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Acfas : le recours au privé en soins à domicile préoccupe une universitaire

Une infirmière tient dans ses mains celles d'une patiente

L'État a de plus en plus recours à la sous-traitance pour répondre à la demande en matière de soins à domicile.

Photo : iStock

Angie Bonenfant

Des données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) révèlent que non seulement les services de soins à domicile dispensés au Québec ont explosé, bondissant de 56 % de l'année financière 2013-2014 à 2018-2019, mais que l'État a de plus en plus recours à la sous-traitance pour prendre soin des gens chez eux.

Correction :

Une version précédente de ce texte indiquait que les services de soins à domicile dispensés au Québec avaient explosé, bondissant de 35 %. Le pourcentage exact est plutôt de 56 %. Il avait aussi été mentionné que les heures d'aide à domicile assumées par le secteur privé ont crû de 44 %, alors qu'il s'agit plutôt d'une hausse de 78 %.

Les chiffres du MSSS ont été rendus publics, en primeur hier, par Louise Boivin, professeure au Département des relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), lors du congrès de l’Acfas, qui se tient à Gatineau jusqu’au 31 mai.

Les données compilées par Mme Boivin indiquent que plus de 15,6 millions d'heures de services à domicile ont été dispensées en 2018-2019 au Québec. C'est une augmentation de 5,6 millions d'heures par rapport à il y a cinq ans.



Si les heures d'aide à domicile accomplies par les employés de l'État ont été relativement stables de l'année financière 2013-2014 à 2018-2019, passant de 2,96 à 3,08 millions d'heures, celles assumées par le secteur privé ont explosé, passant de 7 millions à 12,5 millions d'heures. Il s'agit d'un accroissement de 78 %.

Ainsi, les données révèlent que les services de soins à domicile sont majoritairement prodigués par des prestataires privés. En 2018-2019, ils ont offert 80 % des services, tandis que les auxiliaires employés par l'État québécois se sont chargés du reste.

Les chiffres traduisent un phénomène de privatisation massive des services d’aide à domicile , s’inquiète Mme Boivin, qui souligne que la proportion des services offerts en sous-traitance a fait un bond de 10 % depuis 2013-2014.

Quand je voyais certains chiffres, le recours au privé me semblait catastrophique.

Louise Boivin, professeure au Département des relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais

Les heures de services dans le secteur public sont demeurées constantes au Québec, mais on remarque qu’il y a une augmentation de la part des heures d’aide à domicile dans le secteur privé qui est très importante.

Par exemple, la participation du privé dans le programme de Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA), entre 2013-2014 et 2018-2019, est passée de 27 % à 54 %. Cette part des services offerts par les prestataires privés a doublé littéralement au Québec , fait-elle remarquer.

Des employés vulnérables

Pendant que le secteur public se retire progressivement de la prestation des services d’aide à domicile et que le secteur privé occupe une place plus importante, la profession d’auxiliaire, elle, se précarise, estime Louise Boivin.

Ce qui est préoccupant, c’est que les conditions de travail et de salaire sont totalement différentes et inférieures dans le secteur privé par rapport au public , explique-t-elle.

On sait que les droits de représentations collectives à la syndicalisation et à la négociation de ces conditions de travail et de salaire ne peuvent pas être exercés par la grande majorité du personnel chez les prestataires privés d’aide à domicile.

La semaine des sciences à Radio-Canada

Mme Boivin rappelle que les fournisseurs privés d’aide à domicile sont souvent en concurrence et engagés dans une course « du plus bas soumissionnaire ». Cette compétition malsaine est un peu le résultat de la réforme du réseau de la santé entamée sous le précédent gouvernement libéral, blâme-t-elle.

On essaie de réduire au maximum les coûts, d’augmenter au maximum la performance et la productivité, c’est une logique appliquée dans l’industrie automobile qu’on a élargie aux services de santé et aux services sociaux.

Et cela se fait au détriment du patient qui en paie les frais, rappelle la professeure.

Les services qui sont dispensés par un personnel qui travaille souvent à temps partiel, à très faible salaire et dont les formations sont beaucoup plus restreintes que celles du personnel du secteur public [font en sorte que c’est] la qualité des services qui va s’en ressentir et c’est la santé même des travailleurs et travailleuses qui dispensent les services dans le secteur privé qui s’en ressent aussi , tranche Mme Boivin.

Ottawa-Gatineau

Science