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Nojoumian rencontre Richard-Hamelin : prélude à une grande carrière?

Le pianiste Charles Richard-Hamelin et le jeune prodige d'origine iranienne Kian Nojoumian Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Radio-Canada

Kian Nojoumian est un jeune pianiste iranien de 16 ans. Il jouait sur un piano public après son déménagement à Montréal, jusqu'à ce qu'un producteur de Broadway lui offre un clavier. Son histoire a aussi touché Charles Richard-Hamelin, l'un des spécialistes de Chopin les plus respectés du Québec, qui a accepté de le rencontrer.

Un texte de Mathieu Prost

Les élans de générosité se multiplient pour Kian. Après le geste de Jason Howland, compositeur récompensé d'un Grammy, c'est Charles Richard-Hamelin qui lui offre un moment unique : l'occasion de jouer ses compositions sur un grand piano à queue.

« J'admire tellement les musiciens comme toi, qui peuvent non seulement composer, mais aussi improviser. » Le compliment est formulé par celui qui vient d'enregistrer deux concertos de Chopin sous la direction de Kent Nagano, avec l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

D'emblée, M. Richard-Hamelin se veut protecteur.

« C'est difficile, aujourd'hui, dit-il. Dès que quelqu'un a un peu de talent, on veut le pousser sur toutes les scènes. Et, bien souvent, ils ne sont pas prêts ou sont brûlés très vite. »

Il lui fait d'ailleurs une confidence : « Quand j'ai commencé le piano, à 5 ans, je n'aimais pas tellement ça. Mais j'étais plutôt bon. Et quand on est doué dans quelque chose, on peut s'en sortir avec de bons résultats et peu de travail! »

Manifestement, Kian Kojoumian a de la facilité. Il n'a reçu qu'une formation de trois mois, juste avant de quitter Téhéran pour Montréal, fin 2018.

C'est admirable qu'il ait fait tout ce bout de chemin là pratiquement tout seul. Il y a quelque chose dans sa musique qui fait qu'il connecte avec les autres. Il ne doit pas perdre ça. Il faut qu'il trouve quelqu'un qui puisse juste l'alimenter.

Charles Richard-Hamelin
Kian Nojoumian interprète une variation sur l'op. 28 no 4 de Chopin. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils partagent une certaine humilité et l'amour du piano, mais leurs profils sont très différents.

Le natif de Lanaudière a tout mis en œuvre pour devenir un pianiste de concert hors pair.

Le jeune Iranien ne jure que par l'art de l'improvisation et la création de ses propres œuvres.

Kian se pose d'ailleurs une question sur la vie de pianiste que mène Charles Richard-Hamelin : « Je me demandais si ça ne devenait pas répétitif ».

« Tu veux dire, le fait de jouer toujours les mêmes œuvres? »

« De jouer toujours du Chopin, par exemple. »

« Ce n'est pas comme un enregistrement, explique M. Richard-Hamelin. Les partitions, ce sont des indications. Mais il y a beaucoup de place à l'interprétation. Je détesterais mon métier s'il consistait à venir sur scène pour toujours jouer la même chose. Et il y a beaucoup d'influences extérieures. Tout dépend du lieu, du type de piano, du public et même de ce que tu as mangé ce jour-là! »

Et puis, dans une carrière, outre le talent et le travail, il y a le facteur chance.

C'est décisif de savoir saisir les occasions. Mais l'essentiel, c'est d'être prêt quand la chance frappe à la porte. Dans mon cas, ça a été la compétition Chopin.

Charles Richard-Hamelin

C'était en 2015. Il est arrivé deuxième au prestigieux concours international de Varsovie, ce qui l'a propulsé à l'avant-plan.

« Moi, on me connaît un petit peu plus aujourd'hui, mais c'est à 26 ans que j'ai commencé à être sur la scène. Pas à 16 ans! Je n'aurais pas été prêt, à cet âge-là », admet-il.

Pour l'instant, c'est un concours de circonstances qui a permis à Kian Nojoumian d'attirer l'attention. Plusieurs personnes au bon endroit, au bon moment, pendant son premier printemps pluvieux à Montréal. Il a composé un morceau dédié à Maddy Samaddar, qui l'a repéré au Palais des congrès, et à Jason Howland, qui lui a offert un clavier.

Cette composition, Rain, il a pu la jouer sous le regard de Charles Richard-Hamelin.

Kian Nojoumian interprète « Rain ». Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Réaction : « Bravo, c'est beau. Ça me rappelle Satie, un peu. Il y a beaucoup d'ambiance dans ce que tu fais, tu aimes les atmosphères. »

Ce qui ne l'empêche pas de prodiguer quelques conseils à l’adolescent : utiliser davantage de gradation avec les pédales, ne pas superposer le même schéma entre la main droite et la main gauche.

Du haut de ses 16 ans, Kian ressort déjà grandi de cette première expérience sur un Steinway, guidé par un pianiste de renom.

« C'est tellement un beau message qu'il envoie à sa génération, estime Charles Richard-Hamelin. Il y a sûrement plein de jeunes qui ont un piano à la maison et qui ne l'ont jamais touché, pour qui c'est juste un beau meuble. Lui, il n'en avait pas et il avait besoin d'en trouver un pour faire sa musique... »

Il a aussi trouvé des oreilles attentives.

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