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Ratification du nouvel ALENA : Pence se fait rassurant

Le vice-président américain Mike Pence et le premier ministre canadien Justin Trudeau, le 30 mai, Ottawa.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Sophie-Hélène Lebeuf

Au Canada pour promouvoir la ratification du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le vice-président américain, Mike Pence, a assuré au premier ministre Justin Trudeau, jeudi, que l'administration Trump ferait tout en son pouvoir pour qu'il entre en vigueur d'ici la fin de l'année.

À l'issue d'un tête-à-tête d'environ 50 minutes à Ottawa, les dirigeants ont tous deux plaidé, au cours d'une conférence de presse, pour la ratification rapide de l'ACEUM, qu'aucun des trois pays signataires n'a encore ratifié, six mois après l'avoir signé.

« Je peux vous assurer que le président et moi collaborons avec les membres du Congrès des États-Unis pour faire adopter l'ACEUM – et pour faire adopter l'ACEUM cet été », a affirmé le numéro deux de l'administration Trump, qui a vanté une amélioration par rapport à l’ALENA « sur tous les aspects ».

Évoquant les débats de politique intérieure américaine, Justin Trudeau s'est dit « très content d'entendre la perspective du vice-président américain » à ce sujet. « J'ai confiance que ça avance de la bonne façon », a-t-il soutenu.

Interrogé par un journaliste, le premier ministre Trudeau a en outre admis que la fin de la guerre tarifaire déclenchée par les États-Unis avait eu un « impact significatif » sur la décision de son gouvernement de mettre en marche le processus législatif de ratification du nouvel ALENA, la veille.

Il y a un an, la Maison-Blanche avait imposé des tarifs douaniers de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium en provenance de plusieurs pays, dont son allié canadien.

Mercredi, le gouvernement libéral a semblé indiquer que le Parlement canadien ne s'engagerait pas avant Washington.

Mike Pence a de plus affirmé que le premier ministre canadien avait « négocié durement » tout au long des difficiles pourparlers entre les deux pays, à l'instar du président Trump.

Les deux politiciens ont par ailleurs vanté les liens entre le Canada et les États-Unis, mis à mal depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui avait entre autres forcé la renégociation de l'ALENA, en 2017.

Mike Pence a malgré tout affirmé devant les journalistes être à Ottawa « au nom d’un ami du Canada et des citoyens canadiens, le président Donald Trump ».

Avant leur rencontre, il a soutenu que les deux pays n'avaient jamais eu d’aussi bonnes relations.

Un processus de ratification enclenché, mais dont l'issue est loin d'être garantie

Plus tard, M. Pence a écrit sur Twitter que le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, avait transmis au Congrès la « déclaration de mesure administrative » pour amorcer le processus de ratification de l'ACEUM.

Sa ratification par les États-Unis n'est pourtant pas garantie. Les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, y semblent pour l'instant réfractaires, notamment parce qu'ils jugent insuffisantes les dispositions relatives à la protection des droits des travailleurs et de l’environnement.

L'accord pourrait en outre se retrouver pris en otage par l'intensification du conflit qui oppose le président Trump à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, la démocrate la plus puissante de Washington.

Celle-ci a d'ailleurs dénoncé dans un communiqué le dépôt de la déclaration de mesure administrative « avant que nous ayons terminé de travailler avec le représentant américain au Commerce ». Cette initiative « dénote la méconnaissance de l'administration de la manière de faire ratifier un traité commercial », a-t-elle critiqué.

Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, a pour sa part présenté l'accord pour ratification au Sénat mexicain jeudi.

Divergence d'opinions sur l'avortement

Au lutrin, devant plusieurs drapeaux canadiens et américains, Mike Pence répond aux questions des journalistes, sous l'œil de Justin Trudeau.

Justin Trudeau et Mike Pence ont vanté les liens économiques unissant le Canada et les États-Unis ainsi que le nouvel accord commercial conclu entre leurs deux pays et le Mexique.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Il a fallu qu'une journaliste interroge Justin Trudeau pour savoir s'il avait bel et bien abordé la question du droit à l'avortement lors de ses discussions avec Mike Pence, comme il l'avait annoncé.

Plusieurs États américains – Alabama, Missouri, Georgie, Ohio, Mississippi, Kentucky, Iowa, Dakota du Nord, Louisiane – ont adopté ces derniers mois des projets de loi le restreignant.

Évoquant une « conversation cordiale », M. Trudeau a confirmé avoir exprimé les « préoccupations de plusieurs Canadiens » par rapport au libre choix des femmes. Sur ce sujet, les deux gouvernements ont des « perspectives différentes », a-t-il admis.

« Je suis très fier d'être au sein d'une administration pro-vie », a de son côté affirmé M. Pence. Les amis peuvent avoir des différences d'opinions et encore être amis, a-t-il affirmé.

En 2016, alors qu'il était gouverneur de l'Indiana, Mike Pence avait lui-même promulgué un texte législatif imposant que les tissus des fœtus avortés soient enterrés ou incinérés, plutôt que d'être traités comme des déchets médicaux. La Cour suprême a validé cette partie de la loi il y a quelques jours, mais a conclu que l'État ne pouvait pas interdire aux femmes d'avorter en raison du sexe, de l'origine ethnique ou d'une malformation du fœtus.

Les discussions entre Mike Pence et Justin Trudeau ont aussi tourné autour de la guerre commerciale avec la Chine, de la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor par Pékin ainsi que de la situation au Venezuela.

Le vice-président des États-Unis n'a passé que quelques heures au Canada. Son départ à destination de Washington était prévu peu avant 18 h.

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