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Professionnels des commissions scolaires : des disparités importantes

Selon la direction de l'école Daigneau, 75 élèves y ont des plans d'intervention pour difficultés d'apprentissage. Photo: Radio-Canada
Jean-Philippe Robillard

Alors que le gouvernement Legault s'apprête à implanter des classes de maternelle 4 ans partout au Québec, Radio-Canada a constaté qu'il existe des disparités régionales importantes entre les commissions scolaires quant aux services professionnels.

L'École Daigneau, la seule école primaire de Napierville, en Montérégie, compte 500 élèves, dont plusieurs ont des difficultés d'apprentissage.

Selon la direction de l'école, environ 75 élèves font l'objet de plans d'intervention. Ces jeunes sont suivis par le personnel enseignant et l'équipe de professionnels de la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries.

Sylvie Pitre répond aux questions d'un journaliste devant des casiers et la porte d'une classe.La directrice Sylvie Pitre trouve difficile de ne pas pouvoir répondre aux besoins des élèves. Photo : Radio-Canada

Les besoins sont tellement grands qu'on aimerait en faire toujours plus.

Sylvie Pitre, directrice de l'École Daigneau

À l'École Daigneau, aucun professionnel ne travaille à temps plein. L'orthophoniste y est présente deux jours, la psychologue, deux jours et demi, et la psychoéducatrice Claudia Poulin, trois fois par semaine.

« Moi, je me promène seulement entre deux milieux, explique Mme Poulin. Il y en a qui peuvent se promener entre trois milieux. C'est sûr que, dans un trois jours, des fois, on a une limite au nombre d’élèves qu'on peut voir. »

Pour la directrice Sylvie Pitre, qui mise sur un travail d'équipe entre le personnel enseignant et les professionnels, il faut déployer plus de ressources et consacrer plus de temps aux élèves en difficulté. « Ce que je trouve le plus difficile, j'aimerais qu'on réponde encore plus vite à leurs besoins. Les besoins sont vraiment de plus en plus grands. Il faut intervenir super tôt », explique-t-elle.

Elle estime que, si la psychologue était présente à l'école quelques jours de plus, « elle pourrait traiter un plus grand nombre de dossiers pour éviter qu'il y ait de trop longues listes d'attente ».

En 2018, la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries comptait une équipe d’une centaine de professionnels équivalent temps plein pour environ 24 000 élèves réguliers, l’un des moins bons ratios du Québec. Selon notre compilation, on compte en moyenne, dans les commissions scolaires du Québec, un professionnel pour 176 élèves.

La présidente de la commission scolaire a réagi à cette donnée en affirmant que « les chiffres, ça ne veut vraiment pas dire grand-chose, c’est la qualité de ces personnes-là, la façon qu’ils ont de travailler qui va faire la différence. »

Madame Marie-Louise Kerneïs a ajouté : « d’avoir plus de gens sur la plancher, je ne peux pas être contre ça, mais à quel moment on arrête? On se dit, on regarde les choses autrement. »

Elle a aussi affirmé que sa commission scolaire a embauché 14 psychoéducateurs de plus l’an passé pour répondre aux besoins des directions d’école.

Pour le psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, Égide Royer, ce n'est pas assez. « On peut dire qu'on manque vraiment de services professionnels dans les écoles. On manque de professionnels. C'est insuffisant. Les résultats scolaires, d'ailleurs, au Québec, sont une indication qu'il y a des services qui ne sont pas rendus présentement », illustre-t-il.

Égide Royer répond aux questions d'un journaliste dans un parc.Le professeur associé à l'Université Laval Égide Royer estime qu'il y a un manque criant de professionnels dans le réseau scolaire au Québec. Photo : Radio-Canada

Le nombre d’élèves par professionnel varie d'une commission scolaire à l'autre ainsi que d'une région à l'autre. À la Commission scolaire du Littoral, en Basse-Côte-Nord, il y a un professionnel pour 75 élèves, alors qu'à Western Quebec, on en compte 1 pour 399 élèves.

Cette dernière n’est d’ailleurs pas la seule commission scolaire anglophone à figurer parmi celles qui disposent du moins de professionnels dans le réseau scolaire.

