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Et si l’argent poussait dans les arbres

Vue des immeubles du centre-ville de Montréal et des arbres sur le flanc du mont Royal

Les forêts urbaines aident à combattre les îlots de chaleur et assainissent l'air.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Étienne Leblanc

Ils purifient l'air, retiennent l'eau et rafraîchissent la ville pendant les canicules. On connaît les bienfaits que procurent les arbres en milieu urbain. Des chercheurs souhaitent convaincre les décideurs politiques que les investissements dans le verdissement des villes rapportent beaucoup.

Les arbres sont des pourvoyeurs de services depuis la nuit des temps. À l’échelle mondiale, ils nous permettent de respirer, de manger, de nous chauffer ou de nous soigner.

Dans les villes, les arbres réduisent la pollution de l’air, atténuent l’intensité des vagues de chaleur, réduisent les risques d’inondation et diminuent le bruit.

Ils contribuent à l'amélioration de la santé publique et fournissent une multitude de services dont profite toute la population.

Jérôme Dupras, professeur d'économie écologique à l'université du Québec en Outaouais

Jérôme Dupras, professeur d'économie écologique à l'Université du Québec en Outaouais

Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

Jérôme Dupras, professeur en économie écologique à l'Université du Québec en Outaouais et chercheur à l'Institut des sciences sur la forêt tempérée (ISFORT), souhaite que les arbres soient davantage perçus comme des investissements rentables.

On montre à travers nos études que pour chaque dollar investi dans la forêt urbaine, on en retire entre 2 et 10 $ en termes de services publics.

Jérôme Dupras, professeur en économie écologique de l'Université du Québec en Outaouais

Il estime que les arbres devraient être considérés sur le même pied qu'une bibliothèque, qu'une digue pour se protéger des inondations ou que le réseau d'aqueduc pour transporter l'eau.

« Que ce soit l'aspect socioculturel, les activités récréotouristiques, le contrôle des eaux de ruissellement ou la diminution des coûts de climatisation, c'est une infrastructure au même titre que des infrastructures bâties », explique-t-il.

La semaine des sciences à Radio-Canada

Arbres et santé publique

Un homme qui porte des lunettes et un noeud papillon sourit.

Normand Voyer, professeur de chimie à l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

Les preuves démontrant que la pollution de l'air nuit à la santé ne sont plus à faire. Le smog et la pollution atmosphérique nuisent non seulement à la santé respiratoire, mais contribuent au développement de problèmes cardiaques.

Les arbres permettent de purifier l'air et constituent un grand puits de CO2.

« Un arbre, c'est un réacteur chimique extraordinaire qui va prendre le CO2 et qui va produire de l'oxygène, explique Normand Voyer, professeur de chimie à l'Université Laval. Quand on parle de pollution atmosphérique, la meilleure chose à faire dans les grands espaces urbains, c'est de planter des arbres. »

D'autres études montrent que la présence d'arbres en ville favorise une meilleure santé mentale pour ceux qui peuvent en profiter.

« Il y a une foule d'études sur des convalescences qui se trouvent accélérées chez les gens qui ont accès à des espaces verts, relate Jérôme Dupras. Même chose pour le développement psychosocial des enfants ou la possibilité de faire des activités récréatives, ça participe au bonheur humain. »

L'effet de la présence des arbres sur la santé humaine est transversal : d'une santé très physique jusqu'à une santé mentale.

Jérôme Dupras

Diversifier le couvert forestier

C'est connu, les arbres en milieu urbain n'ont pas la vie facile. Les chenillettes qui déblaient la neige en hiver, les cyclistes qui y attachent leur vélo et les abîment ainsi que la pollution atmosphérique grandissante transforment leurs fonctions chimiques.

Mais la plus grande menace depuis quelques années, ce sont les espèces invasives comme l'agrile du frêne. Le petit insecte venu d'Asie fait des ravages dans les villes de l'est du Canada.

Un insecte

L’agrile du frêne

Photo : Associated Press / Département des ressources naturelles du Minnesota

À Montréal, plus de 12 000 frênes ont été abattus ou sont en voie de l'être afin de combattre l'agrile.

Dans la métropole québécoise, un arbre sur cinq est un frêne, alors que c'est un arbre sur six à Québec et à Gatineau. Quarante pour cent de la forêt urbaine de Montréal est composée de seulement trois essences, à savoir l'érable de Norvège, l'érable argenté et le frêne. Une situation qui rend la forêt très vulnérable à l'arrivée d'un insecte ravageur.

« Il y a pourtant une cinquantaine d'espèces indigènes et plus de 300 espèces différentes plantées, observe Jérôme Dupras. Donc, le mot clé ici c'est diversité. On doit diversifier notre forêt urbaine pour répondre aux pressions immédiates et à long terme. »

Des villes sans arbres dans les régions boisées

Un homme qui porte des lunettes et une courte barbe sourit.

Hugo Asselin est expert en foresterie sociale à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

Il n'y a pas que les grandes villes qui peuvent bénéficier des effets positifs des arbres. Les petits centres urbains en région aussi.

Qu'on pense à Saguenay, Alma, Val-d'Or, Rouyn-Noranda, Shawinigan ou Mont-Laurier, ces villes se sont développées comme les grands centres : au rythme de l'étalement urbain, des boulevards larges et sans arbres, des grands stationnements de centres commerciaux et des cours d'école noires de bitume.

Spécialiste de la foresterie sociale à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Hugo Asselin s'intéresse à ce phénomène.

« Les problèmes sont les mêmes dans les villes de région : les îlots de chaleur, l'étalement urbain, le fait qu'il manque de verdure dans la ville, énumère-t-il. On a beau être en plein cœur de la forêt boréale, en ville il n'y a pas tant d'arbres que ça. »

Hugo Asselin déplore le fait que plusieurs de ces villes sont devenues des îlots de béton dans la forêt.

« Il faut prendre la voiture pendant une heure pour aller en forêt alors qu'en principe on habite dedans », conclut-il.

Faune et flore

Science