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Le Québec inc. rejette l'idée de « conditions » pour l’embauche d’immigrants

Le ministre Simon Jolin-Barrette en commission parlementaire

Le ministre Simon Jolin-Barrette a évoqué l'idée pour les employeurs de fournir aux employés un local pour suivre des cours de francisation.

Photo : Radio-Canada

Romain Schué

Bien que favorable au projet de loi sur l'immigration, le milieu des affaires s'oppose à la volonté du ministre Simon Jolin-Barrette d'imposer des conditions pour l'embauche de nouveaux arrivants au Québec. Il s'agirait d'un « fardeau administratif » qui pénaliserait les entreprises vivant déjà une pénurie de main-d'oeuvre, clament-elles.

« Si on ajoute un fardeau, ça va être contre-productif. Si on alourdit l’encadrement administratif, ça fera en sorte qu’il y aura moins d’entreprises qui pourront embaucher des immigrants », explique Stéphane Forget, président de la Fédération des chambres du commerce du Québec (FCCQ).

Dans le cadre des études parlementaires concernant le projet de loi 9, qui vise à « répondre adéquatement aux besoins du marché du travail », le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, a évoqué mercredi l’idée « hypothétique » d’obliger les employeurs à « fournir sur les lieux de travail un espace pour faire de la francisation ».

Autre exemple suggéré : « libérer les employés pour suivre des cours de francisation », a-t-il mentionné, tout en précisant que ces conditions n’apparaissent pas dans ce projet de loi, mais pourraient être ajoutées dans « un potentiel règlement » ultérieurement.

L’idée n’est pas d’alourdir le fardeau sur les entreprises, mais de faire en sorte d’avoir une assise législative pour que tout le monde participe [à l’intégration des nouveaux arrivants].

Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration

L’objectif d’insérer cette disposition, « c’est de faire en sorte de favoriser l’intégration », a-t-il poursuivi, en parlant de l'article 8 – amendé – de ce texte qui permet au gouvernement de « déterminer les conditions que doit respecter un employeur qui souhaite embaucher un ressortissant étranger ».

« Réduire les délais » pour l’EIMT

Le ministre Jolin-Barrette a confirmé vouloir « rapatrier » du fédéral l’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT), qui est demandé pour les entreprises souhaitant faire appel, temporairement, à des travailleurs étrangers. L’idée est de « réduire les délais », a-t-il indiqué, tout en demandant au fédéral « des assouplissements ». Exemple, a-t-il évoqué, « un contrat de travail de deux ans au lieu d’un an ». En revanche, il ne sera pas possible pour un employé de changer d’entreprise, puisqu’il s’agit d’un permis de travail fermé, qui relève du fédéral, a précisé le ministre.

Plus de flexibilité, demandent les entreprises

Évoquant « un pouvoir habilitant », le ministre Jolin-Barrette a précisé qu’il prendra « en compte les commentaires du milieu des affaires », qui rejette néanmoins d’emblée cette idée.

« Il ne faut pas utiliser cette avenue », clame Yves-Thomas Dorval, qui dirige le Conseil du patronat du Québec (CPQ).

« Il faut laisser au milieu du travail de la flexibilité », assure-t-il.

On appuie le gouvernement pour favoriser une meilleure adéquation entre les personnes qui viennent et les besoins en main-d’oeuvre, mais ça ne doit pas se faire avec un alourdissement réglementaire.

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec

Parlant d’une situation « préoccupante », Stéphane Forget craint une embauche plus difficile des nouveaux arrivants pour les entreprises qui « investissent déjà du temps et de l’argent pour recruter ». « Toutes les entreprises n’ont pas des locaux disponibles », spécifie-t-il.

« Les petites et moyennes entreprises sont déjà dépassées par cette situation de pénurie de main-d’oeuvre. Je ne pense pas que ce soit la meilleure approche. Ce n’est pas la bonne direction, ce n’est pas à l’employeur de financer », ajoute Véronique Proulx, présidente de Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Une adoption rapide demandée

Cette dernière espère cependant une mise en place « le plus vite » du nouveau système Arrima, qui oblige les candidats à l'immigration, dans le cadre du Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ), à remplir au préalable une déclaration d'intérêt.

Cette disposition est néanmoins suspendue, le temps de l'adoption de ce projet de loi. Plus de 100 000 candidats ont déjà soumis une telle déclaration, mais aucune invitation permettant aux intéressés de compléter leur dossier n'a encore été envoyée.

Alors que le ministre Jolin-Barrette a évoqué à de nombreuses reprises sa volonté d'adopter ce texte avant la fin de la session parlementaire le 14 juin, le premier ministre François Legault a ouvert la porte, mardi, à un vote définitif cet automne. Le gouvernement a dénoncé dans le même temps le blocage des partis de l'opposition, notamment celui du Parti libéral du Québec.

« On souhaite qu'ils s'entendent dans les meilleurs délais, car ce projet de loi est intéressant et pertinent. Mais tout ce qui retarde Arrima ne nous avantage pas », confie Stéphane Forget.

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