdisant tous les avortements, même en cas de viol ou d'inceste.

Ces lois ont toutes les chances d'être invalidées en justice puisqu'elles contredisent la jurisprudence de la Cour suprême.

Mais pour leurs promoteurs, l'enjeu est ailleurs : ils prévoient des recours en cascade pour faire revenir le sujet devant le temple du droit américain, dans l'espoir que ce dernier revienne en arrière.

Ils misent sur l'arrivée de deux juges nommés par le président Donald Trump, qui ont cimenté l'institution dans le camp conservateur.

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