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L'industrie nucléaire omniprésente à la conférence sur l'énergie propre

Des représentants de divers pays s'affichent devant une banière sur l'innovation nucléaire.

Le nucléaire était à l'avant-plan à la Conférence ministérielle sur l'énergie propre à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Francis Plourde

Le nucléaire occupe une place importante à la Conférence ministérielle sur l'énergie propre, le CEM10/MI-4, à Vancouver. Voie de l'avenir face à la crise des changements climatiques ou résultat d'une volonté de l'industrie de redorer son image?

À cette grand-messe de l’énergie propre le nucléaire apparaît en effet un peu partout.

« [Le nucléaire], je regarde aujourd’hui et c’est cool, hip et global, qui ne veut pas être toutes ces choses? », a même déclaré publiquement le sous-secrétaire américain à l’énergie, Mark Menezas, déclenchant les rires de ses collègues.

Pour le gouvernement américain, le nucléaire est la voie du futur. « En plus de nous aider à atteindre nos objectifs énergétiques, c’est bon pour notre économie », ajoute Mark Menezas.

À en croire les participants réunis au Centre des congrès du 27 au 29 mai, l’avenir est nucléaire.

« C’est la 10e conférence ministérielle sur l’énergie propre et c’est la première fois que le nucléaire est mis de l’avant comme une solution importante », s’enthousiasme le PDG de l’Association nucléaire canadienne, John Gorman.

L’industrie mise beaucoup sur les petits réacteurs modulaires, une technologie en développement et qui pourrait permettre de fournir de l’énergie électrique sur de petits réseaux et dans des régions éloignées.

À l’international, les petits réacteurs modulaires génèrent beaucoup d’intérêt, en raison de leur sécurité. Ils n’ont pas besoin d’intervention humaine lors du processus de fermeture en cas de problème.

John Gorman, PDG, Association nucléaire canadienne

Depuis un an, le gouvernement canadien affiche aussi ouvertement son intérêt pour la technologie, et cite maintenant le nucléaire comme solution potentielle à la lutte contre les changements climatiques.

« Nous continuerons d'appuyer l'industrie dans ce domaine et nous continuerons d'explorer les options pour le moment, confirme le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi. Aucune subvention spécifique n'est allouée par le biais d'une subvention gouvernementale, mais nous continuons d'explorer des options ».

Une centrale nucléaire

Les petits réacteurs modulaires ne demanderaient pas autant d'espace qu'une centrale nucléaire.

Photo : La Presse canadienne / Mary Ann Chastain/AP

Les provinces aussi semblent accorder un intérêt marqué pour une technologie boudée en 2012 par Québec, avec le démantèlement de la centrale Gentilly-2.

L’Ontario a récemment investi 25 milliards de dollars pour moderniser ses centrales vieillissantes.

Plus tôt ce mois-ci, la Saskatchewan a aussi dit s'intéresser au potentiel des petits réacteurs nucléaires comme source d'énergie.

Des appuis de taille

Dans un rapport publié en marge du CEM10/MI-4 (en anglais) (Nouvelle fenêtre), l'Agence internationale de l'énergie (AIE) appuie le nucléaire comme solution pour lutter contre les changements climatiques.

« Sans la contribution importante de l’énergie nucléaire, la transition énergétique mondiale sera beaucoup plus difficile », y note le directeur de l’AIE, Fatih Birol.

Le rapport note aussi le fait que les économies avancées pourraient perdre le quart de leur capacité nucléaire d’ici 2025, mettant à risque les progrès faits au niveau des émissions de gaz à effet de serre.

Les écologistes divisés

Si, à Vancouver, des groupes d’intérêt font la promotion du nucléaire, la question ne fait pas consensus au sein du mouvement écologiste.

« J’entends parler du nucléaire comme solution de lutte aux changements climatiques depuis à peu près 20 ans, souligne le cofondateur d'Équiterre, Steven Guilbault. Mais que s’est-il passé depuis 20 ans? Très peu de choses. »

Aucun nouveau réacteur nucléaire n’a été construit depuis 1978 en Amérique du Nord. La catastrophe de Fukushima, en 2011, a ébranlé la confiance du public et mené des pays européens comme l’Allemagne à se retirer du nucléaire.

Un employé de la Tokyo Electric Power Company devant les décombres d’un des réacteurs nucléaires à Fukushima

Un employé de la Tokyo Electric Power Company devant les décombres d’un des réacteurs nucléaires à Fukushima

Photo : Reuters / Toru Hanai

« Ce n’est pas à mon avis une forme d’énergie qui est très écologique, ajoute Steven Guilbault. Il y a toute la question des déchets nucléaires, les mines d’uranium on ne sait toujours pas quoi en faire, il n’y a pas de solution sur la disposition à long terme des déchets radioactifs. »

Les coûts sont aussi un facteur prohibitif. « Le coût de l’énergie renouvelable [comparativement au nucléaire] a beaucoup baissé, explique l’économiste Tom Green de la Fondation David Suzuki. Ces modèles ont tendance à être privilégiés. »

Enfin, le temps nécessaire à la construction des centrales constitue un autre frein.

Le processus d'approbation, les enjeux locaux et les enjeux de sécurité font en sorte que si on voulait prendre une décision pour construire un réacteur, on en a pour 10 ou 15 ans de débat public. Alors, si on croit le secrétaire général des Nations unies qui dit qu'on doit donner un coup de barre d'ici 10 ans, ce n'est pas avec le nucléaire que ça va se faire.

Steven Guilbault, écologiste

Efforts coordonnés au Canada et aux États-Unis

Ultimement, pour l’industrie, la crise du climat est une occasion de redorer son image. Aux États-Unis, où 90 % des centrales ont plus de 30 ans, les défis associés à leur modernisation sont importants.

Jeudi, à Vancouver, l’Association nucléaire canadienne et l’institut de l’énergie nucléaire, les deux lobbies l’industrie en Amérique du Nord, se sont entendus pour coordonner leurs efforts afin de faire passer leur message auprès du public.

« La conversation autour du climat nous aide. C’est un problème global, et ça demande une solution globale, souligne Maria Korsnick, PDG de l’Institut de l’énergie nucléaire. C’est une opportunité fantastique pour le nucléaire. »

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