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  • Archives
  • Il y a 30 ans, le mouvement étudiant chinois était écrasé sur la place Tiananmen

    Un homme se place devant les blindés sur la place Tiananmen.
    Le 4 juin 1989 a eu lieu le massacre de la place Tiananmen à Pékin. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 4 juin 1989, l'Histoire s'écrit en lettres de sang. En Chine, le gouvernement a fait massacrer les étudiants contestataires qui occupaient la place Tiananmen. Les journalistes de Radio-Canada observaient la crise politique qui a précédé cette tuerie et ont tenu informés, après son déroulement, les Canadiens sur un événement clé de l'histoire des 30 dernières années.

    À l’aube ce matin, les rues de Pékin ressemblaient à une zone de guerre. L’armée tirait. Les citoyens mouraient toujours.

    Tom Kennedy, correspondant de Radio-Canada en Chine

    Massacre sur la place Tiananmen

    Téléjournal, 4 juin 1989

    C’est avec ces trois phrases que le correspondant Tom Kennedy commence son reportage présenté au Téléjournal le 4 juin 1989.

    Son reportage inclut des images insupportables. Au petit matin, pendant plusieurs heures, les soldats de l’armée populaire de libération tirent sur les étudiants qui contestent le régime.

    Les blindés pour leur part écrasent les tentes où logent ces derniers sans se préoccuper de savoir si celles-ci sont vides.

    Lorsque le matin sur lève sur Pékin, Tom Kennedy constate que les hôpitaux et les morgues débordent.

    Les victimes sont nombreuses, car ce ne sont pas seulement les étudiants qui occupaient la place Tiananmen que vise l’armée. La population pékinoise a tenté d’empêcher les soldats d’arriver sur les lieux.

    On ne saura jamais vraiment combien de tués et de blessés il y a eu ce jour-là.

    Pendant quelques jours, la situation est très instable dans l’ensemble de la Chine. Mais ultimement, même s’il a eu très peur, le Parti communiste chinois (PCC) rétablit son monopole du pouvoir dans le pays.

    Comment en est-on arrivé à une telle situation?

    Un mort qui réveille les aspirations démocratiques

    En ce début de printemps, un vent de contestation se met à souffler sur le PCC au pouvoir sans partage depuis 1949.

    Téléjournal, 22 avril 1989

    Le 22 avril 1989, comme le rappelle le correspondant Georges Tremel dans un reportage présenté au Téléjournal ce jour-là, se déroulent les funérailles de l’ex-secrétaire général du PCC Hu Yaobang.

    En 1987, le haut dignitaire avait été limogé de son poste, car il se montrait favorable à l’idée d’une ouverture politique de la part du PCC.

    L’ancien dirigeant était vite devenu une idole parmi les Chinois – tout particulièrement les étudiants – qui aspiraient à la démocratie.

    Aux funérailles de Hu Yaobang, 100 000 étudiants lui rendent hommage et profitent de la cérémonie pour réclamer au gouvernement des réformes politiques.

    Comme le dit le correspondant Georges Tremel, ce jour-là, « le mouvement étudiant chinois est redevenu une force politique ». Voilà de quoi inquiéter le régime communiste déjà aux abois.

    Une visite qui inquiète

    Si le mouvement de contestation étudiante inquiète les autorités chinoises à ce point, c’est que la demande de démocratisation en Chine est renforcée par le contexte international.

    En Europe de l’Est, le monopole du pouvoir des partis communistes est de plus en plus contesté.

    En février 1989, en Pologne, le gouvernement communiste a dû accepter de négocier avec l’opposition dirigée par le syndicat Solidarité.

    Pratiquement au même moment, les autorités communistes de Hongrie ont accepté l’idée même du multipartisme.

    Les autorités chinoises regardent aussi d’un œil très méfiant les réformes inaugurées par le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev depuis 1985.

    Le programme réformateur de Gorbatchev est une inspiration pour les étudiants chinois.

    Or, celui-ci s'apprête à entreprendre une visite officielle en République populaire de Chine à la mi-mai 1989. Les dirigeants de Pékin ont des sueurs froides seulement d'y penser.

    Première édition, 17 mai 1989

    Le 17 mai 1989, le correspondant Georges Tremel rend compte dans un reportage présenté à l'émission Première édition de la visite du président soviétique en Chine.

    Lorsque Mikhaïl Gorbatchev rencontre le numéro un chinois, Deng Xiaoping, un million de Chinois se trouvent près de la place Tiananmen.

    Ils exigent la démocratie, vilipendent Deng Xiaoping et jurent de mourir pour leurs idéaux.

    Vers un affrontement final

    Les semaines qui suivent le départ du président Gorbatchev voient une intensification de la mobilisation étudiante.

    Des grèves de la faim sont organisées de même que l’occupation d’espaces publics, comme la place Tiananmen.

    Téléjournal, 30 mai 1989

    Le 30 mai 1989, comme le rappelle le reportage du correspondant Georges Tremel présenté au Téléjournal, les étudiants dévoilent sur la place Tiananmen une statue en papier mâché.

    C'est une réplique de la statue de la Liberté de New York. L'allusion pour le régime communiste est très claire.

    Georges Tremel note que les autorités n’ont rien fait pour empêcher le cortège qui a amené la statue sur la place ni même interdit sa construction. Le pouvoir semble hésiter.

    Il y a un flottement au sujet de ce qui doit être fait avec le mouvement de contestation. Ce flottement ne durera pas.

    Quelques jours plus tôt, les tenants de la ligne dure ont gagné la partie au sein du PCC.

    Le 19 mai 1989, la loi martiale est décrétée.

    Il faut quelques jours pour amener des provinces les centaines de milliers de soldats qui doivent briser le mouvement de contestation sur la place Tiananmen et contrôler Pékin.

    Au petit matin du 4 juin 1989, l’armée s’active pour déloger les étudiants de l’emblématique place.

    L’événement ne sera pas commémoré aujourd’hui en Chine.

    Les autorités communistes l’ont tout simplement banni des livres d’histoire ou des médias sociaux.

    La plupart des Chinois ont encore trop peur pour en rallumer le souvenir.

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