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analyse

Donald Trump malmène l’économie canadienne, la suite

Le président Trump pointe Justin Trudeau du doigt alors que les deux hommes marchent  côte à côte.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau en compagnie du président américain Donald Trump, en octobre 2017, lors d'une visite de M. Trudeau à Washington

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Gérald Fillion

Tout compte fait, quand on fera les bilans juste avant l'élection fédérale du 21 octobre, on pourra dire que le mandat du premier ministre Justin Trudeau aura été clairement marqué par l'élection de Donald Trump au sud de la frontière. Le Canada doit continuellement s'ajuster aux pressions américaines sur le libre-échange, les tarifs douaniers, la relation avec la Chine, et même sur l'avenir de l'exploitation du pétrole au Canada.

Résultat : l’économie canadienne souffre. La fin de l’année 2018 a été particulièrement mouvementée. Alors que la croissance américaine a faibli à 2,2 % en fin d’année, au Canada, le ralentissement a été marqué, avec une croissance annualisée de seulement 0,4 %.

La hausse des dépenses de consommation a ralenti à 0,7 % en rythme annualisé. Les investissements résidentiels ont chuté de 14,7 %, la plus forte contraction en près de 10 ans. Et les investissements des entreprises demeurent décevants.

Selon l’économiste Hendrix Vachon, de Desjardins, ce sont les enjeux commerciaux qui guident maintenant l’évolution du dollar canadien, bien plus que les cours du pétrole. Depuis l’an dernier, le dollar canadien a perdu de la valeur pendant que le prix du pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) américain augmentait sur les marchés. Le dollar canadien n’est plus une pétrodevise.

Les tensions sur le libre-échange et les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ont modifié la relation commerciale entre le Canada et les États-Unis. Et la guerre commerciale qui s’amorce entre Washington et Pékin, les deux plus grandes puissances du monde, semble siphonner toute l’attention des investisseurs. Le dollar américain, valeur refuge, profite de ces tensions au détriment d’autres devises, comme le dollar canadien qui a touché les 73 cents américains.

Croissance de seulement 1,4 % au Canada

Selon le Conference Board, la croissance du PIB au Canada en 2019 devrait faiblir à seulement 1,4 % après des hausses de 3 % en 2017 et d’environ 2 % en 2018. Ce qui pèse lourd dans le ralentissement canadien, c’est l’Alberta, possiblement déjà en récession de l’avis des économistes du Conference Board.

« Les cours du pétrole se portent assez bien, a expliqué mardi soir Marie-Christine Bernard, directrice des prévisions économiques provinciales du Conference Board du Canada, à RDI économie. Le prix du WTI tourne autour des 60-65 $ US le baril. C’est quand même intéressant pour le secteur pétrolier, et ça ne devrait normalement pas poser problème pour les investissements. Mais il n’y a pas de capacité de pouvoir transporter le pétrole à l’extérieur ou vers les États-Unis, ou d’autres marchés. C’est ça qui fait mal présentement aux intentions d’investissements. »

Le Conference Board précise que la tarification du carbone et le processus réglementaire au Canada influencent le choix des pétrolières d’investir surtout aux États-Unis. Le désengagement du président Trump de l’Accord de Paris et la non-application de plusieurs règles par l’Agence de protection de l’environnement facilitent la vie des producteurs de pétrole aux États-Unis.

Surtout, les deux approches, canadienne et américaine, sont de plus en plus opposées, ce qui semble marquer un désavantage, pour l’instant du moins, du côté canadien.

Husky Energy, d’ailleurs, a annoncé mardi une révision à la baisse de 10 % de ses investissements dans le secteur du pétrole pour les cinq prochaines années au Canada. Des entreprises américaines choisissent aussi de se retirer du Canada. La pétrolière albertaine Canadian Natural Resources vient tout juste d’acheter les activités canadiennes de l'entreprise américaine Devon Energy pour 3,8 milliards de dollars.

Devon Energy va se concentrer sur sa production de pétrole de schiste aux États-Unis. Cette révolution transforme d’ailleurs l’offre pétrolière. Il est plus simple, plus facile, moins coûteux d’investir dans le pétrole aux États-Unis plutôt qu’au Canada.

La Banque du Canada, optimiste malgré tout

Cela dit, la Banque du Canada exprime une forme d’optimisme quant à l’évolution de l’économie canadienne. Le ralentissement était temporaire, selon l’institution, qui tente d’envoyer un message clair : non, nous n’allons pas baisser les taux.

La Banque affirme que les données récentes renforcent sa projection que la croissance devrait se rétablir à partir du deuxième trimestre 2019, le trimestre dans lequel nous sommes engagés actuellement. Un rebond est à prévoir dans les dépenses de consommation, selon la banque centrale, rebond aussi attendu dans les exportations avec la fin des tarifs douaniers, et la croissance de l'emploi devrait se poursuivre.

La ratification du nouvel accord de libre-échange, l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), devrait également stimuler l’économie canadienne.

Cependant, le grand point d’interrogation qui demeure, ce sont les tensions entre la Chine et les États-Unis, qui ont un effet percutant sur le Canada. D’abord, faut-il le rappeler, à la demande des États-Unis, le Canada a procédé en décembre dernier à l’arrestation de Meng Wanzhou, chef de la direction financière du géant Huawei.

Depuis, la relation entre Pékin et Ottawa ne cesse de se détériorer. Sur le plan économique, la Chine a cessé d’importer du canola canadien et impose maintenant des restrictions sur d’autres produits, dont les pois, les pois chiches et le porc.

La position américaine face au géant des télécommunications Huawei complique le rapport du gouvernement du Canada avec cette entreprise. Alors que les États-Unis ont exprimé clairement leur aversion à laisser Huawei participer au développement de la technologie 5G sur son territoire, le Canada poursuit son étude du dossier.

La Banque du Canada a haussé son taux directeur à cinq reprises de juillet 2017 à octobre 2018. Depuis, la banque se montre patiente. Elle n’envoie pas de signaux de baisse, mais les analystes ne croient pas à une reprise des hausses de taux avant 2020.

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