Selon Russell Copeman, directeur général de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), la situation s’explique notamment par les difficultés de recrutement. « Ce que j’entends régulièrement [des commissions scolaires de l’Association], c’est la difficulté de recruter et de retenir des professionnels, notamment hors de Montréal. Recruter des anglophones, en plus, c’est un défi. De plus, il n’y a que McGill et Concordia qui offrent la formation », souligne M. Copeman, qui évoque le recours aux enseignants-ressources pour l’accompagnement scolaire.

En Outaouais, dans les Laurentides et en Montérégie, plus de la moitié des commissions scolaires ont de moins bons ratios que la moyenne québécoise.

Ces derniers mois, tant le ministre de l’Éducation que le premier ministre du Québec ont rappelé l’importance du dépistage précoce des problèmes d’apprentissage des enfants. Pour eux, les « spécialistes » dont disposent les commissions scolaires permettent de dépister et d’accompagner les enfants en difficulté d’apprentissage, en particulier ceux en maternelle 4 ans.

Vers des ratios planchers de professionnels

Chantal Lanoue répond aux questions d'un journaliste.L'orthophoniste Chantal Lanoue partage son temps entre neuf écoles. Photo : Radio-Canada

On n'arrive pas. On n'arrive pas à combler les besoins présentement; ça, c'est clair.

Chantal Lanoue, orthophoniste

Chantal Lanoue connaît bien la réalité des professionnels dans le milieu scolaire. Elle partage son temps entre neuf écoles.

« Ça nous fait mal de voir qu'il y a des élèves qui ont des besoins et qu'ils n'ont pas de services », signale Mme Lanoue. Elle affirme que, chaque jour, elle doit faire des choix. « C'est difficile de se dire que cet enfant-là, il pourrait en bénéficier, mais que non, on ne peut pas, parce qu'on a une certaine limite, parce que je n'ai pas le temps. Je trouve ça difficile, c'est émotif… ça vient nous chercher. »

Le plus difficile… c'est voir des enfants qui souffrent et qu'on veut les aider, mais on manque de moyens.

Pauline Tardif, psychologue

Mme Tardif est psychologue dans le milieu scolaire depuis sept ans. Elle travaille aujourd'hui dans six écoles. « On manque de bras, on manque de ressources. Des fois, on évalue les enfants, on se dépêche, mais on doit les référer à des ressources externes, et là, ça "jamme" pour trois mois, six mois sur des listes d'attente. Ce sont de longues attentes pour des enfants qui ont des difficultés », dit-elle.

Elle ajoute : « On n'arrive pas à donner autant de services qu'on voudrait. On n'arrive pas à faire toutes les évaluations qu'on devrait. On essaie de donner le plus de services possible. »

La présidente de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec, Johanne Pomerleau, croit que le gouvernement doit instaurer des ratios planchers pour les professionnels dans les écoles, comme il le fait déjà pour les enseignants.

Une option bien reçue au cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur : « Nous sommes favorables à l’instauration de planchers de services professionnels dans les écoles et dans les commissions scolaires, tel que nous nous y sommes d’ailleurs engagés. Les ressources professionnelles sont particulièrement importantes pour aider les jeunes, particulièrement les plus vulnérables, à réussir. Ils apportent également un soutien important aux enseignantes et enseignants dans leurs fonctions. »

Méthodologie

Nos calculs sont basés sur des documents du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour l’année scolaire 2017-2018; le nombre de professionnels en équivalent temps plein (ETP) et le nombre d’élèves réguliers par commission scolaire.

Les corps d’emplois considérés dans le calcul des ratios sont ceux susceptibles de dépister et d’accompagner les enfants en difficulté d’apprentissage : conseiller pédagogique, conseiller d'orientation, travailleur social, orthophoniste, psychologue, conseiller en information scolaire et professionnelle, ergothérapeute, orthopédagogue, psychoéducateur, agent de correction langage et audition, conseiller en rééducation.

Pour contacter notre journaliste : jean-philippe.robillard@radio-canada.ca

Avec la collaboration de Daniel Boily (daniel.boily@radio-canada.ca)

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