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Intégration des immigrants : les communautés religieuses plaident pour une meilleure inclusion dans les politiques

Un homme dans une église pose pour la caméra.
L'abbé Jacques Kabasu Bamba est vicaire de la paroisse Sainte-Marie d’Orléans, à Ottawa. Photo: Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi
Godefroy Macaire-Chabi

Si elles sont jugées utiles et incontournables aux yeux de certains immigrants dans leur processus d'intégration, les communautés religieuses ont en revanche l'impression que ce rôle n'est pas reconnu par les instances politiques. Elles souhaitent aujourd'hui que leurs contributions à cet égard soient appréciées à leur juste valeur.

Des fois, il y a un manque d’information par rapport à ce que l’église apporte à la société, se désole le pasteur Mathieu Turpin, du Centre Réveil international à Ottawa.

Un homme et une femme posent pour la caméra. Mathieu et Vanessa Turpin du Centre Réveil international à Ottawa Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Selon lui, souvent on entend des rapports négatifs sur l’église, alors qu’il est tout à fait possible de développer des programmes publics avec les institutions religieuses pour renforcer le travail d’intégration des immigrants, sans que cela s’assimile à une aide directe aux églises.

Ça prend tout un village pour élever un enfant, donc on ne peut pas dissocier les communautés religieuses des offres de service en tant que tel; il faut travailler de concert.

Hayet Laggoune, responsable du Centre islamique de l’Outaouais

À certains égards, ce genre d’initiative existe, mais demeure encore embryonnaire. Par exemple, lors de l’arrivée des réfugiés syriens, les responsables du Centre islamique de l’Outaouais ont offert du renfort à un CLSC de la région pour faciliter la communication avec les personnes de confession musulmane parlant l’arabe.

Une femme regarde à l'horizonHayet Laggoune, responsable du Centre islamique de l’Outaouais Photo : Radio-Canada / Godefroy Macaire-Chabi

Mais il y a lieu de passer à une vitesse supérieure, fait remarquer la présidente du centre, Hayet Laggoune, plaidant pour une reconnaissance officielle du travail des communautés religieuses. Mieux, elle souhaite que soit créée une passerelle entre les différents acteurs.

Ça ne peut pas être que les services officiels qui vont soutenir [les immigrants] on est comme toute une communauté, affirme-t-elle.

L’église, un lieu de transition

Il faudrait d’ailleurs considérer l’église comme un canal important, juge l’abbé Jacques Kabasu Bamba, vicaire de la paroisse Sainte-Marie d’Orléans, à Ottawa.

Le pasteur Mathieu Turpin mentionne à cet égard que plusieurs personnes projetant de s’installer dans la région suivent les activités de son église sur le web depuis leur pays, ce qui leur assure un premier contact une fois sur place.

Ils nous connaissent par notre nom en arrivant, donc ça, c’est un facteur d’intégration. Ils savent qui ils vont rencontrer, a-t-il précisé.

Arrivés ici, ils viennent nous saluer, ils se sentent déjà un peu à la maison.

Mathieu Turpin, pasteur

Mais ce caractère hospitalier des communautés religieuses nécessite parfois des moyens pour faire face au flux important des demandes, note Mme Laggoune.

Dernièrement, son centre a reçu beaucoup d’appels de personnes venant de l’ouest du Canada et désirant s’installer dans la région de la capitale nationale pour travailler ou étudier.

Elle déplore un manque de ressources humaines et financières pour répondre à ces besoins qu’elle qualifie de criants. Son souhait : mettre sur pied un comité permanent pour affronter cette réalité.

Tout en reconnaissant le rôle crucial des communautés religieuses dans l’intégration d’immigrants au pays, le député libéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, doute de la nécessité d’implanter des mesures additionnelles pour aider les groupes communautaires religieux.

On peut continuer de la même façon. Je ne pense pas que c’est nécessaire de prendre des mesures spéciales ou extraordinaires pour accommoder [les communautés religieuses], croit le député fédéral, lui-même fils d'immigrants.

Greg Fergus discute avec Philippe Marcoux à l'émission Les matins d'ici.Greg Fergus, député fédéral de Hull-Aylmer Photo : Radio-Canada / Vanessa Costa

Améliorer l’engagement des immigrants

Une étude réalisée en mai 2018 dans trois sites, dont une église chrétienne d’Ottawa, révèle que la participation aux activités communautaires est un facteur d’intégration des individus dans la société.

Luisa Veronis, de l’Université d’Ottawa, et Suzanne Huot, de l’Université de la Colombie-Britannique, se sont intéressées au cas des immigrants d’expression française en milieu minoritaire.

Même s’ils viennent de pays différents, parlent parfois des langues différentes et ont des accents différents, à travers la communauté religieuse, ces personnes trouvent un lien ou certaines valeurs qu’elles partagent.

Luisa Veronis, professeure de géographie, environnement et géomatique à l'Université d'Ottawa

Elles ont constaté que ces personnes ont démontré le besoin de mieux s’intégrer dans la société et la nécessité de se rendre utiles pour la communauté en général, en participant à des actions bénévoles.

Luisa Veronis, Directrice des Etudes Supérieures et Professeure agrégéeLa professeure Luisa Veronis Photo : uottawa.ca

Ça permet en fait de briser certaines des barrières qui les empêchent de développer des réseaux sociaux, des réseaux professionnels, des réseaux culturels, a analysé la professeure Veronis. Pour les gouvernements, c’est d’inclure les communautés religieuses dans le paysage institutionnel des services d'établissement afin d’établir des liens pour diffuser l'information adéquate et pertinente qui peut être utile aux nouveaux arrivants.

Cela permettrait notamment d’atteindre les nouveaux arrivants très isolés, qui n’arrivent pas à utiliser les ressources pourtant préparées pour les aider, dans des domaines tels que l'emploi, l’éducation, la santé, l’apprentissage des langues ou l'accréditation des acquis.

Ne pas être naïf

Luisa Veronis réfute toutefois l’idée selon laquelle toutes les communautés religieuses apportent une réponse efficace au besoin d’intégration des immigrants.

Ça dépend des groupes religieux ou des communautés, éclaire-t-elle. Tout le monde n’est pas forcément bienveillant.

Elle précise que certaines communautés n’ont pas les outils et l’expérience nécessaires pour intervenir efficacement auprès des nouveaux arrivants.

Ces communautés religieuses, surtout si elles ont moins d'expérience ou sont plus petites, n’ont pas forcément les bonnes informations et ne savent pas très bien comment la loi ou les politiques d’immigration fonctionnent, fait-elle valoir.

Ça dépend des communautés religieuses, ça pourrait causer des problèmes de toutes sortes : moraux, religieux, sociologiques.

Luisa Veronis, professeure de géographie, environnement et géomatique à l'Université d'Ottawa

La chercheuse craint aussi que certaines communautés ne s’isolent des objectifs de départ. Elle voit un avantage indirect à monter des programmes de financement spécifiques et des partenariats : éviter de créer des ghettos, ces situations où des communautés isolées se regroupent autour d’un centre religieux qui va être fermé au reste de la société.

Croyances et religions

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